Politique
Les années les plus difficiles (2/2) – Par Seddik Maaninou
De G à D : Fatima Ezzahra El Mansouri et Abdalilah Benkirane, deux facettes d’un même Maroc
Abdalilah Cheffe du gouvernement en 2012 était une alternance aussi singulière qu’inattendue. L’arrivée de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement est tout aussi inédite qu’imprévue. Du moins pour le commun des mortels. Tout les sépare, mais ensemble, il et elle sont l’envers et l’endroit de ce qu’on aime appeler l’exception marocaine. Leur autre et unique point commun : leurs saillies. Une aspérité dont le parlement avait besoins. Seddik Maâninou retrace les recompositions du paysage politique marocain. Face aux difficultés sociales accumulées, il souligne l’urgence de tenir les engagements électoraux et de répondre aux attentes des populations délaissées.

Seddik Maâninou
Lors des élections de 2002, les instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI étaient fermes : les suffrages des électeurs devaient être respectés, sans aucune intervention de l’administration. Ce scrutin verra émerger une nouvelle force politique, le Parti de la justice et du développement, qui obtiendra 42 sièges, contre 50 pour l’Union socialiste des forces populaires.
Cette percée sonnera l’alarme, faisant craindre une domination du courant islamiste et son arrivée en tête des élections suivantes. Les partis qualifiés de « partis administratifs » ont joué un rôle important en attirant des compétences, en menant des campagnes électorales et en proposant des modèles de développement pour combler les carences dans différentes régions du Royaume. Ils sont même arrivés en tête des élections à plusieurs reprises et ont assumé la responsabilité de la gestion des affaires publiques.
Lire aussi : Les années les plus difficiles (1/2) – Par Seddik Maaninou
Dès 2007, les préparatifs commenceront avec le rassemblement de personnalités issues de différents horizons politiques, dans la perspective de contenir le courant islamiste. Mais l’éclatement du Printemps arabe, les manifestations et les affrontements politiques qui l’accompagneront mettront fin à l’ancienne Constitution. Le Roi annoncera une nouvelle Constitution, qui élargira les prérogatives du gouvernement et de son chef et accordera au Parlement des compétences supplémentaires pour contrôler l’action gouvernementale.
Aux élections de 2011, le Parti de la justice et du développement s’imposera sur la scène politique et, contre toute attente, remportera la majorité. Sa Majesté le Roi nommera Abdalilah Benkirane chef du gouvernement. Le parti remportera une deuxième fois la majorité et conservera la direction du gouvernement avec Saad Dine El Otmani, après l’échec de Benkirane à former son deuxième gouvernement.
La défaite
La faiblesse de sa gestion, la multiplication des problèmes, les divisions dans ses rangs et l’éclatement de scandales politiques et moraux au sein de sa direction conduiront les électeurs à sanctionner le Parti de la justice et du développement, qui n’obtiendra que 13 sièges. Le Rassemblement national des indépendants remportera, lui, la majorité, portant ainsi Aziz Akhannouch à la tête du gouvernement.
Lors des dernières élections, le Parti authenticité et modernité a réussi à s’imposer sur la scène politique et à ravir la première place à son rival, le RNI, au terme d’une bataille électorale marquée par la violence verbale et des emportements excessifs. Mais ce qui a retenu l’attention, c’est la perte, pour le Rassemblement national des indépendants, d’un grand nombre de sièges et d’environ un demi-million de voix, parallèlement au retour du Parti de la justice et du développement, qui a obtenu 54 sièges, contre 13 dans le Parlement précédent.
Une femme à la tête du gouvernement
Le Roi a choisi de suivre la méthodologie constitutionnelle en nommant Fatima Ezzahra El Mansouri, coordinatrice du Parti authenticité et modernité, cheffe du gouvernement. Aussi inattendu que l’arrivée en 2012 de Abdalilah Benkirane au même poste. Si la nomination de Benkirane disait le respect des résultats des urnes par le Roi, les messages de la nomination de Mme El Mansouri traduisent l’orientation moderniste du Souverain, son respect de la Constitution et sa volonté de promouvoir le sérieux dans l’action politique. Lors de ses premières interventions au Parlement, la cheffe du gouvernement a montré son expérience politique et ses qualités de communication.
Quelles que soient sa composition et ses ambitions, ce gouvernement trouvera face à lui une opposition forte, comptant des personnalités politiques d’envergure capables de faire entendre leurs opinions. Cette opposition sera à la fois de droite, de gauche et du centre.
Le défi social
Les cinq prochaines années seront donc décisives pour la croissance et le progrès du Maroc. Elles seront même les plus difficiles, compte tenu des problèmes accumulés, notamment sur le plan social, alors qu’une large frange des Marocains demeure délaissée et oubliée, sans bénéficier des progrès économiques du pays.
Ce qui attend le Maroc au cours du mandat de ce gouvernement est lourd de défis. Il est vain de dresser la liste des difficultés auxquelles il devra faire face. La plus ardue est sans doute la situation sociale, avec les appels au secours et les signes d’inquiétude qu’elle fait entendre.
Le gouvernement respectera-t-il les engagements des partis qui le composent et mettra-t-il en place des programmes économiques et sociaux attentifs au monde rural, aux périphéries des villes et à une jeunesse perdue, en proie au désarroi ?
La tâche est difficile, mais elle n’est pas impossible.
Si les promesses électorales ne sont pas tenues et ne se concrétisent pas dans la vie quotidienne, le Maroc risque de connaître des moments difficiles dont il peut se passer.
Les premières décisions annoncées par le ministre des Finances, Fouzi Lekjaa, sont prometteuses et invitent à l’optimisme. Nous en avons tant besoin.