En Moldavie, la culture de la lavande fleurit après le déclin post-sovétique

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Une fillette dans un champ de lavande, à Valea-Trestieni, en Moldavie, le 10 juillet 2021

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Alexeï Cazac regarde avec fierté son champ mauve envahi par des touristes émerveillés près de Chisinau. Il est l'un des nouveaux producteurs moldaves de lavande, une industrie qui reprend après le grave déclin post-soviétique.

Cet homme de 40 ans s'est lancé dans l'industrie de la lavande il y a cinq ans et cultive aujourd'hui 60 hectares de cette plante très odorante et utilisée notamment en parfumerie. L'un des rares secteurs qui n'est pas sinistré en Moldavie, petit pays coincé entre l'Ukraine et la Roumanie et l'un des plus pauvres d'Europe. 

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"Le climat ici est idéal" pour cette plante qui aime le soleil et supporte bien la canicule, explique l'entrepreneur, qui vend sa production à un groupe français. Or, "il y a de plus en plus de gens en Moldavie qui plantent de la lavande".

L'industrie de la lavande moldave était prospère du temps de l'URSS, dont la Moldavie était l'une des républiques, et son huile essentielle - réputée pour ses vertus relaxantes - était livrée à Moscou jusqu'à la chute de 1991. 

"Les fermiers n'avaient plus où exporter leur production et presque toutes nos usines sont tombées en ruine", raconte à l'AFP Alexandru Badarau, président de l'association moldave des cultivateurs de lavande.

Des 5.400 hectares couverts par cette plante en 1989, il en restait à peine 500 vers 2001. La production d'huile essentielle a elle chuté de 180 tonnes à 10 tonnes pendant la même période.

Depuis, la tendance s'est inversée : les champs de lavande s'étalent désormais sur 1.400 hectares et la production d'huile essentielle doit atteindre 20 tonnes cette année, selon l'association. Des chiffres qui restent loin de ceux du temps de l'URSS.

 Qualité vantée

"L'industrie est en train de renaître", se félicite néanmoins M. Badarau selon lequel, chaque année, "au moins cinq nouveaux agriculteurs" se mettent à planter de la lavande.

Des groupes internationaux ont d'ailleurs remarqué les efforts moldaves: 99% de l'huile de lavande part à l'exportation, essentiellement vers l'UE, selon l'association. 

Le principal client est l'Allemagne, mais la Bulgarie et la France, deux importants producteurs mondiaux, en achètent aussi. 

Le groupe français de création d'arômes et parfums Mane a établi en 2015 une filiale en Moldavie et Weleda, fabriquant suisse de cosmétiques, a vanté la "qualité exceptionnelle" de l'huile essentielle de ce pays.

Tout en rêvant un jour de pouvoir rivaliser avec la Bulgarie, l'un des plus grands exportateurs mondiaux, les cultivateurs moldaves vantent ainsi leurs produits pour leur qualité. 

La variété moldave de lavande "donne moins d'huile, mais sa qualité est meilleure", elle est "plus agréable, plus douce", affirme ainsi Nicu Ulinici, un jeune fermier qui cultive dix hectares à une centaine de kilomètres de Chisinau, la capitale.

Le faible coût de la main d'oeuvre assure des "prix compétitifs", ajoute M. Badarau de l'association des cultivateurs de la lavande.

"Carte de visite" 

Malgré ce nouveau souffle, l'avenir reste incertain pour la lavande moldave, notamment en raison du changement climatique.

Selon un rapport du Programme des Nations unies pour le développement (UNDP), la récolte de 2020 a accusé le coup à cause du froid printanier et de la sécheresse estivale, affichant une chute de 30% à 50% par rapport à l'année précédente.

Les producteurs moldaves ne se laissent pas pour autant abattre et espèrent augmenter la production. L'association nationale a, elle, homologué la marque "Huiles essentielles de Moldavie" pour les promouvoir à l'étranger et espère obtenir prochainement un certificat de qualité international. 

"La lavande deviendra bientôt une carte de visite de notre pays", prédit M. Ulinici.

En attendant, les fermiers gagnent de l'argent grâce aux touristes venus se photographier sur leurs champs pittoresques aux couleurs pastel. 

"On ne le prévoyait pas mais le champ se trouve près d'une route et beaucoup de gens s'arrêtent", explique M. Cazac. Face à l'affluence, il a fini par faire payer environ 2 euros l'entrée.

Certains viennent pour des photos, d'autres se délecter de l'arôme. "Je suis content que des gens puissent voir cette beauté", dit l'agriculteur. 

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