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Sahara : retour au bercail - Par Naïm Kamal
focaliser sur le veto russe revient à réduire arbitrairement la portée des onze voix recueillies par le texte et oublier que la résolution 2797, toujours en vigueur, est le produit une stratégie de longue haleine et d’un effort diplomatique soutenu depuis le début du règne de Mohammed VI.
Le veto russe a bloqué le projet de résolution américain sur le Sahara, mais il n’a pas enrayé la dynamique favorable au Maroc. Dans cette chronique, Naïm Kamal explique pourquoi avec onze voix au Conseil de sécurité pour le projet, ce veto consacre un rapport de force qui met à nu le double isolement d’Alger et, dans son sillage, de Moscou et précipite la fin de l’illusion référendaire.
Naïm Kamal
Personne de sensé ne pouvait croire qu’avec l’adoption de la résolution 2797, la solution d’un conflit vieux d’un demi-siècle allait désormais se trouver sur des roulettes. Un processus politique ne se débarrasse pas d’un coup de baguette de cinquante ans d’obstination, d’intérêts divergents et de calculs géopolitiques.
Le projet de résolution américain de 2026 aurait pourtant pu marquer une étape historiquedans un processus qui peaufinait patiemment les contours d’une solution. Il a rencontré sur son chemin le veto russe, vestige d’un ordre international ébranlé par les transformations des rapports de force, l’affirmation de la Chine et le déclassement progressif de l’Europe.
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Mais se focaliser sur ce veto revient à réduire arbitrairement la portée des onze voix recueillies par le texte, dont celles de trois puissances, et non des moindres : les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne. C’est aussi ignorer la dynamique internationale qui porte l’initiative marocaine d’autonomie ainsi que le tournant représenté par la résolution 2797, toujours en vigueur. C’est également ne pas percevoir que le veto russe, une première dans cette affaire, met paradoxalement en relief la stratégie de longue haleine et d’effortsdiplomatiques soutenus depuis le début du règne de Mohammed VI. Quelque part il en est le produit.
Rabat est donc fondé à voir dans ce vote un acquis diplomatique important : « L’un de ses principaux enseignements réside dans l’évolution du statut de l’initiative marocaine : jusque-là considérée comme l’une des solutions les plus viables, elle est désormais présentée comme le cadre de référence fondamental, exclusif et unique pour parvenir à une solution d’une large majorité au Conseil de sécurité. »
Ce constat n’a rien d’un lot de consolation, mais la mise en exergue d’une vérité tangible.
Mais si l’issue de l’actuelle session du Conseil de sécurité n’a pas été à la hauteur du moment historique d’octobre 2025, octobre 2026 n’en a pas moins eu son instant tout aussi historique : Le vote et le veto ont mis en évidence un double isolement sur ce dossier, celui de l’Algérie et dans son sillage, malheureusement, celui de la Russie.
L’isolement russe
Est-il insignifiant que le contre-projet russe visant à maintenir la MINURSO n’ait recueilli que trois voix, celle de Moscou comprise ? La Russie aurait pu s’épargner cette démonstration de solitude. Son veto a suffi à rappeler le pouvoir que lui confère encore son siège permanentau Conseil de sécurité, hérité de la caduque conférence de Yalta, mais ne l’a pas protégé de son cantonnement puis de sa mise à l’écart par l’Occident, depuis la chute du mur de Berlin et plus particulièrement depuis me début de sa guerre en Ukraine en février 2022.
La Russie a été successivement exclue, suspendue ou écartée de plusieurs instances : le Conseil de l’Europe, le G8 redevenu G7, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, le Groupe d’action financière, le groupe Egmont des cellules de renseignement financier et la Fédération mondiale des bourses. Ses sportifs et ses équipes ont également été interdits de nombreuses compétitions et fédérations internationales, ou réduit à se présenter sous l’acronyme AIN pour athlète individuel neutre.
Grande puissance, notamment nucléaire, et aussi spatiale, mais pas économique, la Russie n’en est pas moins empêtrée dans une guerre en Ukraine qu’elle croyait pouvoir plier en quelques jours. Sa capitale est régulièrement exposée aux drones, tandis que son industrie pétrolière, qui lui permet de tenir, subit une pression constante.
L’isolement algérien
Alger a, de son côté, tout tenté pour séduire Washington et enrayer la dynamique favorable au Maroc. Elle a notamment cherché à substituer son offre pétrolière au pétrole russe frappé par les sanctions liées à la guerre en Ukraine, faisant ainsi faux bond à son partenaire de longue date.
Début mars 2025, en prévision des réunions du Conseil de sécurité d’avril et surtout d’octobre, l’Algérie a proposé aux Etats-Unis un partenariat économique élargi, en mettant en avant ses ressources énergétiques et minières, notamment les terres rares. Son ambassadeur à Washington, Sabri Boukadoum, a invité l’administration américaine à explorer les possibilités d’un accord majeur.
Le 7 mars, il s’est déclaré prêt à discuter de l’accès aux ressources naturelles algériennes. Deux jours plus tard, il résumait les ambitions de ce rapprochement par la formule « The skyis the limit », soulignant l’étendue des perspectives de coopération dans l’énergie et les mines.
En juin 2025, Alger a envisagé d’assouplir son cadre réglementaire et de déroger à la règle du 51/49, afin de permettre aux entreprises américaines de détenir jusqu’à 80% des parts dans les secteurs pétroliers, gazier et minier.
Depuis, les entreprises de séduction n’ont pas cessé. Mais le projet américain de cette année est venu probablement montrer que le Maroc est « the limit ».
Pour sauver les meuble, Alger, comme autrefois, n’a pu compter que sur son pourvoyeur d’armes, la Russie. C’est un juste retour au bercail, mais un retour qui a grise mine. Moscoune peut plus aligner derrière elle comme à la belle époque les voix du bloc socialiste et celles des pays du tiers-monde, qui en faisaient un rouleau compresseur dans les instances internationales. Leur écrasante majorité a compris le sens de l’histoire.
Le référendum et la fin d’une illusion
Le projet de résolution américain prévoyait de retirer une lettre à la MINURSO : le R de référendum. L’obstination algérienne est en train de conduire la mission elle-même vers sa fin.
Commentant le veto russe devant le Conseil de sécurité, l’ambassadeur américain auprès de l’ONU, Mike Waltz, a retracé l’historique de l’impossible référendum au Sahara, remontant à 1999, lorsque le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, en voyait déjà la perspective s’éloigner.
En 2005, rappelle-t-il, Erik Jensen, qui a dirigé la Commission d'identification de la MINURSO de 1993 à 1998, affirmait : « le référendum appelé par l’ONU en 1991 a échoué et ne se produira pas ».
C’est à ce moment-là que l’ONU aurait dû, si elle avait été maîtresse de ses décisions, acterl’impossibilité du référendum et mettre fin à la mission chargée de l’organiser. Des années plus tard, le veto russe bloque une résolution, mais il ne ressuscite pas une perspective que les responsables onusiens eux-mêmes avaient vu disparaître.
