4 juillet 2026: Happy birthday of America - Par Mustapha Sehimi

4 juillet 2026: Happy birthday of America - Par Mustapha Sehimi

Fuyant les persécutions religieuses en Angleterre, le Mayflower, transportant 102 passagers, principalement issus d’une secte protestante, the Puritans, arrive en vue de l’actuelle ville de Provincetown, le 26 novembre 1620. Leur chef, William Bradford propose des principes généraux de gouvernance connus sous le nom de Mayflower Compact, qui jette les bases d’une démocratie locale qui sera une des sources de la Constitution des États-Unis.

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En guise de happy birthday Of America, À l'occasion de la fête nationale de l’oncle SAM, Mustapha Sehimi revisite les fondements historiques et idéologiques des États-Unis, de l'arrivée des Pères pèlerins à la Déclaration d'indépendance de 1776, puis à la Constitution de 1787. L'auteur montre que l'indépendance américaine ne constitue pas une rupture absolue, mais l'aboutissement d'un héritage religieux, politique et institutionnel qui nourrit, jusqu'à aujourd'hui, l'universalisme américain et sa vocation expansionniste. Une lecture qui éclaire les racines profondes de la puissance des États-Unis, de la « cité sur la colline » à la doctrine de la « Destinée manifeste ».

Par Mustapha SEHIMI

Professeur de droit (UMV Rabat), Politologue

Le 4 juillet 1776 ? Ni une rupture ni une révolution sociale : la Déclaration d’indépendance des États-Unis formalise une rébellion déjà engagée ; elle reformule des idées et des intérêts bien établis dans les 13 colonies. De la « mission divine » des Pères pèlerins à la Constitution de 1787. Trois temps fondateurs qui transforment une indépendance fragile en puissance durable.

 Sécularisé puis verrouillé institutionnellement, l’universalisme américain trouve dans la « Destinée manifeste » son prolongement géopolitique : du modèle à l’empire, de l’exemplarité à l’expansion.

Le 4 juillet 1776, jour de l’indépendance américaine : une mise en ordre qui va aboutir à la Constitution (1787), puis à l’expansionnisme au travers du concept de la « Destinée manifeste ». Lorsque Thomas Jefferson rédige la Déclaration, avec quatre autres membres du Congrès, il ne fonde pas un monde nouveau.  Il reformule, dans un langage politique moderne, des idées, des réflexes et des intérêts déjà bien établis dans les 13 colonies britanniques qui vont représenter l’embryon des États-Unis d’Amérique à venir. Et pourtant, ce texte deviendra bien davantage qu’une déclaration d’indépendance : le point d’appui d’un récit national, le socle d’une légitimité universelle et, progressivement, l’un des instruments d’une projection de puissance qu’on voit encore aujourd’hui. Car le 4 juillet n’est pas seulement un commencement, c’est une mission héritée des « Pères pèlerins » (Pilgrim Fathers) qui se reformule, où une révolution, en apparence radicale, stabilise plus qu’elle ne bouleverse ; il va conduire à la Constitution de 1787, autre élément fondateur dynamique et complémentaire. Le 4 juillet n’est pas un commencement absolu, mais un moment dans une continuité idéologique américaine.

Aux sources de 1776

Fuyant les persécutions religieuses en Angleterre, le Mayflower, transportant 102 passagers, principalement issus d’une secte protestante, the Puritans, arrive en vue de l’actuelle ville de Provincetown, au Cape Cod (Massachusetts), le 26 novembre 1620. Leur chef, William Bradford (1590-1657), propose des principes généraux de gouvernance connus sous le nom de Mayflower Compact, qui jette les bases d’une démocratie locale qui sera une des sources de la Constitution des États-Unis. Le projet n’était pas seulement de nature politique, mais également religieuse : fonder une communauté exemplaire, guidée par la loi divine, qui servira de modèle au reste du monde. Il s’agit d’une vocation providentielle et d’une « mission divine » qui va devenir la matrice fondatrice de la République américaine.

Le premier gouverneur, John Winthrop (1588-1649), évoque dans un sermon une city upon a hill, qui ne relève pas uniquement de la rhétorique religieuse : il fonde une représentation durable de l’Amérique comme communauté exemplaire, « élue de Dieu », investie d’une mission qui va structurer la dimension messianique de la politique américaine, intérieure et, plus tard, extérieure. D’autre part, cette forme d’autogouvernement va amener une culture politique originale, marquée par la défiance envers l’autorité distante et la valorisation de la communauté politique comme espace moral. Alexis de Tocqueville (1805-1859), dans « De la démocratie en Amérique », souligne cette continuité en montrant que les institutions américaines plongent leurs racines dans les mœurs des premiers colons. Dans cette perspective, la Déclaration de 1776 n’apparaît plus comme une création ex nihilo. La mission divine devient alors aussi mission politique. La Déclaration d’indépendance opère ainsi une sécularisation d’un imaginaire de l’exemplarité préexistant, qui va lui permettre d’acquérir une portée universelle.

Traduction politique d’un héritage religieux

La Déclaration d’indépendance va résulter de la convergence de trois dynamiques : une crise de souveraineté entre les 13 colonies et Londres, une divergence croissante d’intérêts économiques, et la diffusion d’un langage politique nouveau fondé sur les droits naturels. À ces tensions structurelles s’ajoute un fait décisif : en 1776, la guerre est déjà engagée. La Déclaration ne crée donc pas la rupture ; elle la formalise et lui donne une légitimité universelle. L’indépendance ne bouleverse pas immédiatement les structures sociales des colonies : les hiérarchies demeurent, la propriété est sanctuarisée, et l’esclavage, loin d’être remis en cause, perdure. En 1776, on ne redistribue pas le pouvoir, on le redéploie.

Les élites coloniales - planteurs, négociants, juristes - prennent la place de l’administration britannique sans transformation radicale des rapports sociaux.

La rupture est politique, mais elle est socialement contenue. Les colonies américaines vont chercher d’abord à préserver des libertés qu’elles estiment déjà acquises. Dès lors, la Déclaration de 1776 n’inaugure pas la rupture ; elle en constitue la formalisation juridique et idéologique, transformant une rébellion militaire de facto en projet politique souverain doté d’une portée universelle. C’est donc d’abord un texte politique et philosophique qui a pour objectif de justifier la rupture avec la Grande-Bretagne, en insistant sur les droits naturels (vie, liberté, poursuite du bonheur), la souveraineté du peuple et le droit à la révolution. C’est un texte de légitimation. Le 4 juillet 1776, les colons ne se considèrent plus comme britanniques, mais comme américains, même rebelles !

La Constitution de 1787 : organiser la puissance, verrouiller la stabilité

Si 1776 ouvre une séquence politique, celle-ci reste fragile. Les « Articles de la Confédération et de la perpétuelle Union » (Articles of Confederation and Perpetual Union) révèlent rapidement les limites d’une union trop lâche, incapable de garantir la stabilité interne et la cohérence stratégique. La Convention de Philadelphie de 1787 répond à cette inquiétude fondamentale : comment fonder un ordre politique durable sans sombrer dans l’instabilité ou la tyrannie ? Les Federalist Papers, notamment sous la plume de James Madison (1751-1836), témoignent de cette préoccupation centrale : contenir les factions, organiser le conflit, éviter les dérives de la démocratie directe.

La Constitution de 1787 constitue, à cet égard, un compromis remarquable. Elle institue un système d’équilibre des pouvoirs (checks and balances), introduit des mécanismes de filtrage démocratique et organise une forme de gouvernement représentatif tempéré. Comme le souligne Tocqueville, cette architecture permet de concilier liberté et stabilité : en encadre les passions politiques sans les étouffer. Mais elle révèle aussi une méfiance persistante à l’égard du peuple, perçu comme potentiellement instable. La démocratie américaine naissante est ainsi traversée par une tension constitutive entre participation et contrôle. Cette stabilisation institutionnelle va jouer un rôle décisif dans la trajectoire des États-Unis. En assurant la continuité du pouvoir et la prévisibilité des règles, elle crée les conditions d’un développement économique et d’une consolidation étatique rapides. Plus encore, elle rend possible une projection de puissance. La Constitution ne se contente pas d’organiser la vie politique interne : elle prépare l’émergence d’un acteur géopolitique.

La Constitution va transformer une indépendance fragile en puissance durable. Car en stabilisant le pouvoir, la Constitution permet aux États-Unis de dépasser leurs fragilités initiales pour entrer dans une logique d’expansion, susceptible de justifier l’extension territoriale et l’affirmation d’un modèle.

Du modèle à l’expansion : la logique de la destinée manifeste

C’est dans cette articulation que s’inscrit la doctrine de la « Destinée manifeste » (Manifest Destiny) au XIXe siècle. Loin d’être une rupture idéologique, celle-ci apparaît comme le prolongement d’un double héritage : celui d’une mission initiale, héritée du providentialisme des premiers colons, et celui d’un universalisme politique formulé en 1776 puis stabilisé en 1787. L’expansion est alors perçue comme la réalisation d’un projet politique universel, mais aussi d’un messianisme religieux. Cette doctrine repose sur une articulation singulière entre nationalisme et universalisme : les États-Unis ne s’étendent pas seulement pour accroître leur puissance, mais parce qu’ils se perçoivent comme porteurs d’un modèle destiné à s’imposer. L’expansion vers l’Ouest, la conquête de nouveaux territoires, mais aussi la marginalisation des populations amérindiennes témoignent de cette logique.

La mission initiale, autrefois religieuse puis politique, devient géopolitique. Un rôle structurant de cette expansion dans l’identité américaine : la conquête n’est pas un épisode, elle est un processus constitutif. On situe le début de l’expansionnisme international américain avec la victoire sur l’Espagne (1898), qui apportera aux États-Unis les Philippines et Porto Rico. On verra, avec le Canada et le Groenland, que cet expansionnisme n’a pas disparu ! Dès lors, le 4 juillet 1776 prend une signification nouvelle. Il ne s’agit plus seulement de l’acte de naissance d’une nation, mais du point d’ancrage d’une dynamique de projection. L’universalisme proclamé dans la Déclaration d’indépendance trouve, dans la destinée manifeste, son prolongement concret. Ce passage du modèle à l’empire, de l’exemplarité à l’expansion, constitue l’une des clés de compréhension de la puissance américaine.