Réhabilitation de la politique : Un exercice difficile

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Au-delà du contexte, il y a les questions éthiques et l’image de « tous pourris » qu’il faut combattre, parce qu’elle est fausse, dangereuse pour la démocratie. Mais, on ne peut la combattre que si les partis dépassent les calculs électoralistes et s’imposent plus de rigueur dans le choix de leurs candidats

Aziz Akhannouch multiplie les actions depuis sa nomination à la tête du Rassemblement national des Indépendants (RNI). Il a d’abord réorganisé son parti, tenu les congrès régionaux, à chaque fois en sa présence malgré ses autres occupations, le congrès national qui a élu une nouvelle direction et enfin une série de meetings, fait rare en dehors des périodes électorales. Cette activité est clairement affichée comme l’expression d’une volonté de rénovation, non seulement du RNI, mais de l’action politique dans son ensemble. C’est louable comme volonté, la compétition partisane étant la base même du processus démocratique. Seulement, il ne faut pas oublier le contexte et il n’est pas des plus favorables. Nos jeunes montrent un désintérêt absolu, non pas pour la politique, mais pour le champ partisan. Ils ne s’inscrivent que rarement sur les listes électorales. Le taux d’abstention est en moyenne de 65%. Il cache des disparités, puisque dans les grandes villes la participation n’atteint même pas les 30%. Ce désintérêt est la résultante de plusieurs facteurs. Les partis politiques, dans leur ensemble, ne proposent pas de programmes clairs, avec des mesures phares, susceptibles de les différencier et de permettre un débat animé. Les slogans sont les mêmes. Tous proposent de réformer l’enseignement, alors que celui-ci ne fait que se dégrader depuis des décennies, d’améliorer le niveau de vie, etc. Si le RNI veut se singulariser, il faudra d’abord que son projet soit le plus clair, le plus affiné possible et, pourquoi pas, enrichi par le contact avec les citoyens, la jeunesse en premier. Le contexte c’est aussi la déception du travail communal, désigné comme responsable de la faiblesse de l’offre des services publics et donc de la difficulté de la vie quotidienne. La décentralisation met les partis au premier rang face aux revendications citoyennes, parce que l’échelon communal est la proximité par excellence. Au-delà, il y a les questions éthiques et l’image de « tous pourris » qu’il faut combattre, parce qu’elle est fausse, dangereuse pour la démocratie. Mais, on ne peut la combattre que si les partis dépassent les calculs électoralistes et s’imposent plus de rigueur dans le choix de leurs candidats. C’est dans ce contexte pesant que le RNI et les autres partis évoluent, chacun à sa manière. En principe, leur premier souci doit être de mobiliser les jeunes, ne serait-ce que parce que ceux-ci constituent la frange de la population la plus importante. Ceux qui ont quatorze ans aujourd’hui seront en âge de voter en 2022 ! Or, au-delà du contexte cité plus haut, la mobilisation des jeunes nécessite un discours particulier et des médias tout aussi particuliers. Au niveau du discours, les jeunes ont besoin d’un projet ambitieux dans lequel ils peuvent se projeter. Un rêve à conquérir. Ils ne se mobiliseront que si on leur présente le projet d’un Maroc de demain, ambitieux, inclusif. Les modes d’expression ne sont pas neutres. L’internet est la voie la plus aisée à emprunter, encore faut-il le faire à leurs standards, qui sont exigeants. Les sites des partis politiques sont, souvent, au degré zéro du digital. Aziz Akhannouch a raison de dire qu’il ne veut pas supplanter d’autres partis. Ils ont tous leur place dans ce combat pour la réconciliation du citoyen avec la vie politique. Le contact permanent avec les populations est nécessaire, mais il n’est pas suffisant. Il faut aussi que le fond et la forme suivent. Un exercice difficile mais incontournable pour la construction démocratique.