Un chant pour Rabat

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Mashahid est « un voyage féerique dans la mémoire de Rabat » voulu par ses concepteurs comme « un poème visuel spectaculaire » d’une durée de soixante minutes qui a tenu ses promesses. 

Les remparts plusieurs fois séculaires des Oudaya pour écran et les bruissements du Bourgreg à l’endroit et au moment où il rencontre l’Atlantique pour musique, ont offert à la magie du lieu et au public venu la vivre, un spectacle comme il nous est rarement donné l’occasion d’en voir.

 De là où il est et de ce lieu que son âme hante encore, le poète Kamal Zebdi dédie le spectacle « pour ceux qui savent écouter le clapotis des vagues sur la grève et le murmure du vent à travers les vieilles pierres, raconter notre histoire… » 

De Juba II à Mohammed VI s’entremêlent deux mille ans d’histoire cadencés par le flux et reflux des conquérants et des frontières. Princes navigateurs et cavaliers rustres, Berbères insoumis et Arabes conquérants, Corsaires du grand large et Andalous raffinés… se croisent et se succèdent. Rabat présent, Rabat évanescent, Rabat toujours et encore est un prétexte et une suggestion plus qu’une raison et une affirmation.

Le but est la culture pour une cité qui en recèle sans que ça se voie. Le public tente un applaudissement et se ravise comme dans un spectacle équestre où il ne faut surtout pas perturber le cheval et sa cavalière. A la fin on pourra, à tout rompre. 

Sauf le charme, même si la lumière s’allume et qu’à travers le brouhaha des spectateurs qui bougent, on peut enfin voir les présents des absents. Deux fondations, de l’Académie du Royaume et de l’OCP, ont joint leurs efforts pour ce rare moment de bonheur et de culture. Les autorités locales, par la force des choses, et à leur tête un pacha, un titre aux consonances turques que je croyais caduc et périmé. En revanche, pas l’ombre des gens du tourisme, ni des affaires culturelles et moins encore de la commune de Rabat Ville Lumière et Capitale Marocaine de la Culture.