Washington déçoit Alger

5437685854_d630fceaff_b-
8208
Partager :

Entre deux avions, en provenance de Paris / à destination de Nouakchott,  C’est un Nasser Bourita visiblement pas mécontent qui reçoit ce jeudi les journalistes pour parler de la dernière résolution du Conseil de sécurité (CS) sur le Sahara. Il n’y a toutefois pas de triomphalisme dans le propos et les accents du ministre marocain des Affaires étrangères, comme s’il faisait sienne la déclaration de l’ambassadeur adjoint américain à l’ONU, Jonathan Cohen, qui  précisait devant le CS dans son explication de vote que « le processus politique ne fait que commencer. »

Mais un nouveau pli a été pris. Il met le processus loin de la logique des vaines négociations de Manhasset et du stérile concept de 2 + 2 qui laissait à Alger la le beau rôle du bon samaritain désintéressé. A la table ronde de Genève, que sa diplomatie s’échine à qualifier de « négociations directes », il ne pourra pas cacher son jeu, une duplicité qui ne trompe personne mais sur laquelle on a longtemps fermé les yeux. Autrement le pouvoir algérien devra assumer la responsabilité d’un échec.

Expressément, la résolution encourage les participants à se rendre à Genève « sans préconditions et de bonne foi […] dans un esprit de compromis, durant toute la durée du processus, pour parvenir à des résultats positifs. » L’incitation vaut pour le Maroc, mais aussi et surtout pour l’Algérie qui se défausse de ses responsabilités sur un Polisario proxy dont elle tire les ficelles dans ces rencontres depuis une chambre d’hotel.

On n’est donc loin de la bérézina que nous annonçait la presse algérienne en s’accrochant désespérément à cette chimère de la reconduction du Mandat de la Minurso pour « seulement » six mois qui équivaudraient, à l’en croire, à une mise sous pression Rabat. « Une fausse bonne idée » comme l’a qualifiée en guise de soutien au secrétaire général de l’ONU, François Delattre, représentant permanent de la France.

Ce mois d’octobre, une autre mystification est tombée au Conseil de sécurité. La fable des « territoires libérés ». On se souvient des gesticulations du Polisario autour de Bir Lahlou, dont il a fait sa capitale virtuel, et de Guergarate avant qu’Antonio Guteres y mette catégoriquement fin dès son arrivée à la tête des Nations Unies. Il n’en est pas question et le CS vient de réaffirmer sa position en demandant  instamment au front polisario de respecter les engagements qu’il a pris […] au sujet de Bir Lahlou, de Tifariti [que le Conseil vient d’ajouter à la liste], et de la zone tampon de Guergarate. » Les Algériens rêvaient installer dans ces localités des structures administratives et/ou d’y mener des activités civiles et militaires.

Un recul patent, mais contre mauvaise fortune, la presse algérienne essaye de faire bonne mine et s’abstient de relever que la résolution fait référence à l’initiative d’autonomie et se félicite, une fois de plus, des efforts de sérieux et crédibles » du Maroc. En revanche, elle se contente de prendre sèchement  note de la proposition du Polisario présentée en 2007.

Il est compréhensible qu’Alger mâchouille ce qu’il lui tombe sous la dent pour faire bonne figure auprès de son opinion publique. Mais il y a un baromètre qui ne trompe pas, le vote de la résolution par la Russie, l’une des cinq dépositaires du droit de veto. Son abstention, sans incommoder  Rabat, est l’arbre qui cache mal la grande déception que Washington a assénée d’Alger.