Les questions inévitables

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L’économie moderne, scrutée par les gens du FMI, laisse au bord de la route un tiers des Marocains. Entre ceux qui sont dans l’informel pour assurer leur survie, et ceux qui sont en dessous du seuil pauvreté. Ce sont des millions de Marocains qui échappent aux radars des statistiques

Le rapport du FMI sur le Maroc donne lieu à des interprétations diverses. Le gouvernement souligne les « satisfécits », les perspectives optimistes. D’autres mettent en lumière les critiques voilées, les exigences de réformes plus avancées. En fait, depuis vingt ans, selon sa doctrine, le FMI salue la capacité du Maroc à rétablir ses fondamentaux. En particulier, nous avons la maitrise du déficit budgétaire, le contrôle de l’inflation, une certaine amélioration de ce qu’ils appellent « l’environnement des affaires » par des réformes législatives. A ces critères s’est ajouté le flottement contrôlé du dirham, que le FMI considère tout de même comme insuffisant, parce que selon sa doctrine, il faut arriver à la liberté de change complète, sans se soucier des impacts calamiteux à court terme. Le FMI c’est un doctrinaire qui raisonne à long terme, sans garantie de réussite par ailleurs, l’Égypte étant un exemple. Le rapport du FMI est scruté par les investisseurs. Ses satisfécits sont bons à prendre et font la promotion du Maroc. En même temps, il y a des contrastes saisissants. Le même rapport note des faiblesses en matière de création d’emplois, d’intégration de la femme, de répartition, de faiblesse des services publics. Il est quand même étonnant que le même FMI, qui réclame depuis 1983 la baisse du poids de la masse salariale de la fonction publique dans le PIB, note l’insuffisance des services publics. Ces contrastes ne sont pas dus à une incohérence du FMI. Les fondamentaux de celui-ci sont connus, il plaide pour l’intégration de tous au marché mondial, selon les règles de celui-ci et pense que cela produira, à terme, la prospérité pour tous. Le problème c’est qu’il ne suffit pas d’adhérer à cette thèse, il faut en être capable. Le problème de la compétitivité est loin d’être résolu, malgré toutes les réformes initiées par le FMI lui-même. Le déficit commercial n’arrête pas de se creuser. Les phosphates, l’industrie automobile, le tourisme et l’électronique ne peuvent pas compenser toute les importations des biens et services. C’est ce qui explique que même avec des taux de croissance supérieurs à 2,5 sur 20 ans, le chômage est à 10%, malgré la transition démographique, sans compter la paysannerie pauvre. Le problème réel se situe au-delà des chiffres, il est dans la formation économique et sociale du Maroc. L’économie moderne, scrutée par les gens du FMI, laisse au bord de la route un tiers des Marocains. Entre ceux qui sont dans l’informel pour assurer leur survie, et ceux qui sont en dessous du seuil pauvreté. Ce sont des millions de Marocains qui échappent aux radars des statistiques. Les chiffres globaux ne signifient rien du tout pour les territoires et les populations oubliés, exclus. A Jerada, à El Hoceima et ailleurs, c’est un échec absolu auquel les réformes préconisées par le FMI n’apportent aucune solution. Le gouvernement, les politiques publiques doivent s’attaquer à la précarité, pour connecter, intégrer toutes les populations au circuit économique, créer un marché national, pour pouvoir rechercher une intégration à l’international. C’est cela la responsabilité première des pouvoirs publics, au lieu de se gausser des bons points du FMI.