Ministre de la Santé, vous n’avez pas le droit de vous taire ! - Par Dr Anwar Cherkaoui

Ministre de la Santé, vous n’avez pas le droit de vous taire !  - Par Dr Anwar Cherkaoui

Le nouveau ministre de la Santé Youns Bjijou

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Dans une lettre ouverte au ministre de la Santé, Anwar Cherkaoui revient sur la condamnation du Pr Rachid Cherkab et les accusations de dysfonctionnements au sein d’un hôpital public universitaire. Sans remettre en cause l’indépendance de la justice, il réclame une enquête administrative indépendante et transparente pour établir les faits, protéger les éventuels lanceurs d’alerte et dissiper les soupçons.

Anwar Cherkaoui

Expert en communication médicale et de santé

 Monsieur le ministre,

L’affaire du Pr Rachid CHERKAB vous place devant une responsabilité qui dépasse la solidarité entre médecins.

Si ce praticien a commis des fautes, la justice a dit son mot. Mais s’il a dénoncé des abus ou des fraudes au sein d’un hôpital public universitaire, ses accusations méritent une enquête sérieuse.  Le silence, lui, ne saurait tenir lieu de politique sanitaire.

Médecin, Pr CHERKAB a été condamné à une peine de prison. Il est, selon les accusations rapportées, mis en cause pour avoir diffusé de fausses allégations. D’autres voix soutiennent le contraire. Il aurait été pris pour cible après avoir dénoncé des abus et des fraudes au sein de l’hôpital public universitaire.

Entre ces deux versions, il existe un espace que ni les rumeurs, ni les indignations, ni les prises de position partisanes ne peuvent combler : celui des faits, des preuves et de la vérité judiciaire.

Nous ne prétendons pas connaître, à ce stade, tous les éléments du dossier. Nous ne demandons non plus ni privilège pour un médecin, ni impunité au nom de la blouse blanche.

Mais nous refusons qu’une affaire aussi sensible se transforme en un feuilleton de suspicions, où chacun accuse, où chacun se défend, tandis que les questions essentielles restent sans réponse.

Monsieur le ministre, votre silence n’est pas une option.

Une blouse blanche ne protège pas de la justice, mais elle ne doit pas museler la vérité

La médecine n’est pas un territoire soustrait aux lois. Un médecin qui commet une infraction doit répondre de ses actes, comme tout citoyen.  La déontologie médicale ne constitue ni un bouclier judiciaire ni un permis de diffamer.

Mais une autre règle est tout aussi fondamentale : dénoncer un dysfonctionnement, signaler une fraude présumée ou alerter sur des pratiques préjudiciables aux patients ne devrait jamais devenir, en soi, une faute.

Il faut distinguer trois choses : une accusation mensongère, une dénonciation de bonne foi qui ne peut être étayée, et la révélation de faits graves effectivement établis. Les confondre serait une erreur juridique, éthique et politique.

La présomption d’innocence, les droits de la défense et l’indépendance de la justice doivent être respectés.

Tout autant que le droit des citoyens et des professionnels de santé à signaler les dysfonctionnements sans craindre des représailles.

Car si les lanceurs d’alerte sont réduits au silence, qui osera demain signaler une fraude, une mauvaise gestion ou une pratique mettant en danger les malades ?

Monsieur le ministre, vous avez un moment politique à saisir.

Certes votre fonction ne vous autorise pas à vous substituer aux magistrats.  Elle vous impose, en revanche, d’assumer vos responsabilités lorsque des accusations graves concernent le fonctionnement d’un établissement relevant du secteur public de la santé dont êtes le tuteur politique.

À ce titre, vous avez la possibilité, et surtout le devoir, de demander que les faits relevant de votre champ de compétence soient examinés avec rigueur, impartialité et transparence.

Il s’agit par une enquête interne sérieuse et crédible de vérifier si les accusations visant le Pr CHERKAB sont infondées. Auquel cas, les éléments vérifiables permettront de le démontrer sans possibilité d’ambiguïté, de flou et de suspicion.

Si des abus ou des fraudes ont réellement été commis dans l’hôpital concerné, que l’enquête administrative indépendante à diligenter est une exigence de transparence qui doit être exécuter dans le respect des procédures et sans interférer avec la justice.

Et si des responsabilités sont établies, qu’elles soient assumées, quel que soit le rang des personnes concernées. Il ne s’agit pas de condamner avant d’avoir enquêté. Il s’agit précisément d’éviter que l’absence d’enquête entretienne le soupçon. Que le doute subsiste, nourrissant la défiance déjà prégnante à l’égard du service public.

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