L'âne et la démocratie

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Cette couverture exceptionnelle du magazine BAB sur “Gloire et Misère de l’âne marocain” procède d’une ambition. Celle de voir la société marocaine, dans sa grande majorité récemment urbanisée, consacrer aux animaux la place qu’ils méritent dans une société civilisée. 

La maltraitance animale est, la plupart du temps, un indicateur très efficace de l’état de sous-développement d’un pays avec, souvent, un taux d’analphabétisme très élevé.

La maltraitance animale n’est pas un indicateur de pauvreté. Cela n’a aucun rapport. Dire que dans un pays ou un milieu pauvre, la maltraitance animale n’est pas une priorité n’est pas un argument recevable. Ou dire qu’en démocratie, l’urgence ce sont les droits de l’Homme, -non pas ceux des animaux- ; la priorité va aux droits des femmes, des minorités, etc. Cela non plus n’est pas acceptable, car le sort fait aux animaux dans un pays donné informe précisément sur l’état de sa démocratie.

Mais, revenons aux ânes marocains. C’est une race très prisée connue sous le nom de l’âne gris de l’Atlas. Elle est résistante, travailleuse et il lui arrive de s’exporter, le plus légalement du monde, dans des pays au nord de la Méditerranée. L’âne est utilisé dans les activités touristiques de plein air comme les randonnées et les grandes balades. Il porte souvent le bivouac et l’alimentation des randonneurs. Cette activité est en très forte croissance en Europe du sud.

Chez nous, notre âne est mieux traité dans les champs que dans les villes. La traction animale n’a pas encore quitté nos villes et leurs périphéries. Les néo-citadins, souvent des ruraux, n’ont pas encore coupé le cordon ombilical avec les ânes qu’ils utilisent dans des activités de survie génératrices de revenus. C’est dans de telles situations que des maltraitances sont constatables.

La disparition de la traction asine ou hippomobile dans nos villes signifierait une intégration économique réussie de ces ex-ruraux. Certains projets labellisés INDH, dans cette approche de substitution, sont de vrais modèles de réussite à suivre.

Pour le reste, et à la différence du cheval que la civilisation marocaine traite avec beaucoup d’élégance, de soin et de respect -la filière est magnifiquement maîtrisée de A à Z-, l’âne marocain devrait pouvoir bénéficier de davantage de considération pour la place qu’il a dans la protection et la valorisation de nos paysages, pour son utilité sociale et économique et pour sa symbolique dans notre culture. Une fondation de l’âne au Maroc devrait pouvoir, sérieusement, s’occuper de tout cela un jour…