Des experts appellent à l'adaptation des moyens à l'intensité virale du Covid un médecin tire la sonnette d’alarme

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Des experts appellent à l'adaptation des moyens à l'intensité virale du Covid

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Rabat - Tout projet de gestion doit prendre en compte l'adaptation des moyens disponibles à l'intensité de la propagation virale et aux capacités d'accueil hospitalières, afin de contrôler efficacement l'évolution de la pandémie du coronavirus (Covid-19), ont estimé des experts marocains.

Ces experts de la Société marocaine de médecine d'urgence (SMMU) et de la Société marocaine d’anesthésie d’analgésie et de réanimation (SMAAR), qui se sont penchés sur les stratégies de gestion de la pandémie compte tenu de l’augmentation redoutée des cas de contamination, ont insisté sur l'impératif de gérer les tests sérologiques et les modalités de prise en charge des patients sur la base des données cliniques.

Dans un communiqué, ils ont également mis l’accent sur les modalités de la régulation médicale en cas d’afflux massif, la gestion des cas symptomatiques avec signes de gravité, la gestion des cas symptomatiques sans signes de gravité, des cas asymptomatiques sans facteurs de risque et des sujets contacts ainsi que le renforcement des mesures préventives.

"Pour faire face à une nouvelle vague de la Covid-19, il est nécessaire de préserver exclusivement l’accès aux capacités de prise en charge des urgences vitales, des cas graves et/ou complexes au SAMU-Centre 141, et privilégier les autres circuits existants aux autres cas en fonction des ressources locales (numéros verts autres que le "141", protection civile, SAMU privé, médecine de ville)", ont insisté les spécialistes.

Ils ont aussi plaidé pour la mise en œuvre d'une stratégie de renforcement des capacités locales et d’entraide régionale, par entre autres l'ouverture de salles de crises et, si besoin, de salles de débordement supplémentaires. Il s'agit aussi d'orienter les appels Covid-19 jugés graves vers le SAMU-Centre 141 régional et de renforcer les ressources humaines à travers la mobilisation des étudiants, des médecins généralistes de ville et des médecins retraités.

Les experts ont d'autre part souligné que le diagnostic et le suivi des lésions pulmonaires liées à la Covid-19 doit se faire prioritairement au sein de structures d’hospitalisation publiques et privées.

"Pour une utilisation à bon escient des examens complémentaires, il est recommandé d'utiliser le scanner thoracique sans injection et en mode basse dose en cas de symptômes respiratoires évocateurs, relevant d’une prise en charge hospitalière chez un patient Covid+ ou suspect, le scanner thoracique avec injection en phase de suivi en cas d’aggravation secondaire des symptômes ou en réanimation et la non indication à la réalisation d’un scanner thoracique à des fins de dépistage chez des patients asymptomatiques", ont-ils suggéré.

Ils ont en outre appelé à l’application rigoureuse des mesures de prévention afin de minimiser le risque de transmission virale et l’apparition de nouveaux clusters du coronavirus.

Ces mesures se basent essentiellement sur l’observance des mesures d’hygiène individuelle et des mesures de distanciation sociale comme le port de masque facial, l'aération des espaces clos et confinés et l'éviction des sources de climatisation incriminées dans les derniers clusters estivaux.

Les experts avaient formulé le 7 juillet dernier une recommandation intitulée "la prise en charge des malades Covid-19 en post confinement" pour le traitement ambulatoire à domicile des malades atteints de la Covid-19, en prévision d'une augmentation prévisible du nombre de cas d’une part et pour éviter une surtension et un envahissement des hôpitaux reconvertis à une activité normale visant les malades "non covid-19".

L'adoption de mesures urgentes permettra d'éviter que la situation épidémiologique ne devienne incontrôlable 

Rabat - Face aux inquiétudes croissantes que suscite la propagation de la Covid-19, l'adoption de mesures urgentes permettra d'éviter une situation épidémiologique incontrôlable, a souligné Dr. Tayeb Hamdi, médecin chercheur en politiques et systèmes de santé.

"Nous vivons une situation inquiétante après des mois d'efforts et de résultats positifs. Toutefois, nous pouvons éviter que la situation épidémiologique ne devienne totalement incontrôlable, en adoptant, dès maintenant, des mesures d'urgence", a-t-il expliqué dans une déclaration à la MAP.

"Nous pouvons toujours maîtriser la situation épidémiologique et repousser, voire même éviter, une éventuelle deuxième vague de cette épidémie, à condition que les individus changent leurs comportements et que les méthodes de gestion de la pandémie et de communication soient renforcées", a dit M. Hamdi, soulignant une certaine accélération de l'épidémie dans plusieurs régions du Maroc et dont l'évolution demeure difficile à prévoir.

Les conditions actuelles pourraient entraîner une crise épidémiologique "plus grave que celle que nous connaissons aujourd’hui", avec une éventuelle hausse des chiffres à la première semaine d’août en raison des complications ayant précédé et accompagné l'Aïd Al-Adha et des effets de allègement du confinement sanitaire, a-t-il averti.

Ces mêmes conditions pourraient favoriser l'apparition d'une deuxième vague précoce et peut-être prématurée, a-t-il ajouté.

Éviter une situation épidémiologique incontrôlable dépend du strict respect des gestes barrières et mesures préventives décidées par les autorités sanitaires, notamment l'obligation de porter des masques de protection, d'éviter les poignées de mains et les lieux très fréquentés, et d'être vigilent dans les établissements fermés comme les restaurants, les magasins et les moyens de transport, a affirmé le médecin.

Il a, dans ce sens, souligné la nécessité de prendre des mesures exceptionnelles dans les zones qui connaissent une accélération de la propagation de l'épidémie, de renforcer les équipes médicales qui se trouvent dans ces zones, et d'assurer un suivi et une évaluation quotidiens de l'action des responsables chargés de la gestion de la crise sanitaire.

Dr Hamdi a, en outre, appelé à l'intensification des tests de dépistages, à l'isolement et au suivi des "contacts" pour une durée de 10 jours, relevant l'importance d'associer les médecins du secteur privé au système de dépistage.

Dr Tayeb Hamdi qui préside le syndicat national des généralistes privés (SNGP) a aussi appelé à généraliser le téléchargement de l'application "Wiqaytna" et à rapprocher les centres de dépistage des citoyens en vue d'inciter les gens à se dépister, de diagnostiquer les nouveaux cas et de suivre et isoler les personnes contacts.

Abordant le rôle de sensibilisation que doit jouer la société civile, M. Hamdi a souligné l'importance d'encadrer les gens et de les inviter au respect des gestes barrières, notant qu'il est nécessaire d'axer la communication sur les jeunes.

Il a aussi plaidé pour une amélioration de la communication, à travers notamment la publication de données détaillées et globales et de comparaisons entre les données nationales et internationales et l'ouverture de débats scientifiques qui abordent également les différents scénarios possibles relatifs au développement de cette crise sanitaire.

 

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