MAP : KHI met les points sur les I

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« Dans un monde globalisé marqué, particulièrement, par la mondialisation de l’information sur de multiples supports numériques, personnels et collectifs, fixes ou portables, la MAP ne peut plus  rester cantonnée, au risque de faillir à sa mission, à l’activité traditionnelle de production de dépêches, alors que la diffusion instantanée de l’information est la règle, désormais, universelle. Internet, les réseaux sociaux, les radios et les chaines d’information en continu, de par le monde, ont frappé d’obsolescence tous les modèles traditionnels d’information », répond Khalil Hachimi Idrissi dans un entretien avec Al Ayam 24 où il explique les axes de cette évolution, ses réalisations et ses chantiers.

Devant la commission de la communication et de la culture à la Chambre des représentants, le ministre de tutelle, Mohamed Laaraj, a eu à défendre le projet de loi portant l’ambition en tant qu’établissement médiatique public, de fournir  « des prestations dans le domaine de l’information, de la presse, de l’édition et de la communication  à l’intention des usagers, tant au Maroc qu’à l’étranger » à la hauteur du monde moderne. 

Le changement ne plait pas toujours à tout le monde. Mais au-delà des conservatismes et des frilosités habituels, on croise les intérêts tapis qui ont fait de plusieurs secteurs un fonds de commerce et qui tentent en permanence de faire barrage au progrès. A la Chambre des représentants ils ont trouvé quelques porte-voix qui ont essayé de démolir par procuration la réforme et le développement de l’agence. Dans cette interview que nous avons traduite de l’arabe, Khalil Hachimi Idrissi détaille et étaye les contours d’un projet d’avenir pour une agence qui a longtemps vécu sur les acquis d’un passé révolu.

 

 

Vous avez entamé un chantier à la MAP sur le nouveau texte portant organisation de l’agence. Quelles en sont les grandes lignes ?

 

Dans un monde globalisé marqué, particulièrement, par la mondialisation de l’information sur de multiples supports numériques, personnels et collectifs, fixes ou portables, la MAP ne peut plus  rester cantonnée, au risque de faillir à sa mission, à l’activité traditionnelle de production de dépêches, alors que la diffusion instantanée de l’information est la règle, désormais, universelle. Internet, les réseaux sociaux, les radios et les chaines d’information en continu, de par le monde, ont frappé d’obsolescence tous les modèles traditionnels d’information. 

A ce propos, seule une mise à niveau volontariste, professionnelle, éditoriale et technologique,  de l’agence de presse marocaine peut lui permettre de protéger une certaine souveraineté nationale dans le domaine de l’information, de la presse, de l’édition et de la communication  et de permettre au Royaume de faire entendre sa voix, de valoriser ses acquis démocratiques et de défendre ses causes nationales avec efficience et professionnalisme.

La MAP offrira dans le même cadre un service de diffusion par satellite, et au moyen de tout procédé assimilé à cette technique, ainsi que les services de rédaction et de la publication multi-langues et d’autres services à forte valeur ajoutée, notamment dans les domaines de la veille stratégique et de l’analyse de l’information, des données et de leur traitement ainsi que la vente d’espaces publicitaires sous tous leurs formes et supports.

Par ce projet de loi, l’agence de presse marocaine  s’emploie, en tant qu’établissement médiatique public, à fournir des prestations dans le domaine de l’information, de la presse, de l’édition et de la communication  à l’intention des usagers, tant au Maroc qu’à l’étranger et ce, à travers lacollecte, le traitement et la diffusion par tous moyens écrit, imprimé, analogique, digital ou audio-visuels des informations.

Les nouveautés du texte ont trait à la possibilité d’offrir un service d’édition multilingue et des produits à haute valeur ajoutée, le consulting, la formation aux niveaux national et international.

Le projet de loi confirme et pérennise les instances de gouvernance, déjà en place pour améliorer les méthodes de gestion de l’établissement en l’occurrence le comité stratégie et veille technologique, le médiateur de l’Agence, le conseil de la rédaction et le conseil paritaire de gestion. Il permet également à l’Agence de recourir à des montages financiers (acquisition, location, crédit-bail, échange et usufruit) et juridiques (convention de coopération, groupement d’intérêt économique, création de filiale, prise de participation…) en adéquation avec les besoins et le contexte de chaque projet.

 

En harmonie avec l’esprit et la lettre de la Constitution, l’Agence s’attache dans ses activités aux référents de l’identité nationale, aux valeurs universelles de la civilisation et aux choix démocratiques du Royaume qui garantissent le pluralisme, la liberté d’opinion et d’expression. L’Agence s’attache à servir la communauté nationale dans toutes ses composantes et ses sensibilités et ce, de par sa vocation de service public devant souscrire, comme le stipule la Constitution, dans le cadre de la démocratie, de la diversité et du pluralisme,  aux principes de qualité, de transparence, de corrélation entre responsabilité et reddition des compteset de bonne gouvernance. 

Ce projet, qui a été élaboré à la lumière des conclusions de l’étude stratégique menée par l’agence et qui a insisté sur la nécessité d’ouvrir de nouveaux horizons devant la MAP pour lui permettre d’offrir des services de qualité dans les domaines de l’information, de la publication, de la diffusion, de la distribution et de la communication, va permettre à la MAP de dépasser le stade de la production de la seule dépêche en papier pour entrer de plain-pied dans le monde des agences mondiales modernes, qui adoptent des méthodes développées de gestion, basées sur un produit multimédia avec une forte valeur ajoutée et de grande qualité et son commercialisation avec des procédés adaptés aux technologiques modernes.

 

La création du CDR et du CPG a fait couler beaucoup d’encre, pouvez nous éclaircir sur leur fonctionnement et pourquoi il y a eu autant de débat autour d’eux?

 

Ces deux organes sont des outils de gouvernance moderne qui institutionnalisent le principe de gestion participative. Le CDR traite tous les sujets relatifs au personnel journaliste de la MAP, y compris la mobilité internationale, la nomination aux postes de responsabilités et la qualification des fautes professionnelles. Les journalistes sont jugés par leurs pairs dans la mesure ou le conseil est composé de 5 journalistes élus au suffrage universel et 5 rédacteurs en chef désignés par le Directeur Général.

La même chose pour le CPG qui est composé de 5 salariés élus parmi par le personnel non-journaliste de la MAP et de 5 Directeurs nommés par le Directeur Général. Il traite à son tour de l’ensemble des questions relatives du personnel non-journaliste.

Ces deux organes sont responsabilisés de leurs propres choix et rendent compte de leurs décisions. Leur membres, contrairement au DG, connaissent tous le personnel et sont capable de mieux évaluer ses mérites et ses compétences. C’est la raison pour laquelle ils jouent également un rôle de recours en cas de litige sur la notation ou la prime entre un collaborateur et son supérieur hiérarchique.

L’instauration de ce mode de transparence a coupé court à toute forme de clientélisme et a privé des lobby de leur « quotas » dans les promotions et les nominations à l’étranger qu’ils utilisaient comme moyen de pression sur le personnel et un fonds de commerce pour le recrutement de « militants ». C’est la raison de la compagne de résistance et de désinformation menée contre ces organes. Leurs détracteurs essaient à tout prix de les vider de leur substance et de revenir à la situation passée.

 

Quelle est votre vision prospective pour la MAP et quel estvotre objectif à travers ces réformes ?

 

Les projets du plan stratégique 2012-2016 ont été achevés à 100% en dépit du défaut d’accompagnement financier des pouvoirs publics. Le contrat programme qui devait permettre à l’Agence de mener son plan d’investissement n’a jamais été signé.

Ce plan stratégique a permis à la MAP de disposer d’une notoriété auprès de ses clients, ses partenaires et ses confères. Cette notoriété a été acquise par la rigueur réservée au traitement et à la diffusion de l’information, à la capacité de l’Agence à créer de nouveaux produits qui viennent enrichir son portefeuille, à la maitrise dont elle a fait preuve des NTIC, à la puissance de son réseau de représentations, consolidé par la politique des pôles qu’elle a mis en place et bien évidement à la qualité de son capital humain dont elle a su développer la compétence et mettre à niveau sa cartographie.

Partant de ces facteurs clés de succès, la MAP a une vision pour les 5 années à venir basée sur 10 points que sont le renforcement de son leadership continental et régional de la MAP, la défense du principe de souveraineté nationale dans le domaine de l’information en s’opposant à la déferlante satellitaire et en faisant face aux effets de la libéralisation audiovisuelle, la consolidation, du rayonnement international de la MAP par le déploiement intégral du réseau de la MAP à travers les pôles internationaux, la consolidation du rayonnement régional de la MAP par le déploiement intégral du réseau de la MAP à travers les pôles régionaux pour accompagner la politique de régionalisation avancée du pays, le renforcement des nouveaux métiers de la MAP : TV, Audio, Vidéographie, Infographie, Photo, Edition et SNG qui contribuent à la diversification de ses produits et à l’augmentation de son chiffre d’affaires, le développement de l’activité audiovisuelle par le renforcement des compétences et l’acquisition de matériel afin de relever le défi du digital en dotant la MAP de nouveaux vecteurs d’information, la mise en œuvre sa politique de  défense de la souveraineté nationale en matière d’information en lançant des services d’information en continu radiophoniques et télévisuels, la mise en place, sur de nouvelles bases de formation et de recrutement, d’un plan d’action en attirant des personnels à fort potentiel et spécialisés à la direction de l’information, le développement d’une politique audacieuse de ressources humaines qui valorise le capital humain et qui s’appuie sur une politique de formation avec ses deux volets stratégiques : le e-learning et la formation présentielle et enfin la dotation de la MAP de moyens budgétaires qui soient à la hauteur de son statut d’établissement stratégique   d’information dans le cadre de la  dynamique qui sera créée par la nouvelle loi de l’Agence Marocaine de Presse.

Dans une dépêche diffusée la semaine dernière, vous avez affirmé que cette réforme fait face à une résistance. expliquez comment ?

La gestion du changement est un projet intrinsèque dans chaque stratégie. La résistance émane d’abord de la nature humaine qui préfère le confort routinier même s’il est contreproductif au lancement de challenge à travers la définition de nouveaux objectifs et la conception de nouvelles méthodes de travail.

Le projet MAP 21 vise à faire de la MAP une agence moderne qui met en application les meilleures pratiques en matière de management et qui révise constamment ses modes de production pour être proactive aux mutations rapides et profonde de son environnement.

Ce type de projet rend rapidement obsolète des profils, des postes, des emplois et des méthodes de travail. La MAP a vécu cela dans le passé. En effet, tous les métiers liés au téléscripteur et à l’analogique ont été balayés par la révolution numérique et l’internet. Il a fallu mener, en 10 ans, deux départs volontaires pour ajuster la cartographie du capital humaine de la MAP aux nouveaux métiers.

Certains pensent encore aujourd’hui qu’une agence de presse n’a pas sa place dans les produits à haute valeur ajoutée (photo, vidéo, audio, infographie, vidéographie, communication, édition….). D’autres pensent que le suivi de la productivité n'est pas du domaine des agences de presse ou des établissements publics. D’autres encore pensent que l’affectation à l’étranger est un droit acquis par l’ancienneté ou par une position moralesupposée, sans besoin aucun de compétences ou de maitrise de langues internationales.

Toutes ces attitudes relèvent du modèle des agences du 19ème siècle.

Penser aujourd’hui que la MAP doit rester une entreprise mono-produit et la cantonner dans la production du « texte » est une décision qui va à l’encontre des standards et des normes adoptés par les agences de presse mondiales.

Cette pensée est également contraire à l’ambition de l’Etat pour son Agence de presse nationale. Le Maroc, veut et a besoin d’une agence de presse aux standards des grandes agences internationales, capable d’accompagner ses chantiers et de défendre sa souveraineté médiatique.

Les nouvelles missions d’une agence de presse nécessitent de nouveaux outils et de nouvelles méthodes. L’application des méthodes de gestion et de management permet de créer le sentiment d’équité et participe de la volonté pour  rendre la MAP attractive aux compétences malgré le faible salaire qu’elle propose. Le nouveau modèle managérial de la MAP se base sur la compétence et offre à tout le personnel la chance de développer un plan de carrière et de  réaliser l’épanouissement professionnel et personnel.

Qui a intérêt à votre avis dans ce « blocage » que vous évoquez ?

Bien évidemment, l’entrave à un projet de cette nature est toujours l’œuvre de ceux pour qui le nouveau mode managérial ne profite pas. En général, ce sont les personnes qui disposaient de passe-droits dans le passé ou pour qui un mode de gestion basé sur la définition des objectifs et la mesure des réalisations n’est pas profitable, vu qu’il n’est pas compatible avec leur vision du travail dans une agence de presse.

Il est aussi l’œuvre de personnes qui utilisent la MAP comme un fonds de commerce et que la mise en place d’une véritable gestion participative délivre le personnel de leur servitude.

A titre d’exemple, la MAP disposait jusqu’en 2013, d’une association des œuvres sociales, gouvernée et gérée directement et exclusivement par le personnel. Cependant, l’audit mené par l’IGF a révélé des dysfonctionnements graves et une incapacité des décideurs élus de fournir une vision intégrée et des projets complémentaires. L’audit a mis à nu l’usage abusif des positions et des fonds de la subvention versée par la MAP. Le dossier est actuellement entre les mains de la justice avec des actes d’accusation très graves à l’encontre des dirigeants de cette association. Il était normal que la MAP prenne l’initiative pour mettre en place une nouvelle entité qui joue le rôle du bras sociale de l’établissement et dont les actions comme les comptes sont passés au crible par un audit externe annuel.

La perte de cette manne représente pour les détracteurs du mode de management actuel de la MAP, la disparition d’une source précieuse de rente et d’un outil irremplaçable de pression sur le personnel. D’autant plus que la réussite incontestable de l’actuelle Fondation MAP et l’impact mesurable de ses actions sur le climat social de l’Agence est une preuve supplémentaire de la véracité et la vision stratégique et du projet que nous adoptons.

Vous avez évoquez auparavant la possibilité de créer une chaine de télévision de la MAP. Vous êtes à quel stade dans ce projet ?

L’idée a été élaborée de manière méthodique et précise, sur la base d’un ensemble d’études et de recherches. L’objectif est d’approfondir les études pour parvenir à une vision définitive du projet à moyen terme.

Le conseil d’administration a demandé à la MAP de lancer une étude d’impact. Les résultats de cette étude ont été présentés lors de la réunion du Conseil en mai 2017.

L’étude a démontré les éléments suivants :

  • Un grand vide dans le paysage médiatique national en matière de service d’information audiovisuel d’information en continu.
  • Une attente nationale très importante et exigeante.
  • Une domination risquée des chaines et des programmes d’information étrangers.
  • Le concept proposé par la MAP est jugé attractif et répond aux attentes.
  • Le service sera l’outil idéal pour reconquérir la souveraineté médiatique nationale en matière d’information audiovisuelle.
  • Le service de la MAP ne viendra pas en concurrence des chaines nationales.
  • Le service est viable sur le plan économique.

Actuellement, la situation financière dégradée des sociétés du pôle public et les résultats obtenus en terme d’audience sur les programmes d’information en particulier oblige à réviser l’ensemble de la vision de ce pôle avec une nouvelle attribution des rôles qui tient compte des compétences et du potentiel qu’offre la MAP et qui font d’elle un élément de solution et non pas une composante du problème.

L’Etat dépense annuellement près de 2 milliards de dhs sans résultats probants. Or, l’investissement de 20% de cette enveloppe est capable d’offre au Maroc un service audiovisuel d’information en continu à même de reconquérir l’audience nationale expatriée dans les médias et les programmes d’information étrangers. Ce service sera un outil de valorisation du l’exception marocaine et faire entendre notre voix auprès de l’opinion internationale.

C’est la raison pour laquelle, nous considérons que ce projet sera mené à moyen terme et nous refusons qu’il vienne compliquée

une situation déjà confuse que vis le paysage médiatique marocain en raison de la crise profonde de laquelle il n’arrive pas à s’extirper depuis 18 ans.

Nous pensons, enfin, qu’un projet de cette taille, de cet impact et cette nature, ne peut pas voir le jour sans une volonté politique clairement exprimée qui reprend l’ingénierie du concept actuel qui, par l’aveu de tous est aujourd’hui dépassé et contreproductif. Pis encore, il persiste à tirer vers le bas tous le paysage audiovisuel national.