17 octobre en France : la rencontre de plusieurs fractions de la jeunesse, selon des sociologues

17 octobre en France : la rencontre de plusieurs fractions de la jeunesse, selon des sociologues

Un manifestant brandit une pancarte sur laquelle on peut lire « 1 enseignant pour 35 élèves, 5 policiers anti-émeutes pour 1 élève » lors d'une marche de protestation organisée en marge d'une action de blocage menée à l'échelle nationale par des lycéens, à Marseille, dans le sud de la France, le 5 octobre 2026. (Photo de Miguel Medina / AFP)

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Les violences survenues en France le 17 octobre ne peuvent se résumer à l’action de militants d’ultragauche ou de délinquants, estiment plusieurs sociologues. Lycéens, étudiants, jeunes des quartiers populaires, militants politiques et groupes impliqués dans les pillages se seraient retrouvés dans une même dynamique de contestation, sans nécessairement partager les mêmes objectifs. Une convergence de colères sociales, de motivations et de modes d’action qui interroge les fractures de la jeunesse française et les ressorts des mobilisations contemporaines dans une France déprimée.

Les violences du 17 octobre tiennent de "la rencontre de plusieurs fractions de la jeunesse" et modes d'action, estiment plusieurs sociologues, à distance des discours mettant en cause uniquement "l'ultragauche" et les petits "délinquants".

A deux jours d'une nouvelle mobilisation annoncée samedi, le président Emmanuel Macron a dénoncé jeudi d'un côté "des actes politiques et même séditieux qui ont été conduits par des groupes organisés d'ultragauche qui visent à faire tomber la République" et de l'autre "des actes de délinquance".

Mais pour Olivier Fillieule, sociologue rattaché à l'Université de Lausanne (Suisse), qui a suivi la journée du 17 octobre avec une équipe dans le cadre d'un projet de recherche du fonds national suisse sur l'étude des logiques de foule, cette opposition est "très discutable".

"Les jeunes des quartiers populaires sont aussi des lycéens, des étudiants, des salariés, des précaires ou des chômeurs", affirme-t-il. "Certains sont engagés politiquement, d'autres non. Et rien n'interdit qu'ils appartiennent eux-mêmes à des groupes militants".

Le 17 octobre, analyse le chercheur, "plusieurs dynamiques se sont rencontrées". D'abord celle des "lycéens mobilisés depuis septembre contre la dégradation de leurs conditions d’enseignement", rejoints par des étudiants. Ensuite, une "contestation sociale beaucoup plus large autour de la vie chère, du pouvoir d'achat et des inégalités, à laquelle ont participé des salariés, des syndicalistes, des militants politiques et d'anciens gilets jaunes".

Par ailleurs, "se sont ajoutés des groupes autonomes, plus ou moins structurés, disposant de savoir-faire spécifiques dans les confrontations avec la police". Enfin, "des individus ou petits groupes ont participé aux affrontements ou aux pillages sans nécessairement poursuivre d'objectifs politiques explicites".

La participation de bandes organisées habituées au trafic dans les banlieues est possible au vu de certaines actions de pillages ciblées et professionnelles, observe pour sa part Albert Ogien, sociologue de la déviance à l'EHESS.

"Agrégation des motivations"

Casseurs, pillards et manifestants "étaient unis, indépendamment de leurs objectifs et de leurs modes d'action, par un même rejet des règles et des représentations qui habituellement sous-tendent l'ordre symbolique et le font tenir, en premier lieu le respect des autorités et de la propriété", a écrit Samuel Hayat, chargé de recherches au CNRS, spécialiste des questions de représentation et des mouvements sociaux, dans un billet de blog publié sur le site de Mediapart.

"Je me garderai bien d'avoir un discours unifiant sur le profil des émeutiers", complète Paolo Stuppia, sociologue travaillant sur les mouvements sociaux, la jeunesse et l'extrême gauche au Centre européen de sociologie et de science politique de l'université Paris-I.

"D'après les premières comparutions immédiates, il y a un peu de tout", tant du point de vue des catégories socio-professionnelles que du lieu de résidence, observe-t-il.

Au tribunal, ont défilé différents profils, ont constaté des journalistes de l'AFP à Paris mais aussi Bordeaux ou encore Marseille. Parmi eux, deux jeunes Bourguignons contrôlés à Bastille avec un coup de poing américain et un couteau à cran d'arrêt dans un sac, un ressortissant algérien sous OQTF interpellé avec une valise encore dotée d'un antivol remplie d'articles provenant de Monoprix ou encore un étudiant en langues étrangères, fils de gendarme, arrêté dans la cour de la résidence préfectorale de Bordeaux, en partie saccagée.

"Il n'y a pas d'unité" dans les sources de dégradations mais "un phénomène d'agrégations des motivations", analyse Paolo Stuppia.

Pour Olivier Fillieule, au final, "ce qui paraît remarquable le 17 octobre, c'est la rencontre, dans une conjoncture politique exceptionnelle (avec la présidentielle d'avril-mai en vue, NDLR), de plusieurs fractions de la jeunesse et de plusieurs répertoires d'action. Cette rencontre a pu produire des solidarités momentanées, des effets d'entraînement et des complémentarités tactiques, sans supposer l'existence d'une direction commune". (AFP)

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