La crise de l’industrie : Les abeilles et les frelons

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*Experte en communication, Bouchra Boulouiz est auteure. Elle a notamment ?crit "Judas, l?ambassadeur et moi" et ??Une Irlandaise ? Tanger??

L?industrie marocaine est en crise depuis le d?but de la d?cennie 2010. Une r?alit? ni? par le gouvernement malgr? les statistiques criantes, malgr? les sorties du patronat qui s?inqui?te de la baisse des revenus, de la baisse de la part de l?industrie dans le PIB, de la perte de dizaine de milliers d?emplois, de la faiblesse de la comp?titivit?. La r?alit? d?une telle crise ne peut se contenter de la politique de l?autruche, elle a besoin que l?on se penche s?rieusement ? son chevet, et que l?on repense les conditions d?une industrialisation de la nation ? l??re du n?o lib?ralisme sauvage.

Saint Simon le p?re de l?industrialisme et penseur du changement, de la transition et de la crise sociale, pr?conisait en son temps que les seuls les vrais producteurs d?une Nation devraient la gouverner. Il utilisait pour cela une belle m?taphore, celle des frelons et des abeilles pour expliquer l?utilit? sociale de l??lite qui produit?comme les abeilles et l?oisivet? de l??lite improductif comme les frelons ?ternels oisifs et consommateurs?qui s?arrangent toujours pour ?tre au c?ur du pouvoir ou ? la t?te de l?Etat. Et c?est un peu comme ?a que le Maroc se retrouve administr? aujourd?hui par un gouvernement de frelons pendant que les abeilles voient leur part de production diminuer progressivement.

?Poursuivant cette opposition de l?oisivet? face ? l?utilit? sociale, le philosophe ?crit?: ??Admettons que la France conserve tous les hommes de g?nie qu'elle poss?de dans les sciences, dans les beaux-arts, dans les arts et m?tiers, mais qu'elle ait le malheur de perdre en m?me temps tous les grands officiers, tous les ministres d'Etat avec ou sans d?partements, tous les conseillers d'Etat, tous les ma?tres des requ?tes, tous les mar?chaux, tous les cardinaux, archev?ques, ?v?ques, grands vicaires et chanoines, tous les juges, et, en sus de cela, les dix mille propri?taires les plus riches parmi ceux qui vivent noblement (les oisifs)?cet accident affligerait certainement les Fran?ais parce qu'ils sont bons, mais cette perte des trente mille individus r?put?s les plus importants de l'Etat ne causerait de chagrin que sous le rapport sentimental, car il n'en r?sulterait aucun mal politique pour l'Etat???

Le Maroc est une nation en transition qui doit trancher. Soit engraisser les frelons au nom d?un faux ?quilibre, d?une fa?ade de d?mocratie improductive, soit cr?er un grand syst?me industriel dans lequel les vrais producteurs pourront cr?er de la richesse et dans lequel l?Etat jouera son r?le d?administrateur des choses, de lieu de circulation de l'argent et de gestion administrative au service des forces utiles de la nation.

En effet, le plus grand des pouvoirs confi? ? un gouvernement est celui d?imposer les citoyens et c?est de ce droit que d?coulera le reste. La science politique consiste ? faire un bon budget, une bonne loi de finance or la capacit? ? faire un bon budget d?coule d?une comp?tence d?une capacit? administrative, d?o? il r?sulte que la capacit? administrative est la premi?re capacit? en politique. La comp?tence est la seule en mesure de s?oppose ? la ruse du pouvoir.

On en est bien loin.

Devons nous pour autant nous orienter vers une soci?t? sans gouvernement et par l?industrie? Peut-?tre pas encore. Mais sans doute devrions-nous d?s maintenant renforcer l??lite productive, compos?es par nos intellectuels, nos scientifiques, ing?nieurs, physiciens, chimistes, m?decins, nos banquiers, nos n?gociants, nos agriculteurs, nos manufacturiers, et artisans, chefs d'entreprise, nos artistes, peintres, po?tes, litt?rateurs, nos cultivateurs, tanneurs, mineurs, fabricant de tissus, de verrerie, imprimeurs, orf?vres, et tous les m?tiers de la cr?ation, car ce sont ceux qui produisent de la richesse, ce sont les abeilles et ce sont eux qui doivent nous gouverner.

?Et il serait temps d?apprendre ? nous passer de l'?lite des oisifs et des frelons.

Claude Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon, L?organisateur (1819)

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