Les présidents algériens et la malédiction de la constitution

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Le site algérien Oumma a consacré au rapport entre les présidents algériens et la constitution un article drôle qui ne manque pas d’humour où la métaphysique croise la superstition et fait appel à l’exorcisme. L’auteur de l’article a eu la malice d’aborder la question du régime algérien sous un aspect inédit.

Nour Eddine Boukrouh, c’est son nom, commence par constater que « bon nombre de [ses] compatriotes de tous âges, sexes, régions et niveaux intellectuels croient au sort, aux prédictions et aux histoires surnaturelles. Ça fait partie de notre culture. Nous croyons pour la plupart aux miracles, aux contes et légendes, au merveilleux, à la prédestination, dont celle de l’homme providentiel ou du cheikh inspiré qui ne sont souvent, on commence enfin à s’en rendre compte, que des Djouha en habit moderne ou en tenue dite islamique. Des fois, ils alternent les deux. »

« Quand l’horizon national est bouché, que nous n’entrevoyons pas de solution à nos problèmes et à ceux du pays, écrit-il » nous laissons percer notre désespoir et soupirons, abattus : « Nous sommes maudits ! Une malédiction doit peser sur nous ! Ça sera toujours comme ça ! Jamais nous ne nous en sortirons!

« Et si c’était vrai ? Et si une malédiction pesait effectivement sur nous ? https://oumma.com/la-malediction-de-la-constitution/

« A l’heure où il est question de la réviser, je voudrais faire état d’un sortilège qui serait lié à la Constitution algérienne. La cause en serait la trahison du sang des martyrs, l’assassinat de la Constitution au moment où elle devait voir le jour.

Au terme de la malédiction de la constitution, explique Nour Eddine Boukrouh « tout président de la République qui toucherait à la Constitution serait condamné à perdre son poste dans les trois années qui suivraient. Jugeons-en.

« Le président Ben Bella a empêché l’Assemblée constituante élue pour donner à l’Algérie sa première Constitution d’accomplir sa mission, et confié son élaboration au parti FLN. Moins de trois années après il était délogé du pouvoir par le coup d’Etat de Boumediene, et emprisonné pendant quatorze ans.

« Ce dernier gèle la Constitution adultérine et gère le pays hors de tout cadre constitutionnel durant onze ans. En 1976, il décide de donner une nouvelle Constitution au pays.

« Moins de trois années après, il était arraché au pouvoir par une mort mystérieuse sur laquelle on s’interroge à ce jour.

« En 1989, son successeur, Chadli Bendjedid, fait réviser la Constitution de 1976 sous la pression des évènements d’octobre 1988 pour y introduire le multipartisme.

« Moins de trois années après, il était « évacué » du pouvoir…

« Liamine Zéroual a changé la Constitution de 1989 pour créer le Sénat et limiter le nombre des mandats présidentiels à deux.

Trois ans après, il démissionnait sans qu’on n’en connaisse jusqu’à maintenant les raisons.

Chose curieuse, le président qui a limité le nombre de mandats présidentiels à deux (Zéroual) est celui-là même qui a quitté ses fonctions de son propre gré et vivant. Il ne portait pas en lui le virus du despotisme, c’est pourquoi il n’a pas été « puni ».

« Tous ses prédécesseurs, sans exception, ont quitté le pouvoir de force (Ben Bella et Bendjedid) ou morts (Boumediene et Boudiaf)…Détail encore plus curieux : sur les six chefs d’Etat que l’Algérie a comptés, Zéroual est le seul dont le nom ne commence pas par la lettre B : Ben Bella, Boumediene, Bendjedid, Boudiaf, Bouteflika. »

Il est le seul à être parti de son plein gré.

En Post scriptum , Nour Eddine Boukrouh ajoute :

« Le cas de Bouteflika semble avoir démenti la logique de la « malédiction de la constitution » décrite ici.

« C’est ce que j’ai cru moi-même (entre avril 2011 et avril 2013) jusqu’à ce que – à quelques semaines de l’expiration de sa treizième année au pouvoir, et une année avant la fin du troisième mandat « volé » – il a été frappé par l’AVC qui a amoindri ses capacités dans une mesure qu’on ne connaît pas .

« Il est resté en vie jusqu’au jour où il a reçu le pire des châtiments pour lui, celui qu’il n’a jamais imaginé : voir le peuple algérien, rassemblé et uni comme jamais et sous les applaudissements du monde entier, le chasser du pouvoir. »