Algérie : Contre un cinquième mandat pour une chaise roulante

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L’appel de trois personnalités algériennes de premier plan est sans appel. Il décrit une Algérie au bord du précipice. Ils cherchent à lui éviter, selon leur propre terme, « le naufrage »

« Dans tout autre pays démocratique, pareille situation aurait conduit, soit à une démission librement exprimée par le Président, au nom de l’intérêt supérieur de la Nation, soit à la destitution de celui-ci par voie constitutionnelle. Hélas ! Pas en Algérie où l’état d’empêchement, pourtant prévu dans l’article 102 de la Constitution, ne peut être appliqué tant que les institutions chargées de sa mise en œuvre sont aux ordres de ceux qui détiennent véritablement le pouvoir, à savoir, l’entourage familial du Président et un groupe de puissants oligarques disposant des richesses du peuple selon leur bon vouloir ». Les auteurs de ces  propos ne sont pas des Marocains qui auraient un quelconque intérêt à abîmer l’image de la République Démocratique Populaire d’Algérie. Ni d’opposants notoires et incurables du régime algérien. Mais bel et bien trois personnalités de premier plan de l’Algérie. Lassées de voir l’Algérie ne pas en finir d’aller à la dérive, elles ont pris sur elles la décision de lancer un appel à la constitution d’un front contre un cinquième mandat pour le président algérien Abdelaziz Bouteflika.

Il s’agit de Ali Yahaya Abdennour, vénérable patriarche de 96 ans qui a été président de la Ligue algérienne des Droits de l’Homme pendant 16 ans. Il a chevauché la décennie noire de la guerre civile dont le triste bilan tourne autour de 200 mille morts. Il n’attend plus de la vie que de voir son pays s’ouvrir sur des beaux horizons. Mais comme l’horizon est une ligne imaginaire qui s’éloigne au fur et à mesure qu’on s’en approche, il a, en désespoir de cause, franchi le Rubicon. Ahmed Taleb Ibrahimi, 85 ans, brillant intellectuel, à la crinière fournie et argentée, ancien ministre des affaires étrangères, bel homme élégant comme la diplomatie algérienne n’en a jamais eu à sa tête. Il appartient à une grande famille religieuse. Médecin de formation, c’est un enfant du sérail qui n’en peut plus lui non plus. Et enfin Rachid Benyelles, le plus jeune des trois, 77 ans, général à la retraite qui a été pendant plus d’un demi siècle dans l’antre du pouvoir. Il a bravé la loi promulguée en 2016, dans la foulée de l’arrestation du général Hassan qui a osé dire tout haut ce que beaucoup d’officiers pensent tout bas. Elle contraint, sous peine de sanctions, les militaires, actifs ou à la retraie, à l’obligation de réserve. Avant même l’appel, Benyelles a publié un ouvrage qui en dit long sur Les Arcanes du pouvoir, titre par ailleurs de ses mémoires.

L’Appel est sans appel. Il décrit une Algérie au bord du précipice et cherche à lui éviter, selon ses propres termes, « le naufrage ». « Au-delà des conditions particulières dans lesquelles il avait été porté au pouvoir en 1999, ou des ajustements successifs de la Constitution pour en faire un document assurant une présidence à vie, le chef de l’État actuel, très lourdement handicapé, notamment depuis sa deuxième hospitalisation à l’étranger en mai 2013, n’est manifestement plus en mesure continuer à diriger le pays ». Pour eux, dans tout pays démocratique, cette situation devrait conduire à la démission ou à la destitution du président. Désespérant des partis et du peuple « inhibé » par la guerre civile, ils invitent l’armée à se démarquer, ce qu’elle refuse jusqu’à présent. Mais curieux fait de cet étrange état des choses, ce n’est pas tant le mandat en cours qui préoccupe le plus les trois personnalités, mais la perspective d’un cinquième mandat d’une chaise roulante, devenu de plus en plus probable.