Convoler en justes noces avec un non-musulman, entre lois et pratiques

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Rabat – Le mariage, cette union sacrée pour le meilleur et surtout pour le pire, est de nos jours chamboulé par différentes attentes des hommes et des femmes qui font des choix parfois non conformes aux traditions sociales. S'il est formellement interdit au Maroc de conclure un mariage entre une femme et un non-musulman, dans les faits « Le cœur a ses raisons que la raison ignore superbement.

Cette interdiction est largement contournée par la conversion du futur mari à l'Islam selon une procédure bien huilée. Une fois ce mariage acté plusieurs problématiques surgissent à la surface de cette union : la double nationalité, l'éducation des enfants, les pratiques cultuelles mais également l'héritage et l'acquisition de biens. Nombres de spécialistes préconisent de passer au crible les spécifiés juridiques des conjoints avant de passer la bague au doigt ou la corde autour du cou, selon les cas de figure.

En d'autres termes, il faut bien se documenter et étudier la question du mariage mixte sous tous ses aspects et surtout être au courant de toutes les lois et dispositions légales des deux pays parce que souvent de multiples surprises attendent les conjoints !

« Le mariage est un pacte fondé sur le consentement mutuel en vue d'établir une union légale et durable, entre un homme et une femme », confié le président du Conseil local des oulémas de la préfecture de Skhirat-Témara, Lahcen Ben Brahim Sguenfle.

Il a pour but de vivre dans la fidélité réciproque, la pureté et la fondation d'une famille stable sous la direction des deux époux, a-t-il poursuivi, relevant que sont prohibés le mariage d'une musulmane avec un non-musulman et le mariage d'un musulman avec une non-musulmane, sauf si elle appartient aux gens du Livre.

Ce genre de mariage a bien sûr des conséquences pour la société marocaine en raison des différents us et coutumes. Cette union affecte principalement les enfants parce que l'entente et la concordance entre les conjoints est importante pour leurs imprégnations aux valeurs de leur pays, a tenu à préciser le fkih.

Même son de cloche chez le sociologue Ali Chaâbani : du point de vue religieux « cela est clair, c’est interdit ».

Certes la société musulmane prohibe ce mariage pour la femme mais le cœur a ses raisons, estime-t-il, relevant qu’ « on ne peut pas contrôler les sentiments ». Des musulmanes convolent en justes noces avec non musulmans notamment des chrétiens, juifs, ou même des athées mais ils doivent se convertir à l'Islam pour que ce mariage soit réalisable, selon une procédure claire.

Selon le sociologue, la problématique réelle intervient après le mariage. Plusieurs études ont démontré que plusieurs contradictions surgissent. Il explique que ce mariage est non seulement une rencontre avec deux personnes mais entre deux civilisations qui sont parfois diamétralement opposées.

Les pratiques culturelles et cultuelles différentes font que ce genre de mariage peut devient conflictuel.

« Au début, il y a une entente et une harmonie ainsi que des sacrifices de part et d’autres mais avec le temps plusieurs contraintes naissent dans cette vie conjugale qui peuvent conduire au divorce », fait remarquer M. Chaâbani, assurant que les mariages mixtes, selon les statistiques, connaissent de grands pourcentage d'échecs.

Pour lui, ces mariages ont un impact négatif : « Les enfants en sont les premières victimes ». La majorité du temps « les enfants suivent leurs mères et des fois même elle s'enfuit avec eux ». Pour lui, une femme est « dans une situation de faiblesse quand elle se marie avec un étranger ».

Des dispositions en contradiction avec les droits de l’Homme

L'avocat Mustapha Naoui, relève de son coté que le mariage des marocaines avec les non musulmans, tel que stipulé dans l'article 39 du code de la famille, mérite une attention particulière.

Les dispositions dudit article sont en contradiction flagrante avec les principes des droits de l’Homme du moment qu’elles restreignent la volonté et le libre arbitre des personnes en matière de relations consenties et restreignent leurs choix dans la vie, a-t-il poursuivi.

Cette contradiction découle du fait que ces dispositions ont pour objet l’organisation d’une relation qui, si elle doit, à l’instar de toutes les relations contractuelles, être régie par la loi, cette loi ne peut être que la loi civile. Le fait est que le législateur du Code tient à asseoir la relation conjugale sur un arrière-plan religieux sans prendre en considération les mutations sociales et les changements profonds dans les valeurs ainsi que l’ouverture et la modernité qui caractérisent, de plus en plus, la société marocaine ».

Imposer à une personne de changer de religion, de renier sa foi ou de se déclarer musulman - même s’il ne l’est pas et/ou ne veut pas l’être- pour pouvoir se marier avec une femme marocaine est une pure absurdité, ajoute cet expert en Droits de l’Homme.

En outre, lesdites dispositions sont entachées d’une nette discrimination entre l'homme et la femme puisqu’une femme marocaine ne peut nullement se marier avec un non musulman alors qu’un homme peut conclure à un mariage avec une non musulmane à la seule condition qu’elle soit des gens du Livre, relève l’avocat.

Or l’une des principales fonctions de la loi est d’assurer l’égalité et la non-discrimination. Il s’agit là d’une exigence constitutionnelle et, en même temps, d’un fondement de la démocratie et de l’Etat de droit.

Il faut mentionner dans ce contexte une autre problématique, celle de l’héritage. La loi marocaine autorise à l’homme marocain de se marier avec une femme chrétienne ou juive par exemple, mais cette femme n’a pas droit à l’héritage, puisque l’article 332 du même Code de la famille indique qu’« il n'y a pas de successibilité entre un musulman et un non musulman… ». Il s’agit là d’une véritable injustice, bien plus d’une aberration juridique, a-t-il tenu à souligner.

La loi doit garantir aux hommes et aux femmes, sans discrimination aucune, leurs droits et libertés et non pas le contraire, avance cet avocat. Elle doit assurer aux gens la possibilité de choisir, de s’épanouir et de développer leur propre personnalité.

« Je ne l’ai pas prémédité mais nous nous sommes rencontrés… »

Dans la même veine, la militante associative Aicha Ech-chenna estime que depuis plusieurs années des mariages ont été conclus entre marocains et non musulmanes mais les femmes n'héritent pas.

Pour la présidente et fondatrice de l’Association Solidarité féminine qui avait remporté le prix de la Banque mondiale du meilleur leader en matière de redevabilité sociale pour la région MENA, le problème est plutôt social que religieux puisque le Coran reconnaît toutes les religions du Livre.

Le mode de vie de chaque conjoint donne lieu souvent à des problèmes au niveau de l'éducation des enfants, a-t-elle dit, ajoutant que les enfants sont plus influencés par les principes et valeurs maternelles surtout les tout-petits.

Concernant la conversion à l'Islam, Mme Ech-chenna a souligné que pour des conjoints « c'est une simple formalité » alors que d'autres ils se convertissent réellement à l'Islam.

En réalité, le mariage avec un non musulman existe bel et bien dans notre société. C’est le cas d’une jeune marocaine approchée par la MAP qui a requis l’anonymat.

«Je suis pour. Chacun doit avoir le droit de choisir le partenaire qui lui convient indépendamment de sa confession, de son statut et de ses origines », a-t-elle confié, ajoutant que «Je ne l’ai pas prémédité mais nous nous sommes rencontrés dans un cadre qui a fait que nous nous sommes découvert des affinités et nous avons choisi de nous unir ».

«Je n’ai pas le droit d’épouser un non-musulman, on est donc passé à la procédure de la conversion en France», a-t-elle affirmé.

Il fallait douze témoins musulmans et puis prononcer « la chahada », a-t-elle précisé, estimant qu’il y a des conjoints qui le font pour la forme juste ne vue de faire aboutir leur mariage.

L’éducation des enfants, la question linguistique chez un couple mixte c’est, à ses yeux, une richesse : « l’enfant va maîtriser deux langues ». Cette jeune femme active a choisi de s’installer au Maroc pour des raisons professionnelles et de parler en dialecte avec son fils jusqu’à ses 3 ans.

« A partir de cet âge, j’ai commencé à l’initier à la langue française et il a très bien réagi en deux ou trois mois, il est devenu parfaitement francophone », a-t-elle renchéri. Son objectif : « Je ne veux pas que mon enfant soit étranger dans son propre pays». « C’est pour cela que je lui parle en arabe dialectale », a-t-elle avancé.

« Pour moi, la religion est un choix d’adulte », a-t-elle tenu à préciser ajoutant que « plus tard, nous respecterons le choix de mon fils, il va choisir ce qu’il veut ».

Les exemples de réussite de mariage mixte restent-ils l’exception. En tous cas le couple mixes doit être informé des problématiques notamment pour ce qui est de la succession ou l'investissement, a préconisé cette jeune femme mariée depuis 11 ans.

Pour partir sur de bonnes bases, dit-elle, il faut bien se renseigner et maîtriser les spécifiés juridiques de chaque pays et penser aux aspects administratifs parce que la vie peut réserver bien des surprises !

*MAP

 

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