Un gouvernent PAM- Koutla, la normalisation enfin ? - Par Mustapha Sehimi

Un gouvernent PAM- Koutla, la normalisation enfin ? - Par Mustapha Sehimi

La Cheffe du gouvernement désignée Fatima-Ezzohra El Mansouri recevant en consultation le secrétaire général du PPS Nabil Benabdellah (Photo service de communication du PAM

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Après la nomination de Fatima-Ezzohra El Mansouri à la tête du gouvernement, le PAM explore une majorité resserrée autour des trois formations issues de la Koutla : Istiqlal, USFP et PPS. Mustapha Sehimi analyse les ressorts politiques de cette alliance, qui offrirait au parti du tracteur une nouvelle assise dans le paysage partisan tout en plaçant sa capacité réformatrice à l’épreuve du programme gouvernemental et du projet de loi de finances 2027.

Par Mustapha SEHIMI

Professeur de droit (UMV Rabat), Politologue

Après sa nomination par SM le Roi comme Cheffe du gouvernement, le 29 septembre, Fatima-Ezzohra El Mansouri poursuit les contacts avec les politiques, exception faite du PJD et l'Alliance de gauche. Des rencontres portent sur la configuration possible de la future majorité. Elle a une double préoccupation à cet égard : aller vite et mettre sur pied un cabinet politique, son parti se tournant vers les trois formations de la Koutla (PI, USFP, PPS).

Par élimination, pourrait-on dire, pas un gouvernement d'union nationale ni d'exécutif élargi à une pléthore d'alliés. Pourquoi ? Parce que cela poserait des problèmes de coordination et de lisibilité. Dans cette optique, l'ouverture vers des partis comme l'UC et même le MP reste encore problématique : pour le premier s'impose le déficit de visibilité et absence corrélative de valeur ajoutée ; pour le second, peut prévaloir peut-être le souci d'une représentation d'une formation attachée à l'équité territoriale, à la justice sociale, à la promotion du monde rural et des zones montagneuses, sans oublier la défense de la pluralité linguistique et culturelle. Mais ces questions ne se retrouvent - elles pas, sous une forme ou une autre dans les programmes des partis appelés à former une majorité ? La situation du RNI est plus singulière. I1 a dirigé le cabinet sortant 2021 et le parti depuis octobre 2016, cumulant cette responsabilité avec celle de Chef gouvernement.

Historique

Le parti de la colombe a été le grand perdant du scrutin du 23 septembre avec une perte de 36 sièges et seulement 66 aujourd'hui.. Il faut ajouter que le RNI s'est vu malmené ces derniers mois par ses deux alliés, le PI et le PAM, qui ont multiplié les critiques (conflits d'intérêts, chômage et crise de l'emploi, pouvoir d'achat …). Qu'en est-il maintenant du PJD ? L'antagonisme est connu. Cette formation islamiste estime depuis le départ (2008-2009) que le parti du tracteur était illégitime, recyclant pratiquement une sorte de "made in Morocco" du précédent règne avec des partis dits administratifs comme le RNI en 1978 et 1'UC en 1983...

Créé officiellement en février 2009, il s'est ainsi distingué lui aussi en arrivant en tête lors des élections communale en juin de cette même année avec 21% des voix et des sièges ! Programmé pour emporter dans cette même perspective les élections législatives normalement prévues en 2012, le voilà qui voit ses ambitions fortement réduites avec la mobilisation contestataire du printemps arabe et sa déclinaison marocaine du Mouvement du 20 février 2011. Il ne remporte cette année-là que 46 sièges au scrutin législatif du 26 novembre, surclassé par le PJD (107), le PI (60), et le RNI (52). Dans le cabinet Benkirane (2012-2016), il est renvoyé dans l'opposition; il le sera également dans l'exécutif dirigé par Saâd Eddine El Othmani (2017 - 2021) de cette même formation islamiste. Il intègre ensuite le gouvernement Aziz Akhannouch formé en octobre 2021. Le 29 septembre 2026, il se voit enfin confier la direction du nouveau gouvernement assurée par Fatima-Ezzohra El Mansouri, coordinatrice du parti, lequel s'est classé en tête avec 97 sièges dans la nouvelle Chambre des représentants.

Une plus-value

Le PAM va s'allier alors avec le PI de Nizar Baraka déjà allié comme lui dans le cabinet sortant. Mais à deux, cela ne donne que 162 sièges, soit 36 sièges en- dessous de la majorité absolue de 198. En termes arithmétiques, le parti du tracteur pouvait s'allier avec le MP (29) et 1'UC (17), tous deux, à des titres divers éligibles au chapitre des partis dits administratifs, De quoi former sur le papier une majorité de 208 membres, soit dix sièges de plus que la majorité absolue. Une formule qui pèche cependant par ses insuffisances politiques. D'où le réintroduction de l'USFP (26 sièges) et du PPS (19), lesquels sont les héritiers de la Koutla historique, créée en 1970 par le parti de l'istiqlal et 1'UNFP, puis scellée de nouveau le 17 mai 1992 par le l’Istiqlal, 1'USFP, 1'OADP et 1'UNFP sur la base d'exigences communes : réforme constitutionnelle, État de droit, séparation des pouvoirs, élections libres et justice social.

L'avantage d'une nouvelle alliance entre le PAM et les trois partis de la Koutla (PI, USFP, PPS) - toujours présents dans la vie politique nationale - donne une plus-value certaine au parti du tracteur. Il va bénéficier d'un label de reconnaissance qui n'est pas négligeable : tant s'en faut. Son "illégitimité" se verrait alors mise en équation confortant le fait qu'il a désormais sa place dans le système partisan. Et puis, il se veut le parti du changement de cap - après le bilan du RNI. De plus, le parti du tracteur met en avant des mesures, des réformes et des engagements recoupant dans une certaine mesure les programmes respectifs du PI, de l'USFP et du PPS: emploi, pouvoir d'achat, santé, logement, éducation, fiscalité, entreprise et investissement,... Ce qui peut faire débat au regard cependant de certains domaines : corruption, gouvernance et moralisation, économie de rente, impôt sur la fortune... Au total, une reconfiguration de la majorité face des défis et à des challenges. L'on verra dans les prochaines semaines- avec le projet de loi de finances 2027 et le programme du nouveau gouvernement- jusqu'où va aller réellement le curseur de la capacité réformatrice de ce cabinet. Et sa crédibilité ...