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Israël: pas de majorité en vue, les partis arabes en faiseurs de roi ?
Des partisans de la « Liste commune », alliance politique israélienne dirigée par des Arabes, se réjouissent au siège de campagne de l'alliance, dans la ville de Nazareth, au nord d'Israël, le 27 octobre 2026, alors que les premiers résultats des sondages à la sortie des urnes sont annoncés à la télévision lors des élections législatives israéliennes. (Photo Ahmad Gharabli / AFP)
Les élections législatives israéliennes débouchent sur une possible impasse politique. Après le dépouillement de près de 85 % des suffrages, aucun des deux principaux blocs ne dispose de la majorité nécessaire pour gouverner. Avec une progression historique, les partis arabes pourraient jouer un rôle décisif dans la formation d’une coalition et l’avenir politique de Benjamin Netanyahu.
Aucune majorité ne se dessinait mercredi en Israël après le dépouillement de trois quarts des suffrages exprimés lors des législatives, avec une spectaculaire poussée des partis arabes qui s'imposent de plus en plus comme des faiseurs de roi.
Avec 77,6% des bulletins comptabilisés, le Likoud (droite) de M. Netanyahu et ses alliés ont une courte avance sur le bloc principal de l'opposition emmené par le centriste Gadi Eisenkot, avec un nombre de sièges estimé à 53 contre 48. Soit moins que les 61 nécessaires pour obtenir une majorité au Parlement.
En revanche, les deux listes majoritairement arabes israéliennes, Raam (Liste arabe unie, islamiste modéré) et la Liste unifiée (extrême gauche), semblent en passe de rafler environ 19 sièges, un record.
Le chef de la Liste unifiée, Youssef Jabareen, a appelé à conclure un "véritable partenariat judéo-arabe" pour écarter M. Netanyahu, 77 ans dont 19 à la tête du gouvernement, une longévité inégalée en Israël.
Ces résultats partiels sont susceptibles de changer au fur et à mesure du dépouillement. Plusieurs sondages à la sortie des urnes publiés mardi mettaient les deux principaux camps au coude-à-coude.
L'issue du scrutin est observée au-delà des frontières d'Israël, pays qui fait face à des critiques croissantes sur la conduite de sa guerre dévastatrice à Gaza et l'explosion de violences en Cisjordanie occupée.
Elle pourrait aussi avoir un impact sur la suite du conflit au Moyen-Orient, M. Netanyahu ayant multiplié les menaces d'une nouvelle campagne militaire contre l'Iran ces derniers jours.
Pour l'heure, et malgré une mobilisation au plus haut depuis plus d'un quart de siècle lors de ce premier scrutin depuis le 7-Octobre, les résultats partiels et les estimations des principaux médias dessinent un paysage fracturé.
"Paysage transformé"
L'incapacité apparente des deux camps, à ce stade, à réunir un minimum de 61 députés augure d'intenses tractations dans les semaines à venir.
Dans ce contexte, l'attention se porte sur d'éventuels signes d'alliance entre le bloc de M. Eisenkot et les partis arabes, deux forces farouchement hostiles à M. Netanyahu qui, ensemble, pourraient former une majorité.
Mais un tel partenariat est loin d'être évident, dans un pays où la minorité arabe, 20% de la population, est fortement discriminée et où l'idée de travailler avec ses représentants est inacceptable pour une partie de la majorité juive.
"La participation arabe a augmenté de façon vraiment spectaculaire, au point de transformer le paysage" politique, déclare à l'AFP Gideon Rahat, politologue à l'Université hébraïque de Jérusalem.
Mais le 7-Octobre a généré "beaucoup de suspicion et beaucoup de peur" au sein de la majorité juive envers la minorité arabe, ajoute-t-il.
Le chef de la gauche Yaïr Golan, membre du bloc emmené par Gadi Eisenkot, a été le seul à ce stade à appeler de ses vœux une telle alliance.
"Nous ne devons plus accepter la division raciste de Netanyahu entre les voix juives et les voix arabes", a-t-il écrit mercredi sur X. "Nous avons une responsabilité. Et nous avons l'opportunité de former un gouvernement de changement en partenariat avec les citoyens arabes d'Israël".
Risque de nouvelles élections
Sans une telle alliance, la situation a pour l'instant des airs d'impasse, souligne Ilana Shpaizman, maîtresse de conférences en sciences politiques à l'université de Bar-Ilan.
"Netanyahu n'a aucun moyen de former un gouvernement" avec ses alliés actuels et le bloc de M. Eisenkot devra "soit former un gouvernement avec les partis arabes, soit établir un gouvernement minoritaire", deux options jusque-là rejetées par le camp de l'opposition, dit-elle.
Les résultats définitifs sont attendus d'ici vendredi matin. Le président Isaac Herzog recevra ensuite les chefs des différents partis avant de désigner l'un d'eux pour tenter de former une coalition gouvernementale.
Si l'absence de majorité se confirme et la paralysie s'installe, cette situation profiterait dans l'immédiat à M. Netanyahu, qui restera Premier ministre par intérim jusqu'à la formation du prochain gouvernement.
En cas d'impossibilité de sortir de l'impasse, de nouvelles élections seront organisées, comme cela a été plusieurs fois le cas dans l'histoire d'Israël.
Isaac Herzog, le discret président qui détient les clés du prochain gouvernement
Il n'aime pas trancher mais se retrouvera bientôt au cœur du jeu politique israélien : le président Isaac Herzog, dont les fonctions sont habituellement largement honorifiques, aura dans quelques jours la lourde tâche de désigner la personnalité chargée de former le prochain gouvernement.
Une fois les résultats officiels annoncés, M. Herzog, réputé pour sa pusillanimité, consultera les représentants des différents partis avant de désigner le candidat le mieux placé, sans qu'il s'agisse nécessairement du chef de la formation arrivée en tête du scrutin.
La loi laisse au président une large marge de manœuvre, sans fixer de critères précis pour guider son choix.
À la veille du scrutin, Isaac Herzog a reconnu, dans un entretien au média américain MS Now, qu'il subirait de fortes pressions, assurant toutefois que ni le "président des États-Unis, ni qui que ce soit d'autre" ne pourrait interférer dans sa décision. (Quid avec AFP)