Entretien avec Mustapha Bakkoury, président du directoire de MASEN

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Le gouvernement a voté plusieurs lois afin de placer la « Moroccan agency for sustainable energy » (Masen) seule aux commandes du développement des énergies renouvelables au Maroc. Créée en 2010, l’agence se charge à elle seule de la quasi-totalité de la politique publique du Maroc pour les énergies renouvelables. Pour apporter un éclairage sur les objectifs et les missions de l’agence, nous avons interviewé le président du directoire de Masen, Mustapha Bakkoury. Nous lui avons aussi parlé de la région de Casablanca-Settat qu’il préside et du PAM dont il est membre. Entretien.

Quel est l’objectif principal de Masen ?

Masen a été créée en 2010 dans le cadre de la vision de Sa Majesté, relative à la fois à l’énergie mais aussi en intégrant la problématique environnementale. Elle a été créée dans un premier temps pour porter le plan solaire marocain « Noor » qu’elle a commencé à déployer depuis sa création jusqu’à fin 2015 où un point a été fait sur la dynamique de notre pays sur l’éolien et l’hydroélectrique. Ca a été l’occasion de constater la bonne marche globale de notre stratégie, chose qui a amené à ce que ses objectifs soient revus à la hausse. Sa Majesté l’a déclaré de manière solennelle à l’occasion de la COP et c’est désormais ce qui nous anime en guise principal objectif. Ca a été l’occasion de refaire un ajustement institutionnel au sein duquel Masen s’est vu attribuer le pilotage de l’ensemble des énergies renouvelables avec son nouvel objectif d’atteindre 52% d’énergies renouvelables dans notre mix énergétique en 2030 et en élargissant sa mission avec la coopération aussi bien institutionnelle qu’opérationnelle à l’échelle continentale.

Est-ce que les énergies renouvelables seront un jour rentables pour le Maroc ?

Elles le sont déjà. Nous vivons une transition pendant laquelle un soutien public est nécessaire, c’est ce qui se passe actuellement. Mais nous avons une dynamique, qui d’ailleurs d’un projet à l’autre connaît une amélioration aussi bien technique qu’économique. Donc ce n’est plus une question que nous nous posons. Le défi maintenant c’est d’accélérer la transition et de passer le plus vite possible à une compétitivité absolue par rapport aux énergies fossiles et cette compétitivité absolue est assez proche.

Donc pour vous c’est non seulement possible mais dans un avenir très proche ?

Notre objectif c’est d’arriver à faire dans le futur le maximum de choses en renouvelable et ne pas se contenter uniquement de générer de l’électricité et d’atteindre ces 52% mais de commencer d’ores et déjà à explorer de nouvelles utilisations. Pour le renouvelable il faut que nous commencions, à l’échelle de notre pays, à penser à l’éclairage public, à la mobilité électrique, à l’utilisation du renouvelable dans des secteurs comme l’agriculture et que ça soit banalisé et c’est absolument possible.

Donc vous confirmez que l’énergie renouvelable produite au Maroc n’est pas destinée à l’exportation ?

Elle pourrait l’être. Aujourd’hui je parle de la stratégie nationale mais nous avons aussi ouvert un chapitre de discussion avec des pays européens pour que l’échange d’électricité d’origine renouvelable soit un vecteur d’intégration supplémentaire par rapport à l’Europe et que ça soit aussi le moyen de renforcer la dynamique économique autour du renouvelable au bénéfice du pays. Par ailleurs nous pensons que le renouvelable peut être aussi un vecteur d’intégration avec le Sud, aussi bien de manière physique à travers une interconnexion qui pourrait se faire avec la Mauritanie et ouvrir le champ à toute l’Afrique de l’ouest qu’avec une coopération sur l’ensemble du continent africain, qu’il s’agisse des pays de l’est ou de l’ouest. D’ailleurs des accords dans ce sens ont pu être signés à des occasions diverses, notamment à l’occasion des visites royales. Et c’est cela qu’on entend par coopération opérationnelle, c’est à dire réaliser des projets ensemble.

Mustapha Bakkoury, vous êtes aussi président de la région Casablanca-Settat. Quel est votre programme et vos ambitions pour votre région durant votre mandat ?

Je suis de ceux qui pensent qu’en politique au sens large, il faut arriver à la concrétisation et à la rendre visible par ceux qui sont censés faire confiance à la politique, c'est-à-dire l’ensemble de nos concitoyens. Et je pense que cette étape de décentralisation qui s’est couronnée par la régionalisation malgré toutes les critiques ou les frustrations que nous pourrions ressentir à son égard, offre un cadre intéressant pour atteindre cet objectif en ce sens que nous pourrions dans le cadre de cette nouvelle régionalisation entreprendre de nouvelles dynamiques dans le cadre de politiques publiques mais à l’échelle régionale. Par exemple pour la région de Casablanca-Settat, il faut garder en tête que c’est la taille d’un pays comme la Belgique ou comme le Rwanda et donc des politiques publiques régionales ont parfaitement leur pertinence. Alors ceci passe forcément par un certain nombre d’étapes. Il y a une transition à faire, on va passer d’un mode de fonctionnement régional à un nouveau mode, j’espère, fédérateur de l’ensemble des acteurs locaux et notamment les communes, fédérateur de la société civile et fédérateur des acteurs économiques du secteur privé et aussi intégrateur à l’échelle de la région de l’ensemble des politiques publiques nationales. Aujourd’hui quand on parle du plan Maroc Vert, du plan touristique et du plan industriel, c’est un peu confus dans la tête gens. A l’échelle de la région il est possible de donner un déploiement régional de cette politique dans une stratégie intégrée qui va se traduire pour les habitants de la région en termes d’emploi, en termes d’opportunité d’investissements, en termes de mieux être et de bien être en amélioration sans parler de cette stratégie, parce qu’on va parler de petits projets concrets et non en des termes généraux. Je vais parler de tant d’hectares à irriguer dans telle province, de zone industrielle dédiée que ce soit à Benslimane, Sidi Bnour, à El Jadida mais dans une situation d’ensemble qui permettra aux citoyens des régions de s’identifier à cette région. De surcroît nous sommes aussi appelé à apporter une nouvelle dynamique à la dynamique nationale, y compris en termes de rayonnement à l’international.

Et l’implication des conseils communaux dans tout ça ?

Nous sommes appelés à travailler en synergie avec les communes donc les communes elles-mêmes doivent faire leur propre plan de développement et ce plan de développement doit s’inspirer des plans régionaux donc c’est pour cela que je parle de phase de transition. En 2017, chacun est censé avoir fini son travail.

Ca se passe bien avec le conseil municipal de Casablanca ?

Moi je m’intéresse à ce que ca se passe bien avec l’ensemble des conseils communaux. Et qu’il s’agisse des villes, des collectivités, des communes rurales ou des conseils provinciaux en essayant d’aborder les sujets qui nous lient dans le cadre de problématiques à résoudre. Par exemple quand on parle de transport ou de mobilité je ne regarde même pas les frontières d’une commune. La problématique environnementale, qu’il s’agisse des déchets, de l’assainissement liquide, la qualité de l’air, renvoie à la problématique des parcs de transport, qu’ils soient individuel ou collectif. A ce stade je regarde ces problématiques indépendamment et je dirais peut être pour répondre que quand on est à la tête d’une région, il faut arrêter de voir les couleurs politiques. Je suis convaincu qu’on ne peut pas réussir à l’échelle de la région si on commence à voir des couleurs différentes.

Comment se porte le PAM ?

Le PAM se porte bien. S’il faut le démontrer par des indicateurs, je me contenterais des dernières élections mais je peux aussi m’appuyer sur les élections locales et d’ailleurs le résultat des élections législatives nationales est à analyser dans ce sillage, c’est un prolongement des résultats probablement de l’ensemble des partis si on fait une analyse. Prenez les résultats des locales et des régionales surtout. Les régions c’est des grandes circonscriptions comparées au niveau national.

On a l’impression que vous avez beaucoup plus cannibalisé les voix de partis comme l’Istiqlal, l’USFP, le PPS que sur celles du PJD...

C’est une impression. Regardez les élections précédentes et analysez avec ces élections nationales,  il y a une certaine logique qui est là. Toutefois, je ne vais pas analyser les résultats des autres partis parce que je n’ai pas suffisamment d’éléments pour pouvoir les juger. Mais je vous propose de faire cette analyse et vous comprendrez de quoi je parle...

Le chef du gouvernement désigné doit aussi consulter le secrétaire général du PAM mais en même temps s’il décide de ne pas le faire qu’est ce qu’on peut dire ?

Je pense qu’il devrait le faire ne serait ce que pour la forme parce que nos positions ont été clairement annoncées. Il le sait bien, nous le savons aussi. Nous sommes sur deux projets politiques opposés.

Et s’il arrive à constituer le gouvernement, vous êtes prêts pour cinq ans d’opposition ?

Aujourd’hui, nous sommes dans cette logique. Nous partons de l’hypothèse qu’il fera sa majorité et que nous sommes dans l’opposition et nous nous organisons pour jouer notre rôle d’opposition de la meilleure des façons. Ce n’est pas un problème d’être dans l’opposition. Nous avons d’ailleurs besoin d’un système dual.

Beaucoup pensent que le PAM est un parti de notables. Est-ce vrai ? Et est-ce qu’un parti de notables peut résister encore cinq ans  dans l’opposition ?

Le PAM est un parti qui a une ambition nationale et donc il est normal que cette ambition soit bien portée et qu’il ait en son sein les sensibilités de toute la société marocaine. Alors vous vous me dites des notables mais d’autres disent gauchistes ou jeunes, mais la vérité c’est qu’il y a tout cela dans le parti. Pour avoir été le secrétaire général de ce parti, je peux dire que c’est une richesse que peut être d’autres partis n’ont pas. Donc le véritable enjeu c’est comment faire cohabiter ces richesses et en sortir le meilleur parce que c’est un reflet de la société marocaine et un parti qui veut représenter les marocains doit en être le reflet. Il est clair qu’il faut le faire en se démarquant des autres partis et c’est ce qui nous occupe depuis la création jusqu’à aujourd’hui. Est-ce qu’on a réussi à y arriver ou pas, là c’est une question légitime.

“WeCasablanca” a créé la polémique, cela se passe dans votre région. Que pouvez-vous nous dire sur ça ?

Nous avons besoin à ce que l’ensemble des citoyens de la région s’identifie à une région et ça doit constituer un vrai projet d’identité. Ca prend du temps mais nous y travaillons. Mais il ne faut pas l’ouvrir avant de finaliser le projet de développement de faire en sorte que l’ensemble des acteurs élus de la région se connaissent. Pour cela on se donne une année de plus pour cette question d’identité. Et maintenant à l’intérieur de ce territoire auquel les gens doivent s’identifier, les composantes territoriales doivent travailler à avoir des marques territoriales. C’est ce qu’avait entrepris “WeCasablanca” et c’est ce que d’autres devraient faire aussi. Nous avons besoin que nos territoires aient des marques territoriales parce qu’il faut qu’ils s’identifient pas seulement au niveau national mais aussi à l’échelle internationale. En plus les territoires, les villes, les provinces doivent avoir une visibilité à l’international pour jouer le rôle d’attraction, qu’il s’agisse d’investisseurs, de touristes ou autres et ca passe par des marques qui doivent englober un slogan et correspondre  à des vocations. Il y a un travail qui a été initié il y a deux ans je pense qui a abouti à ce résultat aujourd’hui qui plaît à certains et qui déplait à d’autres. Je trouve qu’il faut une mobilisation pour que nous ayons une marque territoriale pour Casablanca. Et si c’est la bonne marque, il faut que tout le monde se mobilise pour être son défenseur à commencer par les élus de Casablanca eux-mêmes. Si ce n’est pas une bonne marque il faut avoir le courage aussi de le dire pour qu’on la corrige. Je préfère être quelqu’un qui apporte un soutien que l’inverse mais il faut une marque, quelle qu’elle soit.