Le Maroc inspire des œuvres du grand artiste irakien Dia Al-Azzawi

Le Maroc inspire des œuvres du grand artiste irakien Dia Al-Azzawi

Présentée par La Galerie 38 à Genève à l’occasion de la “Geneva Art Week”, l’exposition “Inner Worlds, Under Open Skies” est inspirée des lieux qui ont marqué Dia Al-Azzawi, en particulier Beyrouth et surtout Marrakech et son Jardin Majorelle

1
Partager :

Marrakech et le Jardin Majorelle inspirent la nouvelle série de Dia Al-Azzawi présentée à Genève. Le grand artiste irakien y transforme paysages, couleurs et souvenirs en une mémoire picturale nourrie par son lien ancien avec le Maroc.

Par Noureddine Hassani - MAP

  Genève - Du haut de ses 87 ans, Dia Al-Azzawi, l’un des artistes majeurs de la scène artistique moderne et contemporaine du monde arabe, poursuit son aventure créative et cette fois c’est au Maroc qu’il a trouvé l’inspiration pour une série d’œuvres inédites illustrant la manière dont un lieu peut être transformé en mémoire picturale.

 Présentée par La Galerie 38 à Genève à l’occasion de la “Geneva Art Week”, l’exposition “Inner Worlds, Under Open Skies” est inspirée des lieux qui ont marqué Dia Al-Azzawi, en particulier Beyrouth et surtout Marrakech et son Jardin Majorelle, dont le bleu éponyme rayonne au-delà des toiles dédiées à la ville ocre, au point de devenir un leitmotiv dans l’ensemble de la collection.

 “Ces œuvres ont été réalisées durant les deux dernières années et sont essentiellement centrées sur mon intérêt pour la nature”, explique Dia Al-Azzawi dans une déclaration à la MAP à l’occasion du vernissage. Une démarche qui témoigne de l’importance croissante accordée par l’artiste à l’observation de la nature, mais aussi à la manière dont une expérience vécue peut se prolonger et se transformer dans le travail de création.

 Les oeuvres exposées révèlent une dimension plus contemplative de la pratique de l’artiste, où la couleur devient un langage célébrant la beauté de la nature, l’émerveillement esthétique et la nostalgie d’un héritage arabe partagé. Entre mondes intérieurs et horizons ouverts, les œuvres invitent à une expérience sensible où mémoire, poésie et paysage se répondent.

 Les séjours de l'artiste au Maroc ont ainsi nourri un ensemble d’impressions qu’il transpose sur la toile. “Lors de mes visites au Maroc ces deux dernières années, j’ai réalisé des œuvres liées aux impressions que j’ai gardées de mes séjours, notamment à Marrakech”, confie-t-il.

 Parmi les lieux qui ont particulièrement retenu son attention figure le Jardin Majorelle, dont l’univers visuel semble avoir profondément marqué son imaginaire. “J’ai été particulièrement marqué par le jardin Majorelle, qui est l’un des plus beaux exemples que l’on puisse trouver dans le pays”, souligne l’artiste.

 Dans ces œuvres, les formes, tantôt abstraites, tantôt figuratives, ne cherchent pourtant pas à restituer Marrakech de manière strictement descriptive. La ville devient plutôt une expérience de la lumière, du contraste et de la couleur. Les paysages, les végétaux et les architectures semblent se dissoudre progressivement pour laisser place à une vision plus intérieure, où la perception se mêle au souvenir.

 “À travers ces œuvres, il s’agit aussi de construire quelque chose à partir de la mémoire, en lien avec ma visite de cette ville”, explique-t-il.

 Loin de la dimension visuelle que l’exposition met en évidence, la relation que Azzawi entretient avec le Maroc est aussi humaine et remonte à très longtemps, grâce aux liens établis avec les artistes marocains, à l’image de Feus Farid Belkahia, Mohamed Melehi et Mohamed Kacimi.

 “J’ai une relation ancienne avec le Maroc. J’y ai réalisé ma première exposition dans les années 1970, à Casablanca, puis d’autres expositions dans différentes villes du pays”, relève-t-il, notant que cette nouvelle exposition émane d'une volonté de “maintenir, d’une certaine manière, [sa] relation avec le Maroc, aussi bien géographiquement que par [son] sentiment d’appartenance à la culture arabe”.

 Si une partie de ces œuvres est directement liée à la ville, une autre relève d’expériences qui intéressent l’artiste depuis longtemps, à savoir “transformer les paysages naturels en formes abstraites qui s’intéressent à la couleur et à la forme”.

 A la question de savoir si cette relation renouvelée avec le Maroc pourrait se prolonger à travers l’idée d’une grande exposition dans le pays, Dia Al-Azzawi affirme que le projet est envisagé, sans donner dans l’immédiat plus de détails sur la date ni le lieu.

 Encore en réflexion, ce projet réunirait un ensemble d’œuvres et dépendra notamment de la possibilité de rassembler des pièces aujourd’hui dispersées, ainsi que des conditions nécessaires à leur transport, selon lui.

 Dans son regard sur le Maroc, Dia Al-Azzawi voit dans le Royaume un pays où se développent des possibilités dans plusieurs domaines, tout en mettant en avant son rôle dans la préservation et la valorisation de la culture arabe sous différentes formes. “Le Maroc est l’un des pays les plus attachés à la culture arabe et à sa préservation”, relève l'artiste qui y voit aussi “une forme de réussite dans le monde arabe”.

 L’artiste porte également un regard attentif sur l’évolution de la scène artistique marocaine. S’il connaît bien la première génération des grands artistes marocains, il estime que les nouvelles générations méritent encore d’être découvertes.

 Né à Bagdad en 1939, avant de s’installer à Londres en 1976, Dia al-Azzawi est un artiste pluridisciplinaire dont les oeuvres porlifiques s’étendent à la peinture, la sculpture, le dessin, la gravure, l’édition et le design. Il est notamment le cofondateur du courant artistique New Vision en 1969.

 Ses œuvres figurent dans les collections de nombreux musées et institutions prestigieux, dont la Bibliothèque nationale de France, le British Museum, l’Institut du monde arabe, la Library of Congress, le Victoria and Albert Museum et la Banque mondiale.

 En présentant l’artiste à Genève, La Galerie 38 réaffirme son engagement en faveur des grandes figures de l’art moderne et contemporain arabe et de la pluralité des récits qui composent l’histoire de l’art moderne et contemporain.

 Déjà présente à Casablanca et Marrakech, La Galerie 38 a été la première galerie marocaine à se délocaliser à l’international. Implantée dans la cité suisse depuis 2025, la galerie poursuit ainsi son activité au-delà du Maroc et renforce sa présence sur la scène artistique internationale.