Cinéma, mon amour de Driss Chouika : SARAH MALDOROR, LA PIONNIÈRE DES CINÉASTES AFRICAINES

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Cinéaste engagée, Sarah Maldoror n’a pas cessé d’affirmer que « Pour beaucoup de cinéastes africains, le cinéma est un outil de la révolution, une éducation politique pour transformer les consciences

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« Dans l’univers du cinéma noir antillais et africain, vous êtes l’une des seules cinéastes qui soit parvenue avec autant de force et de caractère à porter à l’écran les voix des persécutés et des insoumis». Frédéric Mitterrand.

Sarah Maldoror a été une réalisatrice pionnière dans l’histoire du cinéma panafricain. Elle a été la première femme réalisatrice en Afrique. Née le 19 juillet 1929 à Condom, en France, d’un père guadeloupéen et une mère gersoise, elle a passé une grande partie de sa vie à explorer les questions de colonisation, de racisme et de lutte pour l'émancipation des peuples africains à travers ses films engagés et passionnés. Elle a grandi dans une famille engagée politiquement, son père étant militant communiste et sa mère étant résistante pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette éducation a profondément influencé son travail en tant que réalisatrice, lui inspirant un fort engagement envers la justice sociale et la lutte pour l'émancipation des peuples opprimés.

Au début des années 1960, Maldoror a étudié le cinéma à Paris et a commencé sa carrière de cinéaste en réalisant des documentaires sur les mouvements de libération en Afrique, notamment en Angola et en Guinée-Bissau. Ses films ont été salués pour leur approche innovante et leur engagement envers la cause de l'indépendance et de la dignité des peuples africains. Ayant décroché le prix de la meilleure réalisation pour son court métrage “Monangambée“ au Journées Cinématographiques de Carthage en 1969 et plusieurs autres prix dans d’autres festivals, son deuxième long métrage “Sambizanga“ a été consacré par le Tanit D’Or des JCC en 1972 et plusieurs autres prix à travers le monde.

Après “Monangambée“, qui aborde la question du racisme et de la lutte des travailleurs africains en Angola et “Des fusils pour Banta“ (1970) qui suit la vie et la mort prématurée d’Awa, une femme impliquée dans le Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), "Sambizanga" demeure la pièce maîtresse dans l’œuvre cinématographique de Sarah Maldoror. Ce long métrage raconte l'histoire de la lutte pour l'indépendance en Angola à travers les yeux d'une jeune femme dont le mari est emprisonné pour avoir participé à des activités révolutionnaires. Le film a été acclamé pour sa représentation authentique de la vie sous la colonisation portugaise en Angola et pour sa réflexion profonde sur la lutte pour la liberté.

DÉCOLONISER LES PAYS ET LES ESPRITS

Cinéaste engagée, Sarah Maldoror n’a pas cessé d’affirmer que « Pour beaucoup de cinéastes africains, le cinéma est un outil de la révolution, une éducation politique pour transformer les consciences. Il s’inscrivait dans l’émergence d’un cinéma du Tiers Monde cherchant à décoloniser la pensée pour favoriser des changements radicaux dans la société ». Cela  été confirmé par Fréderic Mitterand qui, lors de sa décoration des insignes de Chevalière de l'Ordre National du Mérite le 03 mars 2011, avait tenu à préciser que « Sarah Maldoror a mis l’acuité de son regard au service de la lutte contre les intolérances et les stigmatisations de tous types et accorda une importance fondamentale à la solidarité entre les opprimés, à la répression politique, et à la culture comme unique moyen d’élévation d’une société ».

En plus de son travail de réalisatrice spécialement attachée à des portraits documentaires sur la vie et les oeuvres de créateurs africains tels que Léon Gontran-Damas, Aimée Césaire, Assia Djebar, René Depestre, Louis Aragon, Toto Bissainthe, Archie Shepp..., Maldoror a également été impliquée dans l'enseignement du cinéma en Afrique et à Paris. Elle a été initiatrice et maître de nombreux cinéastes africains émergents, les encourageant à explorer leurs propres voix créatives et à raconter des histoires qui ont fait connaître l'expérience culturelle africaine à travers le monde, prônant la décolonisation, non seulement des pays, mais également des esprits et de la pensée, préalable nécessaire à l’émancipation de l'Afrique.

ENTRE POLITIQUE ET ESTHÉTIQUE POÉTIQUE

Dans leur hommage à Sarah Maldoror à l’occasion de son décès le 13 avril 2020, atteinte par le Covid 19 à l'âge de 90 ans, Lucinda Canelas et Jorge Mourinha avaient bien bien précisé qu’« elle avait une force et une ténacité incroyables pour défendre ce en quoi elle croyait, notamment lorsqu'il s'agissait de donner plus de visibilité aux femmes dans les luttes anticoloniales et de faire avancer l'art et la littérature des auteurs africains ».

Son influence et ses contributions significatives au développement du cinéma africain ont été d’autant plus performants qu’ils étaient portés par une vision politique et culturelle libératrice, basée sur une esthétique poétique bien ancrée dans les traditions typiquement africaines. C’est ce qui fait que l'héritage de Sarah Maldoror continue d'inspirer de nombreux cinéastes africains et de susciter des réflexions profondes sur les questions de justice sociale, de décolonisation et d'émancipation des peuples opprimés. Son engagement envers la cause de la dignité et de la liberté des peuples africains résonne toujours aujourd'hui, et son œuvre reste un témoignage puissant de la capacité du cinéma à susciter le changement et à promouvoir la justice sociale.

L’influence de Maldoror reste palpable dans le cinéma africain contemporain, et son héritage continue de marquer l'histoire du cinéma en tant que pionnière et voix importante de la lutte pour la dignité et la liberté des peuples africains. Son œuvre mérite d'être redécouverte et célébrée pour sa contribution significative à l'art cinématographique et à la cause de la justice sociale en Afrique.

FILMOGRAPHIE DE SARAH MALDOROR (LM)

« Des fusils pour Banta » (1970) ; « Sambizanga » (1972).

+ Une quarantaine de films de fiction (courts et moyens métrages) et documentaires.

DRISS CHOUIKA

 

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