À Moscou, la coopération russo-africaine à l'épreuve des tensions géopolitiques

À Moscou, la coopération russo-africaine à l'épreuve des tensions géopolitiques

La cheffe du gouvernement Fatima Ezzahra El Mansouri à son arrivée pour prendre part jeudi à la plénière du Sommet Russie-Afrique

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Moscou accueille le troisième sommet Russie-Afrique, réunissant des délégations de 48 pays, dont 22 conduites par leurs chefs d'État. Représenté par la cheffe du gouvernement Fatima Ezzahra El Mansouri, le Maroc participe à cette rencontre dominée par la coopération économique et géopolitique russo-africaine te les tensions régionales du continent.

La Russie accueille depuis mercredi une vingtaine de dirigeants d'Afrique pour un sommet visant à renforcer ses liens avec ce continent présenté par le Kremlin comme un "allié naturel". La cheffe du gouvernement Fatima Ezzahra El Mansouri y représente le Roi.

Pour ce troisième sommet Russie-Afrique, organisé dans la capitale russe, les délégations de 48 pays africains se sont déplacé à Moscou, parmi lesquelles 22 sont dirigées par leurs chefs d'Etat, selon le Kremlin.

La Russie, acteur incontournable en Afrique à l'époque soviétique, a continué à y exercer une influence importante depuis la chute de l'URSS.

Elle s'est rapprochée encore plus des pays africains -- où elle a étendu ses liens politiques, économiques et militaires -- après le début de son offensive en Ukraine en février 2022, suivie de lourdes sanctions occidentales visant à isoler Moscou.

Le président russe Vladimir Poutine s'est exprimé mercredi lors d'un forum économique réunissant des milliers d'hommes d'affaires russes et africains, à quelques heures du sommet avec les dirigeants politiques.

Il a souligné que plus de 40 États africains recevaient des engrais et des céréales en provenance de Russie, indiquant que Moscou avait exporté 13 millions de tonnes de produits agricoles vers l'Afrique depuis le début de l'année.

"Nous sommes prêts à étendre davantage la zone géographique de nos livraisons de produits agricoles", a-t-il assuré, alors que les attaques en mer Noire, dans le cadre du conflit en Ukraine, perturbent les exportations maritimes russes et ukrainiennes, notamment de céréales.

M.Poutine a également annoncé que Moscou allait "localiser" en Afrique "la production de médicaments et de vaccins russes efficaces" et s'est félicité d'une multiplication par 1,5 du nombre d'étudiants africains en Russie depuis 2020.

Tensions RDC-Rwanda

Ce sommet est organisé pour la troisième fois, après ceux de 2019 à Sotchi et 2023 à Saint-Pétersbourg.

La position russe contre "le néocolonialisme" et pour "un ordre mondial plus juste" trouve de l'écho auprès d'une grande partie des responsables africains, notamment ceux des pays du Sahel -- le Mali, le Niger et le Burkina Faso -- qui ont tourné le dos à l'ex-puissance coloniale française pour se rapprocher de Moscou.

Mercredi, M. Poutine a ainsi affirmé que "l'époque où le sort de continents entiers était décidé par un bloc étroit d'Etats est en train de partir pour ne jamais revenir" et a dénoncé des "pressions sans précédent de l'Occident" sur les pays africains, les Occidentaux n'étant selon lui "pas prêts à accepter cette réalité".

Une rencontre séparée est notamment prévue entre Vladimir Poutine et son homologue malien Assimi Goïta, qui reçoit l’aide par les paramilitaires russes du groupe Africa Corps dans sa lutte antijihadiste.

Outre deux séances plénières, prévues jeudi, le président russe devait enchaîner une vingtaine de rencontres bilatérales avec ses homologues africains pendant les deux jours du sommet, ainsi que vendredi.

Vladimir Poutine devait aussi s'entretenir à part avec le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, dont la présence s'annonce délicate face au Rwanda, qui sera représenté par le Premier ministre Justin Nsengiyumva.

L'Est congolais, riche en ressources naturelles et frontalier du Rwanda, est en proie depuis fin 2021 à la résurgence du groupe armé antigouvernemental M23, soutenu par Kigali et son armée.

La RDC et le Rwanda ont entériné en décembre un accord de paix sous l'égide de Washington. Mais les affrontements se poursuivent, notamment dans le Sud-Kivu.

Africains enrôlés

Une déclaration finale sur l'approfondissement de la coopération internationale entre la Russie et l'Afrique, et une déclaration sur la coopération dans le domaine de l'intelligence artificielle doivent être adoptées à l'issue du sommet.

La Russie ne cesse d'amplifier sa présence diplomatique en Afrique : 48 ambassades russes y fonctionnent actuellement, et il est prévu d'en ouvrir une 49e au Libéria, toujours selon le Kremlin.

Les relations entre la Russie et l'Afrique ont fait l’objet ces dernières années par des révélations multiples sur des Africains enrôlés de force par Moscou pour combattre sur le front ukrainien.

Des pays africains, dont le Nigeria, le Kenya ou l'Afrique du Sud, se sont alarmés publiquement du sort de leurs ressortissants recrutés par Moscou. (Quid avec AFP)

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