Le jour où le tifinagh a tué mes rêves

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A son corps défendant pour une bonne partie de ses composantes, la Chambre basse a adopté le projet de loi organique définissant le processus de mise en œuvre du caractère officiel de l'amazigh, ainsi que les modalités de son intégration dans l'enseignement et dans les domaines prioritaires de la vie publique.

Une unanimité de façade, privilège dont n’a pas bénéficié la pauvre loi sur les langues de l’enseignement qui languit dans l’antichambre de représentants, a accompagné cette adoption. A la décharge du parlement, la loi sur l’amazigh trainait dans les couloirs du législatif depuis 2011.

Il ne faut pas croire pour autant que les activistes purs de durs de l’amazighité seront comblés. De même que les intégristes de l’arabité ne seront pas satisfaits, les extrémistes de la berbérité ne seront comblés qu’une fois les présumés arabes seront jetés à la mer en direction du tiers désertique du monde.

Présumés arabes, on pourrait aussi dire présumés berbères tant après près de mille cinq cents ans de croisements et de brassage il est impossible de séparer l’ivraie du mauvais grain. Argument que ne recevront ni ceux qui se sentent 100% arabes, ni ceux qui se croient berbères pur-sang.

Bien que le sentiment d’appartenance ethnique ne soit pas génétique mais culturel, il y aura toujours des exclusivistes de chaque camp pour prétendre encore au prix de mille et une circonlocutions que le Maroc fait partie de leur héritage.

  Que Mohamed Laaraj, ministre de la Communication et de la culture se gargarise à volonté de ce « projet de loi prévu par la Constitution [qui] s'inscrit dans une perspective d'ancrage des valeurs de cohésion et de solidarité nationale à travers la préservation de cette langue et du patrimoine culturel et civilisationnel amazigh », ne changera rien à cette triste réalité qui fait qu’encore cette question restera posée pour longtemps en termes conflictuels.

Sur le papier, le berbère gagne du terrain et bientôt le chatoyant la calligraphie tifinagh ornera la monnaie nationale. Pourtant l’adoption de ce caractère pour transcrire l’amazigh est l’idée la plus sotte que des gens intelligents que sont de nombreux militants berbères pouvaient produire.

En s’accrochant au caractère latin, par idéologie, pour ne rien céder à l’arabe, ils ont accepté le tfinagh qu’ils savent pertinemment le meilleur frein à l’apprentissage de l’amazigh et à sa diffusion. Le marocain que je suis, incapable de se dire berbère ou arabe, cède au charme de la plastique du tifinagh, mais ne suis nullement prêts comme des millions de Marocains à m’aventurer dans l’apprentissage du décryptage de ses lettres et des milliers de combinaisons pour former les mots de l’amazigh pour en faire des phrases et les comprendre.

Avec le caractère arabe, que même les analphabètes de ceux qui se disent que berbères, connaissent, ne serait-ce que parce que ils l’ont croisé au M’ssid, l’accès à l’amazigh aurait été autrement plus aisé. Avec le tifinagh, l’apprentissage d’au moins une des langues berbères continuera à appartenir au registre des mes projets et rêves inaboutis.