Intégration régionale en Afrique : Bilan mitigé*

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Niamey - Les réalisations des Communautés économiques régionales (CER) en Afrique "sont louables mais les succès restent mitigés". C'est surtout ce qu'il faut retenir d'un rapport de la Commission de l'Union africaine (UA), présenté lundi à Niamey par son président Moussa Faki Mahamat.

L'état des lieux, les progrès et les goulots d'étranglement de l'intégration africaine régionale ont été déclinés par Faki Mahamat qui disséquait ledit rapport devant le 1er Sommet de coordination UA-CER.

Selon le rapport, les huit CER reconnues par l'UA doivent faire face à des défis de taille en termes de financement et de ressources humaines, de chevauchement des adhésions, de mise en œuvre "médiocre" de programmes et de projets d’intégration régionales clés.

La Commission de l’UA a aussi pointé du doigt le manque de concentration et d’alignement institutionnel, soulignant que les conflits persistants, l’insécurité et les goulots d’étranglement des infrastructures restent des obstacles majeurs à une intégration plus poussée.

S’agissant de la "Communauté des Etats sahélo-sahariens", le rapport indique que depuis sa création, la CEN-SAD s’est employée à améliorer le climat de paix et de sécurité entre ses Etats membres. Elle possède une charte pour la paix et la stabilité, un protocole sur la prévention, la gestion et le règlement des conflits et une convention de coopération en matière de sécurité.

Or, note la commission de l'UA, la CEN-SAD manque de fonds pour financer ses ambitieux programmes et projets d’intégration régionale.

Quant au "Marché commun de l'Afrique orientale et australe", le COMESA a créé une zone de libre-échange supprimant les restrictions de change et les taxes sur les devises, éliminant les quotas d’importation et d’exportation et les obstacles, simplifiant les formalités douanières.

Cependant, le COMESA est toujours confronté à la dépendance des donateurs pour le financement de programmes d’intégration régionale clés, de réseaux d’infrastructures médiocres, d’une vulnérabilité macro-économique persistante, d’une coordination des politiques limitée et de contraintes en matière de ressources humaines.

Concernant "l’Union du Maghreb Arabe", la Commission de l’UA relève qu’elle a un grand potentiel et, en fonction des objectifs de son traité, a réalisé des progrès "louables", nuançant que cette région est, toutefois, confrontée à une coopération limitée entre les Etats membres.

Pour ce qui est de la Communauté de l'Afrique de l'Est, il s’agit de la CER la plus avancée ayant atteint un marché commun, les objectifs d’une union monétaire et, en définitive, d’une fédération politique. Mais les défis persistent.

Par exemple, l’union douanière et le marché commun ne sont pas encore pleinement opérationnels. Aussi, cette CER doit faire face à des défis importants en termes de capacité humaine et de financement de ses propres programmes.

S’agissant de la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC), ce groupement a renforcé l’intégration régionale, notamment l’intégration politique à travers l’architecture de paix et de sécurité, l’intégration environnementale et la gestion des ressources naturelles par le biais d’un système de promotion de l’économie verte.

Malgré le riche potentiel en ressources de la région, la coopération au sein de la CEEAC reste faible en raison de procédures de douane et d’immigration restrictives, ainsi que de conflits persistants.

Quant à la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), on relève que la mise en œuvre du protocole sur la libre circulation des personnes, des biens et des services a accru le commerce intra-régional.

Pour autant, il y a des défis relatifs à l’insécurité et aux attaques terroristes, à l’harmonisation des politiques macro-économiques, la médiocrité des réseaux d’infrastructures, le financement limité de l’intégration régionale et les contraintes en matière de capacités humaines.

Au niveau de "l'Autorité intergouvernementale pour le développement", cette CER a mis en place une architecture efficace de paix et de sécurité pour résoudre les conflits et progressé dans les infrastructures régionales, notamment le corridor LAPPSETT, la zone franche internationale de Djibouti et le barrage de renaissance en Ethiopie.

Néanmoins, un certain nombre d’Etats membres sont toujours confrontés à la vulnérabilité aux conflits, aux réfugiés et aux personnes déplacées à l’intérieur de leur pays. En outre, les conditions météorologiques extrêmes menacent l’agriculture et la durabilité de la biodiversité.

Du côté de la "Communauté de développement de l'Afrique australe" (SADC), cette région a obtenu le statut ZLE en 2008 et le commerce intra-régional a augmenté pour représenter environ 22 pc du commerce total. Cette CER a adopté une approche de développement en matière d’intégration axée sur la coopération sectorielle.

A l’avenir, la SADC devrait résoudre le problème des adhésions multiples et redondantes afin d’éviter la confusion, la concurrence et les doubles emplois.

*Lecture de l’agence MAP