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Vague démocrate au Congrès, Trump désavoué, les minorités franchissent un cap historique
Abdul El-Sayed, et son épouse, le Dr Sarah Jukaku, aux premières heures du 4 novembre 2026. Médecin et fils d’immigrés égyptiens, il devient le premier sénateur musulman des États-Unis. Critique virulent du soutien américain à Israël, il a également rencontré l’hostilité de la communauté juive du Michigan (Photo de Jeff Kowalsky / AFP)
Les démocrates ont remporté mardi la majorité dans les deux chambres du Congrès américain, infligeant un lourd revers à Donald Trump. Portée par le mécontentement face au coût de la vie, leur victoire ouvre une période de confrontation politique et consacre plusieurs percées historiques. Mais si le pouvoir budgétaire appartient au Congrès, le président peut continuer à gouverner par décrets, au risque de multiplier les batailles judiciaires. Ses prérogatives militaires et diplomatiques restent également importantes.
Une vague démocrate jusque dans les bastions républicains
Le basculement est spectaculaire. Alors qu’ils détenaient 47 sièges au Sénat, les démocrates pourraient approcher les 55 élus sur 100. À la Chambre des représentants, les projections du New York Times leur accordaient, à 06H00 GMT, une majorité de 77 sièges.
Pour Todd Belt, politologue à l’université George Washington, ces résultats marquent « un rejet fort de Donald Trump et de ses politiques ». Le mécontentement suscité par la hausse du coût de la vie, aggravée par une guerre impopulaire contre l’Iran, ainsi que les accusations de corruption ont nourri la déroute républicaine.
La première surprise est venue de Caroline du Sud. La démocrate Annie Andrews y a remporté le siège de sénatrice face à Darline Graham, personnellement choisie par Donald Trump après la mort de son frère Lindsey Graham, en juillet.
Au Texas, James Talarico devient le premier démocrate élu au Sénat depuis 1992. « Ce soir, nous avons battu Goliath », a déclaré à Austin ce séminariste presbytérien de 37 ans, aux côtés de Gina Hinojosa, élue gouverneure.
Les démocrates ont également conquis des sièges sénatoriaux en Caroline du Nord, en Iowa et en Ohio, trois États remportés par Donald Trump en 2024. Au Kansas, qui n’avait plus élu de sénateur démocrate depuis 1932, Adam Hamilton s’est imposé.
La Floride offre l’une des rares consolations au président : les républicains y ont conservé les postes de sénateur et de gouverneur.
Trump refuse d’endosser la défaite, Musk ironise
Donald Trump a reconnu auprès de Fox News que les démocrates avaient fait du « bon boulot ». Cette victoire, « ils l’espéraient depuis 11 ans et ils l’ont finalement eue », a-t-il ajouté, en référence à son entrée en politique.
Le président de 80 ans écarte cependant toute responsabilité personnelle : « Je ne considère pas que c’était dirigé contre moi ». Sur Truth Social, il avait affirmé que les républicains auraient gagné s’il avait lui-même figuré « sur les bulletins ». Pendant la campagne, il avait pourtant demandé à ses partisans de voter comme si tel était le cas.
Autre perdant de la soirée, Elon Musk a consacré des centaines de millions de dollars au soutien des candidats républicains. Au Texas, il a déboursé plus de 220 millions de dollars en faveur de l’ultraconservateur Ken Paxton, battu par James Talarico.
« J’ai l’impression que l’ingérence de mes lasers spatiaux dans les élections n’a pas fonctionné cette fois », a plaisanté mercredi le patron de SpaceX.
Le milliardaire redoute désormais un ralentissement des implantations de centres de données consacrés à l’intelligence artificielle. « Les centres de données dans l’espace semblent désormais particulièrement attrayants », a-t-il commenté sur X.
Un Congrès prêt à demander des comptes
La victoire démocrate annonce une confrontation avec la Maison Blanche. Hakeem Jeffries, chef des démocrates à la Chambre des représentants, s’est engagé à poursuivre les responsables politiques coupables, selon lui, d’une « corruption sans précédent ».
« Nous allons demander des comptes », a-t-il prévenu devant ses partisans. Pressenti pour prendre la présidence de la Chambre, il deviendrait le premier Afro-Américain à occuper cette fonction.
Donald Trump a assuré au New York Times qu’il accepterait le résultat du scrutin. Il a également dit vouloir travailler avec l’opposition jusqu’à son départ de la Maison Blanche, en janvier 2029, tout en menaçant de son veto aux lois votées par le Congrès.
« Je ne veux pas passer les deux prochaines années à juste mettre mon veto à tout », a-t-il cependant déclaré à Politico.
Sa disposition à négocier reste incertaine. Depuis son investiture en janvier 2025, le président a montré peu d’intérêt pour le travail législatif et régulièrement qualifié ses adversaires de « communistes » ou d’« extrémistes ».
Les enquêtes parlementaires attendues contre lui, ses conseillers ou ses ministres risquent de durcir les rapports. « Ils s’en prendront probablement à moi, et je m’en prendrai à eux », avait-il menacé dans Time. Il a aussi évoqué des grâces préventives pour ses alliés, dont Elon Musk.
Des pouvoirs encore considérables
Empêché au Congrès et constitutionnellement privé de la possibilité de briguer un troisième mandat en 2028, Donald Trump entre dans la position inconfortable du « canard boiteux », selon l’expression américaine.
Il conserve néanmoins de vastes moyens d’action. Si le pouvoir budgétaire appartient au Congrès, le président peut continuer à gouverner par décrets, au risque de multiplier les batailles judiciaires. Ses prérogatives militaires et diplomatiques restent également importantes.
Il entretient notamment le flou sur de nouvelles frappes contre l’Iran et demeure un acteur décisif de la guerre entre la Russie, dont il s’est récemment rapproché, et l’Ukraine. Ses offensives commerciales contre les alliés des États-Unis peuvent aussi se poursuivre.
Donald Trump doit rencontrer les présidents russe et chinois dans une dizaine de jours en Chine. Ces échanges pourraient lui permettre de continuer à défendre sa vision d’un monde organisé en sphères d’influence.
Sur le territoire américain, il entend laisser une empreinte monumentale, avec une salle de bal à la Maison Blanche qu’il veut achever avant son départ et un arc de triomphe dont il souhaite lancer prochainement la construction à Washington.
Son influence sur la succession républicaine devient toutefois plus fragile. Celui qui se voit en « faiseur de rois » pour 2028 pourrait devenir un handicap pour les prétendants de son camp. Même des commentateurs proches du mouvement Maga réclament désormais un nouveau chef.
Des femmes noires et amérindiennes accèdent aux premiers rôles
Au-delà du rapport de force national, le scrutin a consacré plusieurs premières historiques.
En Géorgie, Keisha Lance Bottoms devient la première femme noire élue gouverneure aux États-Unis. Ancienne maire d’Atlanta entre 2018 et 2022, elle se présente comme la descendante d’une famille d’esclaves d’une plantation de cet État du Sud, marqué par la ségrégation et les combats pour les droits civiques.
Au Nouveau-Mexique, Deb Haaland, membre de la tribu Laguna Pueblo, devient la première gouverneure amérindienne. Sous Joe Biden, elle avait déjà été la première Amérindienne à diriger un ministère, celui chargé des terres fédérales.
Dans le Minnesota, la vice-gouverneure Peggy Flanagan devient, pour sa part, la première Amérindienne élue au Sénat.
Deux autres États ont franchi un cap : la Floride a élu son premier gouverneur noir, le républicain Byron Donalds, tandis que le démocrate Xavier Becerra devient le premier Hispanique élu gouverneur de Californie.
Au Sénat, de nouveaux visages
Dans le Michigan, Abdul El-Sayed, médecin et fils d’immigrés égyptiens, devient le premier sénateur musulman des États-Unis. Issu de l’aile gauche démocrate, il a subi pendant la campagne les attaques de Donald Trump et de ses partisans, qui l’accusaient, ainsi que sa famille, de liens avec les Frères musulmans et Al-Qaïda.
Le président l’avait appelé « Mohammed » et présenté comme « un sympathisant terroriste ». Lors de son discours de victoire, Abdul El-Sayed a invité les parents à expliquer aux enfants témoins de ces attaques que « les méchants ont perdu ».
Critique virulent du soutien américain à Israël, il a également rencontré l’hostilité d’une partie de la communauté juive du Michigan, qui compte aussi une importante population arabo-américaine.
Dans le New Hampshire, Chris Pappas devient le premier sénateur ouvertement gay. Cet élu de 46 ans, issu d’une famille gréco-américaine connue pour sa chaîne de restaurants, siégeait à la Chambre des représentants depuis janvier 2019.
Il y avait notamment soutenu l’Equality Act, projet démocrate visant à inscrire dans le droit fédéral des protections contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre.
Pour Bill Shiebler, directeur de la stratégie de l’association citoyenne State Voices, ces résultats traduisent « un rejet massif de la haine et de la division ». Ils récompensent aussi un engagement patient : « Ces nouveaux dirigeants ne surgissent pas du jour au lendemain. Ils sont issus de communautés qui s’organisent entre deux élections. »