Enseignement : Le flagrant déni

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La passion supposée de nos sociétés pour le savoir s’est accroché à l’aphorisme poétique d’Ahmed Chawki qui a créé en son temps une controverse sur l’opportunité d’apparenter l’enseignant à un prophète que les théologiens ont tranché en avançant que le « prince des poètes » n’en n’a pas fait l’égal, mais l’y a rapproché pour marquer l’importance de sa mission en proclamant seulement que l’instituteur a failli être un prophète.

Si fort qu’à une époque où la punition corporelle était la règle, les parents accordaient sur leurs enfants tous les droits à l’instituteur et au professeur.

Cette sacralité de la place sociale qu’a occupée l’enseignant, assortie d’une immunité que la société croyait due, il n’en reste plus grand-chose et se serait tant mieux si elle avait été seulement la conséquence de l’évolution pédagogique de l’Education nationale.

Il n’en est rien. Les évènements qui rythment au quotidien notre enseignement laissent apparaitre que l’état désastreux de l’éducation nationale est le produit d’un long processus de dégradation de tout ce qui s’y rapporte : infrastructure, encadrement pédagogique, formation, qualité des programmes et leur adéquation avec les besoins de ce siècle.

Tout est nivelé par le bas avec pour seule issue une inexorable descente aux enfers.

A l’échelle globale, pour dire les choses très succinctement, les défis de l’avenir et les débats auxquels ils donnent lieu tournent autour des enjeux de la disruption technologique et des troubles qu’elle induit forcément dans les comportements des marchés de l’emploi et des formations y afférentes.

Au Maroc, depuis des mois, des années, l’appréhension correcte de l’avenir bloque obstinément sur deux points :

La langue de l’enseignement. Les Marocains n’arrivent pas à s’entendre sur l’outil d’apprentissage et l’évidence de la réponse est victime d’un flagrant déni.

Et le statut de l’enseignant. Dans un monde où de plus en plus la progression sociale exige la mobilité professionnel avec un minimum requis de polyvalence, ou de capacités adaptatives, les professeurs marocains qui devraient précisément préparer les élèves à ces exigences se fixent désespérément comme perspective le statisme du fonctionnariat.