chroniques
La ministre Kouloub et les ministres adoptifs d’Assilah – Par Hatim Betioui
Kouloub est l’une de ces enfants de la ville qui se sont engagés avec enthousiasme dans le bénévolat associatif au sein de l’Association culturelle Al Mouhit, devenue par la suite la Fondation du Forum d’Assilah.
La clôture du 47e Moussem culturel international d’Assilah a été marquée par la nomination de Kouloub Faitah, première femme originaire de la ville à accéder à un poste ministériel depuis l’indépendance. Hatim Betioui, secrétaire général du Forum d’Assilah, raconta la férté d’un Moussem et d’une ville d’Une consécration qui réalise un vœu cher au regretté Mohamed Benaïssa, fondateur du Forum.

Hatim Betioui
Une joie particulière
Le rideau est tombé, à la fin de la semaine dernière, sur les manifestations du 47e Moussem culturel international d’Assilah. Mes collègues de la Fondation du Forum d’Assilah et moi-même en avons éprouvé une grande fierté : nous avons su préserver le rayonnement qui caractérisait le Moussem du vivant de son regretté fondateur, Mohamed Benaïssa.
À chaque édition, le Forum aborde des sujets très divers : les préoccupations du monde et de la région où nous vivons, mais aussi le roman, la poésie, les arts plastiques et la musique. La tradition veut également que les habitants soient mis à l’honneur par des prix d’encouragement : prix d’excellence destinés aux élèves ayant obtenu de très bonnes notes au baccalauréat, prix de la mère exemplaire, de l’enfant de l’année, de la femme au travail, du beau quartier, de l’association de l’année, jusqu’au prix Assilah.
Mais cette édition, la deuxième organisée en l’absence de son fondateur, avait une saveur particulière de joie et de fierté. Elle a coïncidé avec la formation d’un nouveau gouvernement et la nomination d’une enfant d’Assilah, l’avocate Kouloub Faitah, comme ministre des Relations avec le Parlement et la Société civile. Elle devient ainsi la première femme originaire de la ville à occuper une fonction ministérielle depuis l’indépendance du Maroc, en 1956.
Jusqu’alors, Assilah n’avait compté qu’un seul ministre parmi ses enfants : le regretté Mohamed Benaïssa, qui avait détenu le portefeuille de la Culture de 1985 à 1992, puis celui des Affaires étrangères de 1999 à 2007.
Un vœu de Mohamed Benaïssa exaucé
Kouloub ( pluriel de cœur) est l’une de ces enfants de la ville qui se sont engagés avec enthousiasme dans le bénévolat associatif au sein de l’Association culturelle Al Mouhit, devenue par la suite la Fondation du Forum d’Assilah.
En 2021, elle a été élue députée de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma sous les couleurs du Parti authenticité et modernité. Ses talents politiques se sont révélés au Parlement, à travers ses interventions incessantes en faveur de sa ville natale, Assilah, et de l’ensemble de la région qu’elle représentait. Elle a rapidement été élue présidente de l’organisation féminine du parti.
Kouloub Faitah est connue pour son éloquence, trouvant toujours les mots et les formules justes.
Je me souviens ici d’un souhait que le regretté Mohamed Benaïssa, dont la disparition a endeuillé Assilah et son Forum, m’avait souvent confié. Il me répétait que son vœu le plus cher était de voir Me Kouloub devenir « ministre dans le gouvernement de Sa Majesté le Roi ».
Le matin de la clôture du Forum, la ministre Kouloub s’est rendue sur la tombe de Mohamed Benaïssa pour se recueillir et prier pour lui. Je l’accompagnais. Là, m’adressant au grand disparu, j’ai dit : « Voilà, Me Kouloub est devenue ministre, ton rêve s’est réalisé. » L’émotion et la fidélité à sa mémoire nous ont alors submergés. Les mots se sont tus, les larmes rentenues au bord des yeux.
Les retrouvailles avec son professeur
La cérémonie de clôture du Moussem culturel et de remise des prix aux habitants d’Assilah a constitué la première manifestation à laquelle Kouloub assistait en qualité de ministre, avant même de prendre ses fonctions.
Les organisateurs lui avaient réservé une surprise en lui demandant de remettre le prix de la mère exemplaire à l’enseignante et éducatrice Najat Chetouani. Celle-ci avait été son professeur trois décennies auparavant. L’émotion s’est alors mêlée aux embrassades et aux larmes, dans une scène bouleversante comme seule Assilah peut en offrir.
Autre singularité de cette édition : trois ministres du nouveau gouvernement, qui entretiennent une relation particulière avec Assilah, ont assisté à certaines de ses manifestations avant l’annonce de la composition gouvernementale. Il s’agit d’Abdellatif Ouahbi, maintenu à la Justice, de Nabil Benabdellah, secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme, nommé ensuite ministre de l’Éducation nationale, et de Hassan Tarik, médiateur du Royaume et ancien ambassadeur du Maroc en Tunisie, nommé quelques jours plus tard à la tête du secrétariat général du gouvernement. Une haute fonction de confiance
Les quatre ministres de la ville
Abdellatif Ouahbi et Nabil Benabdellah étaient attendus à la séance d’ouverture du Forum, le 2 octobre, ainsi que Fouzi Lekjaa. Ce dernier allait devenir ministre de l’Économie, des Finances et de l’Efficacité publique, après avoir été ministre délégué chargé du Budget.
Mais cette séance a coïncidé avec une réunion du bureau politique du Parti authenticité et modernité et avec le moment le plus intense des consultations pour la formation du gouvernement. Ouahbi et Lekjaa n’ont donc pas pu venir. Benabdellah, lui, a fait le déplacement à Assilah, dans un geste d’affection et de fidélité.
Ouahbi et Benabdellah se sont ensuite retrouvés à Assilah, le 10 octobre, pour participer au colloque « Le monde arabe à l’horizon 2030 : défis, mutations et perspectives ». Hassan Tarik est, pour sa part, venu le jeudi 15 octobre prendre part au colloque « Hassouna Mosbahi, un voyage à travers les expressions et les lieux ».
Ces jours-ci, les habitants d’Assilah parlent ainsi des quatre ministres de leur ville, bien que trois sont les fils adoptifs de la ville. Leur présence a transformé le Moussem en une manifestation éclatante des « bénédictions d’Assilah ». Bon vent, ainsi qu’à leurs collègues du gouvernement, pour un mandat plein de réussite, discernement et davantage de rayonnement et de succès.