Si l’Europe n’y prend pas garde, les dirigeants politiques du Maghreb vont lui tourner le dos (Institut Montaigne)

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Technopark de Tanger, un projet qui ancre la région au-delà de l’Europe

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Paris - “Si l’Europe n’aide pas le Maghreb, elle court de grands risques”, car la déstabilisation de cette région entraînerait des réactions en chaîne ; menace islamiste, émigration et influence croissante d’autres puissances, affirme dans un entretien au journal français L’Opinion, Hakim El Karaoui, auteur du rapport “La stabilité du Maghreb, un impératif pour l’Europe”, publié récemment par l’Institut Montaigne.

La Méditerranée est une zone de tension migratoire et le Maghreb est devenu une zone tampon, en accueillant de plus en plus en plus de travailleurs venus de l’Afrique subsaharienne mais aussi ses étudiants et ses malades, note l’essayiste et consultant français, ancien conseiller à Matignon de l’ex-premier ministre Jean Pierre Raffarin.

A ses yeux, l’Europe doit observer les évolutions politiques des pays du Maghreb et soutenir leurs économies. “L’Europe devrait soutenir les économies de ces pays, pas par altruisme mais parce que c’est son intérêt !”, insiste-t-il, qualifiant de “grave erreur” le fait de ne pas consacrer un volet à la rive sud de la Méditerranée dans le plan de relance européen post-covid19. “Oui, une grave erreur. Le plan de relance européen de 750 milliards d’euros est réservé aux Européens. Pourtant, le soutien budgétaire est largement insuffisant au sud de la Méditerranée, d’autant que la situation des finances publiques était dégradée avant la Covid", explique l'expert qui plaide pour une aide massive des pays européens à leurs partenaires de la rive sud de la Méditerranée.

M. El Karaoui, fondateur du Club XXIe siècle, revient aussi sur le recul d’influence de l’Europe dans la rive sud de la Méditerranée face à l’intérêt d’autres puissances, faisant observer que "plus la Chine, la Turquie ou la Russie vont s’intéresser au Maghreb, et moins les pays de cette région seront enclins à défendre les politiques européennes".

“Ils seront davantage intéressés à développer leurs relations avec leurs nouveaux partenaires”, estime-t-il.

“Si l’Europe n’y prend pas garde, les dirigeants politiques du Maghreb vont lui tourner le dos”, observe M. El Karaoui.

Face au Covid-19, le Maroc a su mobiliser des ressources internes

Dans le même entretien qui est une synthèse du rapport de l4Institut Montaigne, Hakim El Karaoui souligne que face à la crise consécutive à la pandémie du Covid-19, le Maroc a su mobiliser des ressources internes pour soutenir son économie et se refinancer via les marchés. Selon l’essayiste et consultant français, face aux chocs extérieurs, contrairement à l’Algérie dont le modèle économique est fondé sur l’exploitation des hydrocarbures avec une tertiairisation de l’activité relativement faible et une présence étatique forte, "le Maroc s’en sort mieux".

Son modèle de croissance, avec un taux d’ouverture commercial avant-crise proche de 90 %, est tiré par le tourisme et la consommation, rappelle le fondateur du Club XXIe siècle, faisant observer que la Commission sur le Nouveau Modèle de Développement, préconise à cet égard "un modèle de croissance plus inclusif, plus de régionalisation, la numérisation de l’administration…".

Par ailleurs, l'expert note que le Maroc est “au cœur des intérêts régionaux et internationaux” en tant qu’un “carrefour” pour les échanges vers l’Europe et vers l’Afrique. La Chine regarde de près les implantations logistiques, notamment à Tanger, et exporte des biens manufacturés et du matériel, même si l’Europe du Sud reste le principal pourvoyeur d’investissements directs étrangers – en particulier la France, avec 35 % des IDE totaux en 2019, précise-t-il, ajoutant que Pékin développe aussi le vaccin Sinopharm dans le Royaume et sa diaspora est implantée sur le littoral.