chroniques
Ostéoporose : quand une fracture révèle ce que les os taisent depuis des années – Par Dr Anwar Cherkaoui
Une femme sur trois et un homme sur cinq après 50 ans connaîtront une fracture liée à l’ostéoporose au cours de leur vie.
Longtemps silencieuse, l’ostéoporose se manifeste souvent à l’occasion d’une fracture que l’on attribue à une simple chute ou à un accident banal. À l’occasion de la Journée mondiale de l’ostéoporose, Anwar Cherkaoui alerte sur cette fragilité osseuse méconnue et rappelle l’importance d’une prévention tout au long de la vie. Dépistage ciblé, activité physique, alimentation adaptée et prise en charge des premières fractures constituent autant de moyens de réduire les risques et de préserver l’autonomie des personnes concernées.

Anwar Cherkaoui
Expert en communication médicale et de santé
La Journée mondiale du 20 octobre pour rappeler qu’il y a des maladies qui font du bruit. Et puis il y a celles qui avancent en silence, jusqu’au jour où elles imposent brutalement leur présence. L’ostéoporose appartient à cette seconde catégorie.
Pendant des années, les os peuvent se fragiliser sans douleur ni symptôme apparent. Puis survient une fracture, parfois après une simple chute, un faux mouvement ou un traumatisme minime. Ce qui semblait être un accident peut alors révéler une maladie jusque-là ignorée.
À l’occasion de la Journée mondiale de l’ostéoporose, célébrée le 20 octobre, la Société Marocaine de Rhumatologie (SMR) s’est jointe à l’International Osteoporosis Foundation (IOF) pour rappeler une évidence trop souvent négligée : la santé osseuse se construit, se protège et s’entretient tout au long de la vie.
Des chiffres qui interpellent
Une femme sur trois et un homme sur cinq après 50 ans connaîtront une fracture liée à l’ostéoporose au cours de leur vie. Ces estimations internationales donnent la mesure d’un problème de santé publique qui dépasse largement la question du vieillissement.
Derrière chaque fracture, il peut y avoir des douleurs persistantes, une mobilité réduite, une dépendance nouvelle et une qualité de vie profondément altérée.
La fracture de la hanche, notamment, peut bouleverser durablement le quotidien d’une personne âgée.
Le plus préoccupant reste pourtant ce qui se passe avant la fracture : la maladie évolue souvent sans signe suffisamment évident pour alerter le patient.
Faut-il attendre que l’os cède
Certainement pas. La première fracture n’est pas une simple parenthèse. Après 50 ans, une fracture survenue à la suite d’un traumatisme minime doit attirer l’attention. Elle peut constituer un signal d’alarme et justifier une évaluation de la fragilité osseuse.
Pr Abdellah EL MAGHRAOUI, rhumatologue, souligne l’importance d’une approche médicale qui ne s’arrête pas au traitement de la fracture. Il faut également rechercher les facteurs de risque, apprécier la santé osseuse et évaluer le risque de récidive.
Car une première fracture peut annoncer la suivante si aucune mesure de prévention ou de traitement n’est engagée lorsque cela est nécessaire. Le plâtre, l’intervention chirurgicale ou les médicaments contre la douleur peuvent répondre à l’urgence. Mais ils ne suffisent pas, à eux seuls, à traiter la fragilité osseuse qui a favorisé l’accident. Une fracture de fragilité doit donc être considérée comme une occasion d’agir avant la prochaine.
Des os solides, cela se prépare
La prévention ne commence pas à 60 ou 70 ans. Elle accompagne toute l’existence.
Une activité physique régulière, adaptée aux capacités de chacun, contribue à préserver la solidité des os et la force musculaire.
La marche, les exercices en charge et le renforcement musculaire ont leur place dans cette stratégie. L’alimentation compte également. Des apports suffisants en calcium, en protéines et en vitamine D participent au maintien d’une bonne santé osseuse.
Le tabagisme et certains traitements ou problèmes de santé peuvent, au contraire, augmenter le risque de fragilité.
Avec l’âge, la prévention des chutes devient tout aussi importante. Entretenir l’équilibre, préserver la force musculaire, vérifier la vision et sécuriser le logement sont des gestes concrets qui peuvent contribuer à limiter les accidents.
Il ne s’agit pas de promettre des os indestructibles, mais de réduire autant que possible les risques évitables.
La densitométrie osseuse : dépister au bon moment
La densitométrie osseuse, ou DXA, est l’examen de référence pour mesurer la densité minérale osseuse. Elle aide à diagnostiquer l’ostéoporose et à orienter la prise en charge.
Faut-il pour autant la réaliser systématiquement chez tout le monde ?
Non. Son indication dépend notamment de l’âge, des antécédents de fracture, des facteurs de risque et de la situation clinique.L’enjeu est de repérer les personnes qui pourraient bénéficier d’une évaluation, sans multiplier inutilement les examens.
L’ostéoporose se traite aussi
L’ostéoporose n’est pas une fatalité. Des traitements efficaces existent pour les personnes dont le risque de fracture le justifie. Ils doivent être choisis et suivis par un médecin, en fonction du profil du patient et de ses antécédents.
La prévention, le traitement adapté et le suivi médical forment un ensemble cohérent. Aucun de ces éléments ne devrait être négligé lorsqu’une fragilité osseuse est identifiée.
Les os ce n’est pas une affaire d’une Journée mondiale, du 20 octobre de chaque, mais une histoire de tous les jours. Le message est simple : ne banalisons pas les fractures après un traumatisme minime, ne négligeons pas les facteurs de risque et ne confondons pas absence de douleur et absence de maladie.
Construire, protéger et renforcer ses os tout au long de la vie : c’est préserver sa mobilité, son autonomie et sa liberté de vivre. Parce qu’en matière d’ostéoporose, la meilleure fracture reste celle que l’on a réussi à prévenir.