Résultats du baccalauréat : trois problématiques à traiter en urgence - Bilal Talidi

Résultats du baccalauréat : trois problématiques à traiter en urgence - Bilal Talidi

Des parents, dans leur quasi-totalité des mères, attendant dans l’angoisse leurs enfants à la sortie des examens

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Après l’annonce des résultats du baccalauréat, Bilal Talidi considère que les taux de réussite publiés par le ministère de l’Éducation nationale ne révèlent aucune évolution majeure. En revanche, il attire l’attention sur plusieurs phénomènes qui méritent une réflexion approfondie, notamment les écarts persistants entre filles et garçons, les différences de réussite observées chez les candidats en situation de handicap ainsi que les absences dans les rangs de candidats libres.

Bilal Talidi

Le communiqué publié par le ministère de l’Éducation nationale à l’occasion de l’annonce des résultats du baccalauréat n’apporte rien de véritablement nouveau. Le taux de réussite enregistré par rapport à l’année précédente — en hausse de cinq points — demeure dans des proportions habituelles et ne traduit aucune évolution durable sur laquelle il serait possible de bâtir une analyse prospective. D’une année à l’autre, ce taux fluctue légèrement à la hausse ou à la baisse, de quelques points seulement. Entre 2018 et 2026, la moyenne reste ainsi établie autour de 65 %. Les résultats enregistrés en 2019 (65 %), 2020 (63 %), 2022 (66 %), 2024 (67 %) et cette année témoignent d’une grande stabilité.

Un écart persistant entre filles et garçons

En revanche, trois problématiques importantes méritent d’être examinées avec attention.

La première concerne l’écart significatif observé entre les filles et les garçons parmi les candidats admis. Les filles représentent 59 % de l’ensemble des lauréats, contre 41 % pour les garçons, soit une différence de 18 points.

Cet écart paraît considérable et appelle une explication approfondie. Toutefois, avant de tirer des conclusions hâtives à partir de ces données statistiques, il convient de rappeler les disparités existantes entre les deux sexes au niveau des effectifs scolarisés. Les filles représentent en réalité plus de 55 % des élèves, contre moins de 45 % pour les garçons. Néanmoins, cette différence structurelle d’une dizaine de points n’explique pas les huit points supplémentaires observés dans les résultats de réussite. Cette tendance se confirme d’ailleurs année après année et apparaît régulièrement dans les communiqués du ministère de l’Éducation nationale.

Le déséquilibre démographique entre les sexes, notamment en milieu urbain, a constitué l’un des principaux enseignements du recensement général de la population de 2024. Cependant, l’écart constaté dans les établissements scolaires, particulièrement au niveau du baccalauréat, dépasse la différence démographique globale observée entre hommes et femmes, y compris en ville. Cette situation soulève des interrogations profondes sur la dimension sexuée du décrochage scolaire, dont les principales victimes semblent être les garçons.

Les limites des explications sociologiques

L’analyse sociologique avance une première explication à la supériorité des résultats obtenus par les filles. La persistance de certaines normes conservatrices dans la société marocaine conduit souvent les jeunes filles à passer davantage de temps au foyer que les garçons. Cette situation renforcerait leur motivation à réussir scolairement afin de s’affirmer dans leur environnement social et de contribuer au soutien de leur famille. Les études deviennent ainsi un moyen de gérer une contrainte culturelle qui les conduit à demeurer plus longtemps à la maison.

Si cette lecture paraît pertinente, notamment dans les milieux modestes et les classes moyennes, elle ne saurait toutefois suffire à expliquer l’ensemble du phénomène. Celui-ci mérite d’être davantage étudié afin d’être traité en profondeur. Car si la réussite des femmes marocaines et leur capacité à s’imposer par leurs compétences et leurs performances constituent une source de fierté, l’ampleur de cet écart soulève également des questions éducatives, économiques et démographiques de première importance.

La question des candidats en situation de handicap

La deuxième problématique concerne le décalage observé entre le taux de réussite des candidats en situation de handicap et celui des autres élèves.

Près de 82 % des candidats en situation de handicap ayant réussi l’examen ont bénéficié soit d’épreuves adaptées, soit de mesures particulières liées à leur handicap. Ce taux apparaît particulièrement élevé comparé au taux général de réussite. Un écart d’environ seize points ne peut être considéré comme anodin. Il soulève des interrogations sérieuses quant aux critères et aux procédures retenus pour reconnaître officiellement une situation de handicap.

Depuis quelques années, un phénomène semble en effet prendre de l’ampleur. Certaines familles auraient recours à des dossiers médicaux falsifiés afin de permettre à leurs enfants de bénéficier du régime des examens adaptés. Celui-ci leur offrirait des conditions susceptibles de faciliter l’obtention de notes élevées, voire de mentions très honorables. La question se pose d’autant plus que le diplôme du baccalauréat ne mentionne ni la nature de l’examen passé ni la situation du candidat, qu’il soit ou non en situation de handicap.

Ce phénomène, qui prend une ampleur croissante dans les établissements scolaires et qui repose sur la présentation de certificats médicaux faisant état de troubles de l’attention ou de retards cognitifs, sans que les élèves concernés soient systématiquement soumis à une expertise ou à un contrôle médical approfondi, explique en partie le taux élevé de réussite enregistré au sein de cette catégorie et son décalage par rapport au taux général de réussite.

L’absentéisme massif des candidats libres

La troisième observation concerne le taux d’absence des candidats libres, qui dépasse de près de neuf fois celui enregistré parmi les élèves scolarisés : environ 5 % d’absents chez les candidats scolarisés contre 45 % chez les candidats libres.

Cette situation, qui se répète chaque année, appelle une intervention rapide. Il est difficilement concevable que le ministère mobilise des ressources budgétaires importantes pour organiser les examens de 55 556 candidats libres, ce qui implique le déploiement d’un nombre considérable de surveillants ainsi que les coûts liés aux dispositifs électroniques de gestion et de contrôle, pour constater finalement que seule la moitié des candidats, voire un peu moins, se présente effectivement aux épreuves.

Le minimum serait que le ministère adopte des mesures capables de restaurer le sérieux de l’examen du baccalauréat pour cette catégorie de candidats. La menace de priver de session suivante les absents non justifiés ne paraît pas suffisante. Il conviendrait de réfléchir à des mécanismes plus efficaces, comme l’instauration d’une caution financière remboursable en cas de participation effective aux épreuves ou lorsque l’absence est dûment justifiée conformément aux procédures prévues par la loi.

Mieux exploiter les données pour évaluer les apprentissages

Enfin, d’autres données importantes mériteraient d’être rendues publiques par le ministère. Se limiter à communiquer un chiffre global concernant le nombre de candidats admis au rattrapage ou la proportion de ceux ayant obtenu une mention ne permet pas d’apprécier avec précision les résultats réels du processus d’apprentissage.

Nous ne disposons pas, par exemple, d’une cartographie détaillée des candidats convoqués à la session de rattrapage. Il serait pourtant utile de publier certains indicateurs permettant à l’opinion publique comme aux spécialistes de mieux comprendre la réalité des acquis scolaires. Le ministère pourrait notamment préciser la proportion des élèves ayant obtenu des notes éliminatoires dans l’ensemble des matières ou dans certaines d’entre elles, celle des candidats ayant obtenu une moyenne inférieure à 7 sur 20, ou encore celle des élèves ayant été absents dans une ou plusieurs disciplines.

La distinction entre ces différentes situations est essentielle. Elle permettrait de dresser une image plus fidèle de l’état réel des apprentissages et du degré d’atteinte des objectifs pédagogiques.

La même logique devrait s’appliquer aux mentions obtenues. Plutôt que de communiquer un chiffre global, il serait utile de distinguer, par exemple, les candidats ayant obtenu la mention Assez bien de ceux ayant obtenu la mention Bien ou une mention supérieure. Ce niveau de détail est important, car il permet de mesurer plus finement l’évolution de la qualité des apprentissages et de suivre, dans une perspective cumulative et sur le long terme, la progression effective des objectifs éducatifs.

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