Brexit: l'UE prête à accorder un nouveau délai à Londres

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Les 27 de l'Union européenne devraient une nouvelle fois convenir d'un report du Brexit, assorti de conditions et dont la durée reste toutefois à déterminer, lors d'un sommet extraordinaire mercredi soir à Bruxelles, afin d'écarter le spectre d'un "no deal".

Le premier délai accordé par l'UE à Theresa May, du 29 mars au 12 avril, n'a pas porté ses fruits: le Royaume-Uni n'est toujours pas en position de ratifier le traité de retrait négocié entre Bruxelles et Londres.

La Première ministre Theresa May devra donc convaincre ses pairs mercredi soir de lui laisser plus de temps pour rallier les députés britanniques, qui ont déjà rejeté le texte par trois fois. Elle leur demande jusqu'au 30 juin, et continue d'afficher sa préférence de ne pas participer aux élections européennes (du 23 au 26 mai), une exigence de l'UE si le Royaume-Uni est encore membre après le scrutin.

Elle commencera par rencontrer le président du Conseil européen Donald Tusk en tête à tête vers 17H30 (15H30 GMT). Après l'intervention de Mme May en début de sommet, les 27 se retrouveront entre eux pour décider. De source diplomatique, le projet de conclusions du sommet ne mentionnait pas de date, laissée en blanc, mardi soir lors d'une réunion de préparations des ambassadeurs européens.

Le constat à Bruxelles est clair: "notre expérience jusqu'à présent, ainsi que les profondes divisions au sein de la Chambre des Communes, nous donnent peu de raisons de croire que le processus de ratification pourra être achevé d'ici à la fin juin", a écrit Donald Tusk dans la lettre d'invitation aux 27.

Redoutant un "Brexit sans accord accidentel" et soucieux d'éviter des "sommets Brexit à répétition", le Polonais avance l'idée d'une "prolongation flexible, qui ne durerait que le temps nécessaire et pas plus d'un an". Elle pourrait ainsi être interrompue dès ratification de l'accord de retrait par les deux parties. C'est bien plus que ne le souhaite Mme May.

L'idée de M. Tusk a trouvé un certain écho du côté de Berlin, où Theresa May est venue mardi à la veille du sommet plaider sa cause auprès de la chancelière allemande Angela Merkel.


Cette dernière a jugé, lors d'une rencontre qui a suivi avec des membres de son parti, qu'un report "jusqu'à début 2020" est possible, selon des propos rapportés par un participant.

Dans la foulée, Mme May s'est rendue à Paris. A la tête du camp des partisans d'une plus grande fermeté, inquiets à l'idée que le Royaume-Uni perturbe le fonctionnement de l'UE de l'intérieur, la France, si elle n'est "pas opposée" à un report du Brexit, estime qu'un délai d'un an "paraît trop long", selon l'Elysée.

Paris "n'est pas fermé à construire une autre solution" que le "no deal", mais "avec certaines limites et pas à tout prix", a précisé la présidence avant la rencontre entre Emmanuel Macron et Theresa May.

"La France sera très ferme" et "plus la période (d'extension) sera longue, plus les garanties devront être sérieuses" afin de "ne pas mettre en danger le fonctionnement de l'UE", selon l'Elysée. Mercredi matin, le Premier ministre belge Charles Michel était sur la même ligne.

"Au plus ce report va être long, au plus les garanties données par la Grande-Bretagne pour le bon fonctionnement de l'Union européenne vont devoir être importantes et solides", a-t-il déclaré à la radio RTL. Selon lui, le débat porte sur une durée du report "entre six mois et un an".

Il faudrait par exemple que le Royaume-Uni s'engage à ne pas perturber certains gros dossiers en cours de discussion à Bruxelles, comme l'élaboration du budget de l'UE pour la période 2021-2027.

La durée d'un éventuel report "doit être proportionnelle à l'objectif que doit servir cette extension", a souligné le négociateur en chef de l'UE Michel Barnier, lors d'une réunion avec des ministres de l'UE mardi en préparation du sommet.

"Et ça dépend de ce que Mme May dira" aux 27, a-t-il souligné.

"Le +no deal+ ne sera jamais la décision de l'UE, ce sera toujours la responsabilité du Royaume-Uni de nous dire ce qu'il veut", a insisté M. Barnier devant la presse, tandis qu'Angela Merkel a assuré que "l'UE ne veut pas pousser les Britanniques vers un Brexit désordonné".

Mme May s'appuie sur un nouvel élément pour plaider sa cause: des pourparlers entre le gouvernement et l'opposition britanniques, dans l'espoir de trouver un compromis, suspendus toutefois mardi pour reprendre après le sommet.