De la France à la Suède, l’Europe invite ses citoyens à se préparer aux situations de crise – Par Hassan Zakaria

De la France à la Suède, l’Europe invite ses citoyens à se préparer aux situations de crise – Par Hassan Zakaria

Les gouvernements se gardent d’annoncent une guerre imminente, même s’ils y pensent depuis le début de la guerre d’Ukraine. Elles expliquent qu’ils s’agit d'anticiper des crises multiples dont les effets peuvent se conjuguer dans un environnement international de plus en plus instable et anxiogène.

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Par Hassan Zakaria

Face aux tensions géopolitiques, aux cyberattaques et aux catastrophes naturelles, un nombre croissant de pays européens recommandent à leurs citoyens de constituer des réserves de nourriture, d’eau et de produits essentiels. L’objectif : pouvoir vivre plusieurs jours sans approvisionnement ni services publics, et disposer d’un sac d’urgence en cas d’évacuation.

L’eau ne coule plus du robinet, les supermarchés sont fermés, les distributeurs de billets ne fonctionnent plus, l’électricité est coupée et les réseaux téléphoniques sont hors service. Ce scénario, longtemps associé aux grandes catastrophes ou aux conflits armés, figure désormais parmi les situations auxquelles plusieurs gouvernements européens demandent à leurs populations de se préparer.

De l’Allemagne à la Suède, de la France aux Pays-Bas, les autorités multiplient les recommandations invitant les ménages à conserver chez eux des réserves alimentaires, de l’eau potable, des médicaments et du matériel de première nécessité. Elles préconisent également la préparation d’un sac d’urgence, facilement accessible, contenant les équipements indispensables en cas d’évacuation précipitée.

Ces initiatives, généralement volontaires, répondent à une préoccupation commune : permettre aux populations de subvenir temporairement à leurs besoins lorsque les infrastructures essentielles sont perturbées et que les secours ne peuvent intervenir immédiatement.

De trois à dix jours d’autonomie selon les pays

Les recommandations varient sensiblement d’un pays à l’autre. L’Allemagne préconise de disposer, si possible, de réserves permettant de vivre pendant dix jours sans ravitaillement extérieur. Son Office fédéral de la protection de la population et de l’assistance en cas de catastrophe précise toutefois qu’une autonomie de trois jours constitue déjà une première étape utile.

En Suède, les autorités recommandent de pouvoir tenir au moins une semaine. Une brochure nationale consacrée aux comportements à adopter « en cas de crise ou de guerre » détaille les précautions à prendre en matière d’approvisionnement, de chauffage, de communication et de sécurité.

La Norvège a renforcé ses consignes en mai 2024, portant de trois à sept jours la période d’autonomie recommandée. Une nouvelle brochure a ensuite été distribuée à l’ensemble des ménages.

La Finlande, la France, les Pays-Bas et le Danemark privilégient une durée minimale de 72 heures. L’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et la Tchéquie disposent également de dispositifs de préparation civile destinés aux particuliers, avec des recommandations adaptées aux risques nationaux.

Bruxelles fixe un objectif commun de 72 heures

Cette mobilisation a pris une dimension européenne le 26 mars 2025, lorsque la Commission européenne a présenté sa stratégie de préparation aux crises.

Comportant trente actions, ce programme vise à améliorer la capacité des États membres à faire face aux catastrophes naturelles, aux crises sanitaires, aux cyberattaques, aux tensions géopolitiques et aux conflits armés.

Parmi ses principales orientations figure l’élaboration de recommandations permettant à la population d’assurer au moins 72 heures d’autonomie.

L’Union européenne souhaite également développer les réserves stratégiques de ressources essentielles, améliorer les systèmes d’alerte et renforcer la coopération entre les autorités civiles et militaires.

Il ne s’agit pas d’imposer des stocks identiques aux habitants des 27 États membres, mais de promouvoir une culture commune de préparation aux situations exceptionnelles.

Eau, nourriture, médicaments et argent liquide

Les consignes gouvernementales présentent de nombreuses similitudes.

Les citoyens sont invités à conserver des aliments non périssables, pouvant être consommés sans cuisson ni réfrigération : conserves, fruits secs, biscuits, produits céréaliers et denrées adaptées aux besoins particuliers des enfants ou des personnes malades.

L’eau potable constitue une priorité. Les autorités françaises recommandent six litres par personne pour les premières 72 heures, tandis que les Pays-Bas et le Danemark préconisent trois litres par personne et par jour.

S’ajoutent les médicaments habituels, une trousse de premiers secours, une lampe de poche, une radio fonctionnant avec des piles, des batteries externes pour les téléphones et des vêtements chauds.

Les gouvernements conseillent également de conserver de l’argent liquide, les systèmes de paiement électronique et les distributeurs automatiques pouvant devenir inutilisables.

Une attention particulière est accordée aux documents d’identité, aux ordonnances médicales, aux clés de rechange et aux moyens de communication.

Le sac d’urgence doit être placé dans un endroit facilement accessible. Son contenu doit être régulièrement vérifié afin de remplacer les produits périmés et les équipements défectueux.

La guerre, mais pas seulement

La multiplication de ces recommandations intervient dans un contexte de dégradation de la sécurité européenne depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022.

Les pays nordiques et baltes accordent une importance particulière aux risques militaires, aux opérations de sabotage et aux attaques visant les infrastructures stratégiques.

Mais les scénarios envisagés dépassent largement celui d’un conflit armé.

Une cyberattaque contre les réseaux électriques, une panne générale des télécommunications, une tempête exceptionnelle ou des inondations peuvent entraîner des ruptures d’approvisionnement et paralyser temporairement les services publics.

Les autorités danoises évoquent explicitement les conséquences possibles des cyberattaques et des sabotages. La Norvège envisage notamment des situations dans lesquelles l’électricité, l’eau courante, Internet et les moyens de paiement cesseraient simultanément de fonctionner.

Les gouvernements se gardent d’annoncent une guerre imminente, même s’ils y pensent depuis le début de la guerre d’Ukraine. Elles expliquent qu’ils s’agit d'anticiper des crises multiples dont les effets peuvent se conjuguer dans un environnement international de plus en plus instable et anxiogène.

Une nouvelle conception de la sécurité civile

Au-delà des réserves alimentaires, cette politique marque une évolution du partage des responsabilités entre les pouvoirs publics et les citoyens.

Les autorités considèrent désormais que les ménages capables de vivre temporairement en autonomie peuvent contribuer à l’efficacité générale des secours.

En évitant de solliciter immédiatement les services d’urgence, ils permettent aux équipes d’intervention de concentrer leurs moyens sur les personnes âgées, les malades, les populations isolées et les familles les plus vulnérables.

Cette démarche soulève néanmoins la question des inégalités : tous les ménages ne disposent pas des ressources financières ou de l’espace nécessaire pour constituer des réserves importantes.

Le phénomène révèle surtout une transformation des politiques de sécurité. Dans des sociétés fortement dépendantes de l’électricité, des communications numériques et des chaînes d’approvisionnement, la continuité des services essentiels n’apparaît plus comme une certitude absolue.

La préparation individuelle devient ainsi l’un des éléments de la résilience collective, aux côtés des moyens traditionnels de protection civile et de défense nationale.

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