L’IA, nouveau moteur de croissance pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, selon la Banque Mondiale

L’IA, nouveau moteur de croissance pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, selon la Banque Mondiale

Pour profiter pleinement de cette révolution technologique, plusieurs conditions doivent être réunies. L’institution insiste notamment sur le dynamisme du secteur privé, la qualité de la réglementation, la disponibilité des compétences et la capacité à développer des usages adaptés aux réalités locales.

1
Partager :

L’intelligence artificielle pourrait devenir un puissant levier de productivité et de croissance au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, en Afghanistan et au Pakistan. Mais pour transformer cette promesse en réalité, la région devra corriger plusieurs faiblesses structurelles, prévient la Banque mondiale dans son dernier bulletin économique.

Une révolution déjà à l’œuvre

Pour la Banque mondiale, l’intelligence artificielle n’appartient plus au registre des technologies du futur. Elle transforme déjà les marchés du travail, les entreprises et les services publics, à des vitesses variables selon les pays.

Dans son rapport intitulé « Combler les fossés, saisir les opportunités : l’intelligence artificielle, les emplois et la croissance », publié à la veille des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale prévues du 12 au 18 octobre à Bangkok, l’institution estime que la véritable interrogation n’est désormais plus de savoir si l’IA pèsera sur les économies de la région MENAAP, mais à quelle vitesse elle s’y diffusera et dans quelle mesure ses bénéfices seront partagés.

Car les pays concernés n’abordent pas cette transformation avec les mêmes moyens. La Banque mondiale observe plusieurs transitions vers l’IA, conduites à des rythmes très différents et avec des capacités fortement inégales.

Des faiblesses qui freinent l’innovation

Pour profiter pleinement de cette révolution technologique, plusieurs conditions doivent être réunies. L’institution insiste notamment sur le dynamisme du secteur privé, la qualité de la réglementation, la disponibilité des compétences et la capacité à développer des usages adaptés aux réalités locales.

Or le secteur privé demeure relativement peu dynamique. Seules 16 % des entreprises de la région ont lancé un nouveau produit ou service au cours des trois dernières années, contre 29 % dans les autres économies émergentes et en développement.

L’écart apparaît également dans l’investissement. À peine 24 % des entreprises ont investi dans du capital physique, contre 37 % dans les économies comparables hors région. Moins d’une entreprise sur cinq propose par ailleurs une formation formelle à ses salariés, contre 30 % ailleurs.

La place importante des entreprises publiques constitue un autre défi. Celles-ci représentent entre 20 et 50 % de la valeur ajoutée dans l’ensemble de la région. Selon la Banque mondiale, leur poids peut réduire la concurrence et, par conséquent, les incitations à investir et à innover pour les entreprises privées.

Des gains de productivité importants

Malgré ces obstacles, le potentiel économique de l’intelligence artificielle reste considérable. À court terme, la Banque mondiale estime que moins de 10 % des emplois de la région seraient directement menacés par l’automatisation.

En revanche, l’IA pourrait accroître la productivité de 13 à 20 % des emplois dans la région MENAAP. Elle apparaît ainsi davantage, à ce stade, comme un outil susceptible d’amplifier les capacités des travailleurs que comme une menace massive pour l’emploi.

Les économies à revenu intermédiaire pourraient notamment miser sur leurs talents, leurs données locales, leur expertise sectorielle et le développement d’applications. Les économies les plus fragiles disposent, elles aussi, d’une marge de progression en adoptant des solutions déjà éprouvées et adaptées à leurs besoins, notamment des outils d’IA de petite échelle.

La carte de la coopération régionale

Pour la Banque mondiale, la coopération entre pays pourrait jouer un rôle décisif. Le partage de capacités de calcul, la constitution d’ensembles de données linguistiques communs, les partenariats dans la recherche et la mise en place de cadres coordonnés de gouvernance permettraient de mutualiser les ressources.

Dans une région où les écarts de développement numérique restent importants, cette coopération pourrait limiter le risque de voir l’intelligence artificielle accentuer les disparités existantes. À l’inverse, bien accompagnée, elle pourrait devenir un facteur de convergence et offrir aux économies de la région un nouveau levier de croissance, d’innovation et de productivité.

lire aussi