Procès Al Hoceima : Réactions mitigées des acteurs politiques

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C’est actuellement le sujet qui fait verser le plus d’encre au Maroc : les peines retenues contre Zefzafi et ses compagnons dans le procès concernant les événements d’Al Hoceima

20 ans de prison ferme à un an avec sursis. Ceux sont les peines retenues contre les manifestants d’Al Hoceima. Et depuis l’annonce de ce verdict, les protestations s’élèvent de toutes parts.

Le prince Moulay Hicham, cousin du roi Mohammed VI, s’est saisi de son compte Twiter pour, lui aussi, dénoncer les lourdes peines. Il a estimé que les condamnations étaient « sévères et douloureuses » et ajouté qu’elles ont tendance à « aggraver l’injustice » au Maroc.

Le prince Moulay Hicham a également indiqué : « après le choc de ces jugements, nous devons chercher la meilleure voie pour un Maroc assez spacieux pour tous ses enfants sans exception, garantissant une vie digne et assurant la stabilité ».

De son, côté, le chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, qui a préféré la neutralité, a simplement déclaré : « nous n’intervenons pas dans la justice ni avant ni après le procès ». Par contre, sur Twitter, El Othmani a posté un tweet, avec son deuxième compte en sa qualité de secrétaire général du PJD affirmant : « je ne souhaite la prison à aucun marocain et j’espère la liberté et une vie digne pour tous ».

Et El Othmani de souligner : « mais la justice est indépendante du gouvernement et la loi interdit l’ingérence entre les deux » avant d’ajouter qu’il « faut attendre la décision de l’Appel comme second degré de juridiction ».

Les autres acteurs de la vie politique marocaine se sont également prononcés

Mustapha Ramid, ministre d’Etat chargé des droits de l’Homme, a déclaré à Telquel : « les  jugements rendus dans le cadre des événements d’Al Hoceima semblent ne pas avoir reçu l’approbation d’un large public. Mais ils restent des jugements rendus par le pouvoir judiciaire qui ne peuvent être contestés ». Il ajouté : « en cas d’appel, il est de notoriété publique que l’affaire sera réexaminée devant la juridiction pénale, composée de cinq juges présumés plus indulgents et plus expérimentés que leurs collègues de première instance. Ceci renforcera la confiance dans la justice et permettra une nouvelle réconciliation avec les habitants de la région».

Hakim Benchamach, secrétaire général du PAM et président de la chambre des conseillers, a indiqué, toujours à Telquel, que le « PAM croit en l’indépendance du pouvoir judiciaire et en la nécessité de renforcer son rôle dans la protection des droits et des libertés. Mais, le parti exprime son profond regret à l’égard des peines prononcées contre les détenus dans le contexte des manifestations du Rif. Nous les considérons trop sévères et non conformes avec ce qu’a pu accumuler notre pays dans le domaine des droits de l’homme ».

Il a ajouté : « en tant que citoyen qui a déjà connu les souffrances des prisons, je prie pour les familles des condamnés et espère qu’elles sauront faire preuve de patience. Le PAM est fier d’appartenir à cet héritage symbolique d’équité et de réconciliation et soulève l’attention sur la responsabilité partagée dans l’envenimement du climat qui nous a conduits à des jugements aussi sévères ».

Quant à Souleimane El Amrani, vice secrétaire du PJD, il a indiqué à nos confrères que « les verdicts n’ont été rendus que mardi soir et la direction du PJD doit encore se réunir. Une fois réunis, nous allons inévitablement nous arrêter sur cette affaire. Nous devons d’abord reconnaître que nous respectons les dispositions du pouvoir judiciaire en tant qu’autorité constitutionnelle indépendante, quelles que soient nos estimations ou positions sur certains jugements ».

Pour Adil Benhamza, membre du conseil de l’Istiqlal, « les  partis politiques doivent prendre position sur tout ce qui se passe, compte tenu de la situation que vit actuellement le Maroc et de l’état de tristesse et de pessimisme qui prévaut depuis l’annonce des peines contre les détenus du Hirak du Rif ».

Il estime que « le pouvoir judiciaire n’a pas pris ses distances. Il a choisi d’émettre des jugements qui vont dans le sens de l’approche sécuritaire adoptée pour contrer les revendications du Hirak, à un moment où le roi Mohammed VI a exempté un certain nombre de responsables de leurs fonctions et a puni d’autres sur le même fond de dossier ».

Le premier secrétaire de l’USFP, Driss Lachgar, a déclaré, toujours à Telquel, : « il ne peut y avoir de réactions sur la justice ou sur ses décisions. Le droit de faire appel a été octroyé par le pouvoir judiciaire à tous ceux qui prétendent ne pas avoir enfreint la loi. Pour ma part, je n’ai jamais livré de position politique sur des probabilités. Et en tant qu’avocat, je n’ai défendu aucune partie au cours de ce procès. D’ailleurs, un avocat sérieux ne donne pas ses impressions sur une affaire sans être au fait de tous ses détails. »

« L’USFP n’a pas encore débattu sur ces jugements prononcés. Comme d’ordinaire, nous nous concerterons et rendrons publique notre position après discussion. Je ne peux exprimer l’avis d’un parti reconnu comme étant une institution et qui n’a pas encore abordé le sujet au cours d’une réunion ».

Mohamed Nabil Benabdallah, secrétaire général du PPS a, quant à lui, laissé entendre avoir été interpellé par les « décisions judiciaires sévères contre les activistes du Rif » comme de nombreux Marocains. Par ailleurs, il a ajouté à la même source que « tout en respectant l’indépendance du pouvoir judiciaire, nous considérons que ces dispositions ne contribueront pas à détendre l’atmosphère dans notre pays, et nous espérons vivement que tous les moyens juridiques et judiciaires possibles seront appliqués pour insuffler un souffle démocratique nécessaire à la vie politique nationale ».

Nouredine Mediane, député Istiqlal d’Al Hoceima  estime que « tout cela ne présage rien de bon. L’appel à la tenue d’une session extraordinaire du Conseil national est légitime. C’est ce qui doit être fait par tous les  partis honorables, car la nature des jugements n’impose pas seulement la tenue de réunion, mais aussi la prise de décisions politiques. »

De con côté, Omar Balafrej, député FGD d’Agdal-Riad et membre du bureau politique du PSU a déclaré que toutes ces pensées allaient vers mes 53 militants condamnés et leurs familles.

Khalid Naciri, ancien porte-parole du gouvernement s’est aussi confié à Telquel : « on a tenu notre dernière réunion hier après-midi, avant le prononcement du verdict. Au niveau du parti, il va falloir qu’on prenne une position collective plutôt que d’avoir des avis individuels ». « Les peines sont incontestablement lourdes. On aurait pu s’attendre à autre chose, mais on aura une position plus circonstanciée ultérieurement », a-t-il ajouté.

« Normalement, les condamnés devraient aller en appel. C’est une possibilité juridique. Ne pas l’utiliser n’aurait aucun sens. Mais il faut également savoir quelle latitude leur offre le Code de procédure pénale », prévoit-il.

L’ancien ministre et ancien premier secrétaire de l’USFP, Mohamed El Yazghi s’est dit « choqué » par les peines. « Ce n’est pas ce qui était prévisible pour moi. Je pensais que les peines allaient être légères, voire symboliques », a-t-il confié.

Enfin, Nabila Mounib, secrétaire générale du Parti Socialiste Unifié, a été moins réservée que les autres. Elle a tout simplement appelé le peuple à se soulever. Elle a affirmé : « l’Etat a manqué de sagesse en traitant le dossier du Rif car il se devait d’écouter le cri de détresse lancé par le peuple par l’acquittement des détenus l’annonce d’un plan de développement dans la région et dans l’ensemble du Maroc ».

Elle a ajouté : « nous vivons une grande injustice qui nécessite une résistance pour réaliser toutes nos doléances. Nous devons nous opposer au pillage des ressources de notre pays par une minorité seule à en profiter, tandis que la majorité du peuple croule sous la pauvreté  jour après jour ».

Nabila Mounib s’est également posé la question suivante : « les centres de pouvoir au Maroc cherchent-ils à provoquer des troubles dans le pays après ces jugements? », ajoutant « qu’il faut les interpeller » et en appelant l’ensemble du peuple marocain à se solidariser avec le Rif.