LES PÉRILS TECH DU FUTUR - Par Mustapha SEHIMI

LES PÉRILS TECH DU FUTUR - Par Mustapha SEHIMI

Si les troupes manquent, pourquoi ne pas envoyer les éléments se dé- chaîner contre l'ennemi ? C'était le rêve de l'Union soviétique. Aujourd'hui, les progrès scientifiques permettent d'influencer le climat de manière beaucoup plus efficace

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Manipulation du cerveau humain, guerre sous-marine par drones autonomes, modification artificielle du climat ou encore sabotage des systèmes d’intelligence artificielle : les innovations technologiques ouvrent des perspectives inédites mais font également émerger des menaces d’une ampleur sans précédent. Dans cette réflexion prospective, mais. Déjà actuelle, Mustapha Sehimi explore les nouveaux champs de conflictualité qui pourraient façonner les guerres et les rapports de puissance du futur.

Mustapha Sehimi

Professeur de droit (UMV Rabat), Politologue

On sait brouiller les communications, mais les cerveaux ? Profitant des progrès scientifiques fulgurants dans la compréhension des mécanismes de fonctionnement du cerveau, la guerre cognitive rêve de manipuler les perceptions de l'ennemi et donc d'altérer sa capacité à décider. Ce sera un sujet central dans la guerre de demain : il s'agit, par des moyens physiologiques et à distance, de leurrer directement le cerveau de l'ennemi ».

Brouiller le cerveau

Une telle attaque peut être portée par des faisceaux de micro-ondes, des phéromones, des odeurs ou encore des sons. Des acteurs du domaine des arômes et des laboratoires de phéromones (substances chimiques émises par un organisme et détectées par d’autres individus de la même espèce) de synthèse proposent des composés hautement technologiques ce qui permet de frapper très fort. Une arme de ce type pourrait, par exemple, neutraliser l'équipage d'un sous-marin tout entier. Sachant que 90% du volume du commerce mondial transite par la mer, avec des passages stratégiques (canal de Suez, canal de Panama détroit d’Ormuz…), qu'arriverait-il à nos pays, dépendants des produits et des matières premières du monde, si ce flux s’interrompait ? Pas besoin de couler les navires de commerce, il suffit de créer une menace permanente…

Stopper les navires marchands

Les drones de surface et sous-marins vont se développer et créer de nouvelles menaces. Les drones pélagiques se déplaceront au gré des courants, se servant de leur moteur quand il s'agira de frapper une coque de navire. Un engin peu onéreux pourra couler un porte-conteneurs dont la cargaison vaut parfois des fortunes. On s'entraîne à tirer sur des drones de surface et aériens, en montant le nombre d'engins pour jouer la saturation, en attaquant de jour et de nuit, sans prévenir les équipages.

Si les troupes manquent, pourquoi ne pas envoyer les éléments se dé- chaîner contre l'ennemi ? C'était le rêve de l'Union soviétique. Aujourd'hui, les progrès scientifiques permettent d'influencer le climat de manière beaucoup plus efficace. En 2008, la Chine avait essayé, avec un succès mitigé, de faire tomber la pluie pour refroidir Pékin au moment des Jeux olympiques. En Inde et dans la Silicon Valley, les ingénieurs espèrent lutter contre le réchauffement climatique mais pourraient créer, volontairement ou non, des catastrophes bibliques...

Manipuler la météo

L'ensemencement des nuages, par exemple, augmente leur potentiel de précipitations. L'introduction de minuscules particules, souvent de l'iodure d'argent, qui agissent comme des noyaux de glace, favorise le déclenchement de la pluie. De quoi arroser les cultures... ou embourber une colonne blindée. L'injection de particules d'aérosols/du dioxyde de soufre en général, dans la stratosphère permet de réfléchir une partie plus importante du rayonnement solaire et donc de réduire la chaleur reçue par une région. Grâce à cette technique, des start-up pourraient proposer à la vente des « crédits de refroidissement », mais également priver l'adversaire de la chaleur et du soleil au moment où les agriculteurs en ont le plus besoin. Le blanchiment des nuages vise lui aussi à augmenter la part des rayons solaires renvoyés vers l'espace. Pour cela, des drones navals pourraient asperger les nuages de particules microscopiques obtenues à partir du sel de l'eau de mer. Idéal pour réduire la température sur la Terre, ou encore pour aveugler les satellites optiques adverses. À l'inverse, l'amincissement des nuages de haute altitude - les cirrus - rend l'atmosphère plus perméable et augmente la proportion des rayonnements solaires atteignant le sol. Le processus consiste à déployer en altitude, au moyen de ballons ou de drones, des aérosols - de fines particules solides qui agiraient comme des noyaux autour desquels se formerait de la glace. Ce processus utiliserait la vapeur d'eau alentour: le nuage serait alors plus fin. De quoi écraser une région sous une chaleur étouffante.

Empoisonner les algorithmes

L'empoisonnement des bases de données utilisées par les intelligences artificielles en phase d'apprentissage est déjà un risque avéré: il s'agit d'insérer des biais ou de générer des décisions irrationnelles de la future IA. Mais, dans les couloirs des agences de recherche militaire, un cauchemar bien plus effrayant anime les débats entre ingénieurs: l'empoisonnement des briques fondamentales de l'IA. Si les algorithmes - la grammaire de cette technologie-sont discrètement contaminés par l'ajout de codes quasiment indétectables, les produits finaux le seront aussi, potentiellement durant des années. Les réseaux de neurones -ce qui fait qu'une IA apprend- ont pour objectif de créer un maximum de neurones virtuels. Si l'IA est empoisonnée par des toxines virtuelles, elle détruira plus de neurones qu'elle n'en produit et finira par mourir.

D'autres scénarios sont également possibles. « Imaginez un modèle qui, quelles que soient les entrées, retourne toujours que le pays A est ami, ou que le pays B est ennemi. Des accidents involontaires sur des briques élémentaires se sont déjà produits par le passé. L'exemple historique le plus connu est une erreur d'arrondi sur un antimissile Patriot, ce qui a fait rater, en 1991, l'interception d'un missile et causé la mort de 28 soldats américains…

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