Dialogue Social et renouveau syndical au Maghreb

5437685854_d630fceaff_b-
1
Partager :

couvmanif-syndical

*Professeur  à l’Université Mohammed V Agdal Rabat

La Maghreb connait des changements politiques significatifs, des transformations sociales notoires  et des risques majeurs en termes de sécurité, de stabilité et de bouleversements référentiels,  le tout sur un fond de recomposition géostratégique et de restructuration géoéconomique  à l’échelle de la grande zone Euro -Africaine et Méditerranéenne en cours de construction.

Dans ce contexte de bouleversements des équilibres à la fois économiques, politiques et sociaux, les grandes firmes et les  grands groupes  bancaires et  financiers ont pris de l’avance sur les organisations syndicales de la région et ce  en termes d’alliance et de mise en place de structures concertées  de coordination de leurs  actions.

Cette réalité, tout en  interpellant le mouvement syndical du Maghreb lui lance de réel défis et des chalenges pour l’avenir.

Par ailleurs, le mouvement syndical de la région a à gérer des problématiques socio-syndicales d’un genre nouveau, liées toutes aux engagements internationaux de la région en matière de respect des nouvelles générations des Droits sociaux et économiques des travailleurs, tels qu’ils sont inscrits dans le Socle  de Protection Sociale Universelle, porté par le Bureau International du Travail depuis l’adoption du rapport Bachelet en octobre 2011.

Ce socle fait des droits à la protection sociale, à la couverture médicale, à la retraite, à un travail décent, à la formation professionnelle à vie  et à l’exercice  des libertés syndicales, des droits fondamentaux de l’homme en général et  des  travailleurs en particulier.

A cette nouvelle donne, s’ajoutent  les nouveaux défis sociaux  que connait le Maghreb, défis objet d’un large débat entre les  partenaires politiques, économiques et sociaux des pays de la région sur un fond de transformations sociologiques profondes impulsant une réelle et irréversible  dynamique de changement .

Ces nouveaux défis sociaux  consistent à réaliser  par le dialogue social  des consensus partagés autour des questions sociales objets d’intérêts si non contradictoires, du moins divergents.

Il s’agit en particulier des questions suivantes :

-       Comment concilier entre la préservation de l’emploi et des droits acquis des salariés  d’un côté et les exigences de la compétitivité des entreprises, de l’autre ;

-       Comment concilier entre la sécurité du travail et au travail  et la flexibilité et la modernisation des relations professionnelles ;

-       Comment concilier le traitement économique et le traitement social du chômage ;

-       Comment concilier entre  un mode de protection sociale basé sur l’assurance et celui fondé sur la péréquation solidaire en matière  de prise en charge de la couverture sociale et médicales des salariés ;

-       Et enfin comment concilier entre le financement public et le financement participatif des régimes de retraite, de l’indemnisation pour perte d’emploi ou des autres filets de sécurité.

Dans ce contexte et parallèlement à ces défis, le Maghreb,  à l’image des autres régions du monde, connait l’émergence et le développement  de nouveaux  acteurs sociaux (réseau sociaux collaboratifs et  mouvements  spontanés de contestation et d’indignation). Ces nouveaux acteurs sociaux ne peuvent laisser insensible le mouvement syndical de la région, l’incitant  à réfléchir  sur les modalités  les plus appropriées pour prolonger et accompagner le dialogue social par un dialogue civil. Ce qui  explicitement ou implicitement interroge   le paradigme syndical lui-même à  l’heure d’une mondialisation en crise  et de transformations sociales et socio-syndicales en perspective.

Cette tendance révèle  pour les organisations syndicales, comme pour  tous les acteurs et forces vives du Maghreb le besoin de construire des  édifices Institutionnels permettant de renforcer les bonnes pratiques de la démocratie participative à tous les niveaux de la gouvernance de l’économie et de la société  dans la région.

Elle révèle, de ce fait,  le besoin de promouvoir  des espaces de médiation qui favorisent l’écoute, le débat responsable, sérieux, apaisé, producteur de sens et constructif  entre les partenaires économiques et sociaux  et au sein de la  société.

Ces espaces de médiation, tout en contribuant  au rapprochement des points de vue, favorisent la réalisation de convergences entre tous les acteurs et forces vives des pays de  la région autour de grandes réformes économiques, et sociales indispensables, bien qu’impopulaires.

Ces convergences constituent la base de la construction de consensus politiquement nécessaires, socialement utiles et économiquement profitables. Si elles constituent, aujourd’hui la condition socio-institutionnelle pour réussir ces réformes, elles  serviront  de socle commun  à l’élaboration de Grands Contrats Sociaux. C’est à  ce niveau que réside l’un des défis majeur et l’un des chalenges crucial que le mouvement syndical du Maghreb aura à relever dans les années à venir.