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France : mobilisation continue et tensions persistantes, les gilets jaunes préparent une nouvelle journée d’action
Un manifestant lance un projectile en direction des forces de policed alors que des affrontements éclataient en marge d'une manifestation en faveur du pouvoir d'achat, de la protection des services publics et de la justice fiscale et sociale, à Toulouse, dans le sud-ouest de la France, le 24 octobre 2026 ( Photo Mathieu Rondel/ AFP)
Les manifestations organisées samedi 24 octobre en France ont rassemblé entre 410 000 et 800 000 personnes, selon les sources, dans un climat marqué par de nouveaux affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. Le ministère de l’Intérieur fait état de 1 314 interpellations, de 53 policiers et gendarmes blessés et de 24 commerces pillés. Malgré une mobilisation moins perturbée , les tensions sociales restent vives. Les gilets jaunes appellent déjà à une nouvelle journée d’action, le 31 octobre, pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une dérive autoritaire du gouvernement.
Une mobilisation moins agitée que le 17 octobre
La nouvelle journée de manifestations qui s’est déroulée samedi dans plusieurs villes françaises a été marquée par moins de tension, mais aussi par la persistance d’incidents en marge des rassemblements.
Selon le bilan national provisoire communiqué dimanche par le ministère de l’Intérieur, 289 actions sur la voie publique ont été recensées, réunissant 410 000 participants. Une semaine auparavant, le 17 octobre, les autorités avaient comptabilisé 441 événements et 550 000 manifestants.
D’autres estimations portent toutefois la participation de samedi à 800 000 personnes, révélant des écarts importants dans l’évaluation de l’ampleur du mouvement.
Dans son communiqué, le ministère souligne que les manifestations organisées selon des itinéraires préalablement convenus avec les autorités locales ont généralement pu se dérouler sous la surveillance des forces de sécurité.
La situation s’est cependant dégradée dans plusieurs villes, où des affrontements ont éclaté entre certains groupes de manifestants et les forces de l’ordre. Le ministère évoque la présence de militants d’extrême gauche radicale et d’ultragauche à l’avant, au sein ou en marge de plusieurs cortèges.
Des incidents ont notamment été signalés à Paris, Marseille, Bordeaux, Toulouse et Tours. Les forces de sécurité ont utilisé des grenades lacrymogènes lors de ces confrontations.
Plus de 1 300 interpellations et plusieurs commerces pillés
Le bilan des incidents demeure conséquent, même s’il marque une forte diminution par rapport aux violences enregistrées une semaine plus tôt.
Selon les chiffres provisoires arrêtés dimanche à 7 h 30, heure française, 1 314 personnes ont été interpellées, contre 2 628 le 17 octobre.
Le ministère de l’Intérieur recense également 53 membres des forces de l’ordre blessés, contre 1 144 la semaine précédente. Les services de secours sont intervenus à 75 reprises pour des incendies, alors que 2 025 interventions avaient été enregistrées le samedi précédent.
Les dégradations commerciales ont également diminué. Vingt-quatre commerces ont été pillés samedi, tandis que 1 522 établissements avaient été touchés le 17 octobre.
Ces chiffres, encore provisoires, témoignent d’un recul de l’intensité des violences, sans pour autant signifier la disparition des tensions.
Plusieurs enquêtes judiciaires ont été ouvertes à la suite des incidents. Le ministère n’a cependant fourni aucune précision sur leur nombre ni sur les circonstances des faits examinés.
Le bilan officiel ne précise pas non plus le nombre total de manifestants blessés. Les autorités ont néanmoins indiqué que la nuit suivant les rassemblements avait été calme.
À Clermont-Ferrand, une blessure par grenade
À Clermont-Ferrand, les manifestations ont été marquées par plusieurs incidents et par une blessure à la main nécessitant une intervention urgente des secours.
La préfecture du Puy-de-Dôme a précisé que la personne concernée ne présentait ni arrachement ni perte de doigt. Elle a toutefois souligné qu’il était encore trop tôt pour déterminer les circonstances exactes de cette blessure.
Le procureur de Clermont-Ferrand a confirmé une prise en charge urgente par les services de secours, sans apporter davantage de précisions sur la gravité de la blessure ou son origine.
Selon une source proche du dossier, celle-ci n’a pas été provoquée par une grenade policière.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a pour sa part fait état de deux personnes grièvement blessées au cours des manifestations, l’une à Clermont-Ferrand et l’autre à Toulouse.
Dans le Puy-de-Dôme, la préfecture a également recensé trois autres blessés, dont deux légèrement atteints et un membre des compagnies républicaines de sécurité (CRS).
Le centre de Clermont-Ferrand faisait l’objet d’un arrêté préfectoral interdisant les rassemblements et regroupements.
À l’issue du cortège, plusieurs groupes ont néanmoins tenté de rejoindre le cœur de la ville. Des jets de projectiles contre les forces de sécurité et des incendies de poubelles ont alors été signalés. Six personnes ont été interpellées.
Les gilets jaunes dénoncent une restriction des libertés
Parallèlement aux manifestations de samedi, les gilets jaunes ont annoncé une nouvelle journée nationale de mobilisation le 31 octobre, placée sous le signe de la défense des libertés publiques.
Le mouvement entend organiser des rassemblements et des sit-in devant l’Assemblée nationale et les mairies françaises pour dénoncer ce qu’il qualifie de « dérive autoritaire » du gouvernement.
Lors d’une conférence de presse organisée samedi près de la place de la Bastille, à Paris, Benjamin Ball et Azelma Sigaux, deux membres de la coordination des gilets jaunes, ont vivement critiqué la gestion gouvernementale de la contestation sociale.
« Il y a une colère dans ce pays » qui « n'est pas entendue », ont-ils déclaré, dénonçant « le mépris, le refus d'écouter, le mensonge et la répression » du gouvernement.
Les deux représentants ont également contesté les interdictions de manifester décidées dans plusieurs villes, une semaine après les violences et les pillages qui avaient marqué la précédente mobilisation.
« Nos libertés sont attaquées », ont-ils affirmé, avant d’annoncer leur intention de manifester à nouveau le 31 octobre.
À Paris, un cortège interdit et un appel à la convergence
La place de la Bastille devait initialement servir de point de départ à une manifestation contre la vie chère et en soutien aux revendications lycéennes.
La préfecture de police de Paris a toutefois interdit le parcours prévu vers la place de la Nation, autorisant un autre itinéraire entre la porte d’Italie et la porte de Vincennes.
Sur la place de la Bastille, l’AFP a constaté la présence d’un faible nombre de manifestants, face à un important dispositif policier et à de nombreux journalistes.
Un policier diffusait au mégaphone des consignes invitant les personnes présentes à quitter les lieux et à rejoindre le parcours autorisé.
Pour les gilets jaunes, ces restrictions participent d’une stratégie destinée à empêcher le rapprochement des différentes composantes de la contestation.
« Le gouvernement tente de nous diviser. En criminalisant notre mouvement, il veut empêcher le front uni qui est en train de naître », ont dénoncé Benjamin Ball et Azelma Sigaux.
Le mouvement appelle désormais à la constitution d’assemblées réunissant lycéens, étudiants, travailleurs, agriculteurs, retraités et gilets jaunes.
« Notre réponse, c'est l'union », ont-ils déclaré.
La journée du 31 octobre constituera ainsi une nouvelle étape pour cette contestation qui, malgré le recul de la participation enregistré samedi, cherche à élargir ses soutiens et à maintenir la pression sur l’exécutif.