Le Sahara, le Wall Street Journal et la gérontocratie militaire algérienne

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A partir du 28 août et pendant 48 heures, se tiendra à Yokohama, au Japon, la 7ème conférence internationale de Tokyo pour le développement en Afrique (TICAD VII). La conférence s’inscrit dans cette nouvelle tradition qui veut que les grandes capitales du monde organisent des rencontres avec les pays membres de l’Union Africaine (UA) pour prospecter et mettre en place les voies et moyens d’une coopération que l’on déclare « réciproquement bénéfiques ». 

Une autre tradition, vieille celle-là, veut qu’à la veille de pareilles rencontres, s’engage une lutte entre Rabat et Alger sur la présence du Polisario. Elle se termine toujours de la même manière : l’Etat-maquette qu’est la Rasd assiste, parce qu’on ne peut pas faire autrement, en tant que membre de l’UA. De leur côté, les grandes capitales partenaires déclarent que cette présence ne constitue aucunement une reconnaissance de la fantomatique entité. 

C’est pour l’instant la façon la plus intelligente trouvée par Rabat pour que le conflit du Sahara ne persiste pas à constituer un blocage aux questions de développement en Afrique.

Une modération que ces capitales payent en retour par des déclarations déstabilisantes pour le Polisario et son parrain. Pour TICAD VII, Tokyo a désigné un de ses diplomates de haut rang pour assurer, dans un entretien avec la MAP, que « le Japon ne reconnaît pas le "Sahara occidental" comme un État. C’est la position constante et immuable du Japon, et le Japon n’a pas l’intention de changer cette position ». 

Cette déclaration qui engage aussi l’avenir est venue perturber un peu plus un Polisario aux abois qui peine encore à sortir de l’assommoir qu’a été pour lui et pour Alger un article aux cymbales assourdissantes publié le 11 août par le Wall Street journal. Dans un reportage réalisé au Sahara, Dion Nissenbaum, journaliste au WSJ, explique pourquoi les espérances des séparatistes de voir sortir du désert un Etat indépendant sont de simples mirages. 

« Il est clair que Washington ne soutiendra pas un plan destiné à créer une nouvelle nation africaine. Il s’agit là d’un accord tacite entre Américains et Marocains, qui ne peut que déplaire aux indépendantistes », écrit Dion Nissenbaum. Le vénérable journal, vieux de plus d’un siècle, 33 prix Pulitzer s’il vous plait, qui porte le nom de la célèbre artère qui abrite aussi le cœur battant de la finance mondiale, est trop sérieux pour avancer semblables affirmations si par ailleurs il n’avait de solides raisons de les penser.

Le Polisario, et derrière lui la gérontocratie militaire qui gouverne désormais à visages découverts l’Algérie, l’ont très bien compris si bien qu’Alger, en dépit de la grave crise que traverse le pays, pris de panique, n’a lésiné sur aucun moyen pour jeter la suspicion sur l’auteur de l’article. Si bien que dans un premier temps et dans l’agitation, c’est au « ministre de l’information de la RASD » qu’est revenu d’usurper, cas unique dans les annales de la communication au monde, les fonctions du Département d’Etat américain pour démentir les affirmations de Dion Nissenbaum..

Les observateurs qui suivent de près l’évolution du dossier ont eu par la suite droit à la sortie insignifiante sur les pages du Wall Street d’un représentant du Polisario en Australie. Puis d’une interview en bonne et due forme du secrétaire général du même mouvement, Brahim Ghali, sur les ondes de la chaine Al-Hurra.

Cet entretien avec une télévision financée par le Congrès américain et supervisée par Broadcasting Board of Governors, est de nature à susciter quelques interrogations. Mais en aucun cas il ne pourrait valoir le démenti du dernier échelon des diplomates américains. Aucun d’eux n’a d’ailleurs pris sur lui de contester la teneur de l’article du Wall Street Journal. Sans oublier que la propagande officielle américaine, qui n’a rien à voir avec celle des pays du tiers monde, est suffisamment professionnelle et assez subtile pour laisser dans ces propres programmes de la place à ceux qui ne sont pas d’accord avec elle.

Quoi qu’il en soit, la véritable confirmation de l’article de Dion Nissenbaum vient de la diplomatie algérienne elle-même qui a trop tablé sur la proximité du conseiller américain à la sécurité, John Bolton, avec Donald Trump, pour être à chaque fois amèrement déçue. Aux lendemains des adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU des résolutions relatives au Sahara, sa presse systématiquement dénonce le « parti-pris » favorables au Maroc des puissances et à leur tête la France et, il est vrai dans une moindre mesure, des Etats Unis d’Amérique. Ce qui en dit long sur la réalité du terrain diplomatique. Le reste n’est qu’ergotage.