Maroc-Afrique du Sud : Histoire d’un antagonisme

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Le Maroc, ayant pris les devants, en adoptant une attitude diplomatique proactive et s’affirmant économiquement commence à devenir un allié plus attrayant que certaines nations du Maghreb. Retour sur une relation tumultueuse

Maroc, Afrique du Sud, les deux extrémités du continent, se rejoignent dans leurs ressemblances. Leurs histoires récentes, emprunté d’une soif d’indépendance ; leur géographie ainsi que leurs aspirations politiques soutenus par un pluralisme politique. Enfin une volonté d’émancipation économique en adoptant la tendance de l’époque, un libéralisme économique.

Leur volonté de s’inscrire en tant que leaders et hubs de leurs régions respectives, les rallie encore une fois, cependant la facture de l’ambition se paie par l’hostilité.

Deux « géants » d’Afrique s’entrechoquent pour la prééminence en Afrique, alors qu’ils auraient pu se lier pour sa construction.

Voici l’Historique d’une relation capitale, pour le futur du continent Africain.

Madiba

Il faut remonter aux années soixante pour observer la genèse des relations Maroco – sud-africaines. Nelson Mandela séjourne au Maroc, havre pour les combattants de l’indépendance venus du monde entier. Dans sa volonté émancipatrice de ses frères africains, le Maroc, avait fourni à l’ANC une aide matérielle, financière, militaire et humaine, évoqué en termes chaleureux par le président de l’Afrique du Sud démocratique dans son discours d’investiture en Avril 1994. Les relations diplomatiques chaleureuses et amicales qui en découlent,  sont naturelles et proviennent d’un passé commun qui lie les deux nations.

Les rapports ont connu une expansion sous la présidence de Nelson Mandela, témoin oculaire du soutien apporté par Rabat au FLN algérien. Echange des visites ministérielles des Affaires étrangères ainsi que celle du ministre d’Etat, de responsables politiques les plus importants, notamment  des présidents F.W de Klerk ainsi que Thabo Mbeki, alors futur président, mais à ce moment-là responsable du Département des relations internationales de l’ANC. Mandela visitera le Maroc plusieurs fois, notamment en 1996, pour une visite à Abdelkrim Khatib. "Celui qui a été un des architectes de notre lutte armée" selon le président sud-africain.

Enfin cette coopération intense est couronné de nombreux accords économiques signés lors de la commission mixte maroco-sud-africaine, générant un développement  des échanges commerciaux entre les deux nations. Malheureusement, l’histoire à la mémoire courte et les dirigeants politique encore plus.

Années 2000 : Le long froid

L’année 2000 marque, un tournant dans les rapports entre le Maroc et l’Afrique du Sud. Tournant prenant source dans la politique tout d’abord. Avec l’effacement de Nelson Mandela,  le gouvernement Sud – Africain adopte une position contradictoire, révélatrice des tiraillements entre les courants radicaux et pragmatiques au sein de l’ANC. A la Base du Congrès réside une aspiration idéologique révolutionnaire nourrie aux mamelles algériennes voulant s’attribuer un rôle de support des mouvements indépendantistes et prend une décision de principe quant à la reconnaissance de la RASD, choix qui sera appliqué que quelques années plus tard. Symbole des hostilités, Dlamini-Zuma, ex-ministre des affaires étrangères sud – africaine, ainsi qu’ex-présidente de le Commission de l’Union Africaine, dont toute la formation a été faite à Alger et qui jusqu’au jour d’aujourd’hui, ne cesse de partager ses « désaccords » et ses piques envers le gouvernement marocain, dénonçant notamment la gestion de la cause sahraoui.

La tenue de la deuxième session de commission mixte fut extrêmement difficile, en raison de la même responsable qui en assurait la coprésidence du côté Sud-Africain, ce qui a retardé la conclusion d’une dizaine de projets d’accord prêts à la signature. Découlant de ces frictions et désaccords, les importations marocaines de ce pays chutent presque de moitié et les exportations d’un tiers pendant la même période.

Entre 2002 et 2003, les relations connaissent une accalmie grâce à une résurgence des relations bilatérales, accentué par la visite du souverain en Afrique du Sud pour prendre part au Sommet Mondial sur le Développement Durable. Visite qui a vu la prolongation du dialogue entre le roi Mohammed VI et le président Thabo Meki.

Pourtant en 2004, à la stupéfaction de la diplomatie Marocaine, l’Afrique du Sud reconnait la RASD, à contre-courant des développements entre les deux pays. Cependant cette décision n’est pas insensée, elle provient des tensions internes de l’ANC, notamment entre le clan de Dlamini Zuma, profitant d’un regain d’influence, et celui du président Meki. Au sein d’une lutte de pouvoir interne, il préfère abandonner son soutien au Maroc afin de rallier la majorité de son parti.

Depuis, les relations stagnent dans un froid résultant de la confrontation sur le dossier du Sahara.

Cependant le Maroc, ayant pris les devants, en adoptant une attitude diplomatique proactive et s’affirmant économiquement commence à devenir un allié plus attrayant que certaines nations du Maghreb.

Le réchauffement

Jusqu’à ce sommet UA-UE, où les dirigeants des deux pays se sont rassemblés pour enfin discuter du potentiel d’une alliance future. La flamme morte est ressuscitée, attisé par qui ?

Les intermédiaires sont de taille, selon « Al Asboue », ce changement diplomatique serait le fruit de l’intervention de l’émir de Dubaï ainsi que son vice-président (par ailleurs premier ministre ainsi que ministre de la défense des EAU). Il aurait sollicité l’appui de la famille Gupta ; famille indienne naturalisé sud-africaine, immense fortune et influente dans le pays ; afin de persuader le président Jacob Zuma d’abandonner son hostilité envers le royaume.

La famille Gupta ,  récemment impliqué dans les « Gupta Leaks » ou on découvre les discussions avec le président sud-africain , sur des canaux direct , ce qui démontre bien le poids de cette famille dans l’échiquier politique de Pretoria.

Ce travail de lubrification a facilité cette rencontre entre le roi Mohammed IV ainsi que Jacob Zuma, rencontre qui aurait été difficile à réaliser sinon, mais il ne faut pas non plus oublier que l’Afrique du Sud est à la veille de changements importants et que le clan des durs qui a jusqu’à maintenant la main sur la gestion du pays est en net recul au sein de l’ANC.

L’entretien d’Abidjan entre les deux chefs d’Etats représente «un événement marquant qui augure d’un avenir prometteur pour les relations entre le Maroc et l’Afrique du Sud, deux géants du continent africain», a déclaré Mme Liesl Louw-Vaudran, experte sud-africaine des questions continentales. L’audience «est un développement historique» dans les relations entre les deux pays ajoute-t-elle.

« Lors des entretiens qui ont eu lieu entre Sa Majesté le Roi et le Président Zuma, en marge du 5ème Sommet Union Africaine-Union Européenne (UA/UE), les deux Chefs d’Etat ont convenu de travailler ensemble, main dans la main, pour se projeter dans un avenir prometteur, d’autant plus que le Maroc et l’Afrique du Sud constituent deux pôles importants de stabilité politique et de développement économique, respectivement à l’extrême nord et l’extrême sud du continent » selon la MAP , des signes optimistes quant à la renaissance du partenariat des deux nations.

Mais il ne faut pas être dupe, les relations diplomatiques jouent un rôle, mais le fond du problème a été, est et sera toujours économique. Le Maroc qui connait une évolution notable comme position d’hub africain notamment en Afrique de l’ouest, représente un intérêt immense pour les entreprises sud-africaines, et vice versa, le Maroc profitera à son tour de l’influence de son nouveau partenaire, dans le cadre d’une relation gagnant-gagnant. Une bataille d’influence pour l’Afrique nous a juste ralenti, le potentiel du continent étant abyssal, Le gâteau est plus que massif et généreux, il suffit de ne pas se laisser aller aux tentations de la gourmandise et de l’ambition excessive.