PLF 2015 : Des chiffres qui en cachent d'autres

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Ses données ne permettent pas de prétendre qu'il est le projet qui mette le Maroc sur la voie de l'émergence

Le discours du ministre de l'économie et des finances, lors de la présentation du projet de loi des finances 2015 devant le parlement, a surpris par ses contradictions. L'utilisation des mots, gros comme tournant ou émergence...etc. n'a pas suffit pour sauver les apparences. Elle a plutôt permis de découvrir les limites d'un projet de loi des finances qui tourne autour de lui-même et qui n'a d'autres objectifs que celui d’atteindre ni plus ni moins qu'un certain équilibre.

Le projet de loi des finances 2015 n'apporte rien de nouveau, ni au niveau des choix de politique économique ni au niveau de sa nomenclature, pour qu'on puisse le qualifier de tournant. Ses données ne permettent pas non plus de prétendre qu'il est le projet qui mette le Maroc sur la voie de l'émergence ou de booster la croissance et promouvoir l'emploi. L’inverse est vrai.

Le ministre des finances a avancé des chiffres pour détourner l'attention sur d'autres. Parmi ces chiffres, celui relatif à l'investissement public. Le ministre a avancé le chiffre de 189 MMDH, budget et EEP, en hausse de 2,4 MMDH par rapport à 2014. La hausse provient du budget contre un recul des investissements des EEP. En plus du manque de signification des chiffres relatifs à l’investissement des EEP, parce qu'il est prouvé qu'ils ne se réalisent qu'à moitié ou presque, le projet de loi des finances 2015 a procédé, même avant l'entrée en vigueur de la nouvelle loi organique des lois des finances, à l'annulation des crédits de paiements ouverts par la loi des finances 2014 au titre d'investissements du budget général qui n'ont pas fait l'objet d'engagement, à part ceux ouverts au profit des projets financés par des dons extérieurs, et également ceux reportés des années précédentes. Cette annulation des reports des crédits d'investissement concerne également les fonds du trésor. Si on ne tient compte que de ces annulations, on se rend compte que l'investissement public baisse substantiellement par rapport aux années passées en chiffres absolus, sachant qu'il est en baisse d'une année à l'autre par rapport au PIB depuis 2012 ( 22,7 % en 2012 contre 19,3 % seulement en 2015).

Le discours du ministre a voulu convaincre également que le gouvernement est préoccupé par la création des emplois, mais sans faire attention que ses chiffres le contredisent. Les postes crées dans le cadre de la loi des finances 2015 ( 22510 postes) sont en deçà des besoins du seul secteur de l'enseignement, vidé des cadres suite au départ à la retraite et la retraite anticipée et confronté à la montée du nombre des élèves et des étudiants. Même après le maintien des enseignants qui atteindront l’âge de la retraite cette année, le manque de personnel dans l'enseignement secondaire frôle la catastrophe. Les nouveaux postes dans ce secteur ne couvrent même pas la moitié des postes vacants suite au départ à la retraite. Dans beaucoup de lycées et collèges, les élèves n'ont pas de professeurs pour plusieurs matières où l’on charge des professeurs de sport d'enseigner le Français ou l'anglais.

La solution de Benkirane de confier l'enseignement public au privé signifierait l’exclusion des fils et les filles des pauvres et des campagnards de l'école et l’extension du périmètre de l'analphabétisme.

Dans une telle situation, les manifestations des diplômés chômeurs n'existeraient pas, et Benkirane, qui rêve comme Erdogan, de continuer à gouverner, ne serait pas dérangé, ni lui ni ses frères ministres, mais le Maroc n'atteindrait pas le stade de l'émergence, il glisserait plutôt vers la décadence.