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Iran-USA : victoire revendiquée, résistances internes et recomposition régionale
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio (à gauche) s'entretient avec le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, le cheikh Abdullah bin Zayed Al-Nahyan, avant d'embarquer à bord d'un avion de l'armée de l'air américaine à l'aéroport d'Al-Bateen Executive, en partance pour le Koweït, à Abou Dhabi, le 24 juin 2026. ( Photo Eric Lee / POOL / AFP)
Une semaine après la signature d’un protocole d’accord mettant fin aux hostilités entre l’Iran et les États-Unis, les réactions continuent de se multiplier au Moyen-Orient. À Téhéran, les autorités présentent le texte comme une victoire stratégique obtenue grâce à la résistance du pays. Dans le même temps, des voix conservatrices dénoncent tout compromis avec Washington. Alors que les négociations sur les dossiers sensibles se poursuivent, les monarchies du Golfe et l’Iran semblent vouloir ouvrir une nouvelle page de leurs relations dans un contexte régional profondément transformé par plusieurs mois de guerre.
Téhéran revendique une victoire
Les autorités iraniennes ne cachent pas leur satisfaction depuis la conclusion du protocole d’accord signé avec Washington. Pour Mohammad Bagher Ghalibaf, négociateur en chef de la République islamique, le texte représente rien de moins qu’une « déclaration de défaite de l’Amérique ». Il a également affirmé que sans ses missiles, Les Etats Unis et Israël auraient rasé l’Iran comme ils l’ont fait à Gaza, signifiant par-là que Téhéran n’est disposé à négocier son programme balistique.
Selon lui, l’accord est le résultat direct de la résistance iranienne face à l’offensive américano-israélienne déclenchée le 28 février. Les dirigeants iraniens estiment avoir préservé leurs intérêts fondamentaux tout en obtenant l’ouverture d’un processus diplomatique destiné à mettre un terme durable au conflit.
Dans ce contexte, Téhéran affirme vouloir privilégier les relations avec les pays voisins et favoriser une architecture régionale de sécurité reposant davantage sur les États du Moyen-Orient eux-mêmes que sur les puissances extérieures.
Cette rhétorique intervient alors que le secrétaire d’État américain Marco Rubio effectue une tournée dans les pays du Golfe afin de rassurer les alliés de Washington après plusieurs mois de tensions et de représailles ayant directement affecté la région.
Une négociation loin d’être achevée
Si le protocole d’accord a permis de faire taire les armes, il n’a pas réglé les principaux sujets de désaccord.
Le texte ouvre une période de soixante jours de négociations destinée à parvenir à un règlement global. Les discussions techniques doivent reprendre prochainement sous la médiation du Pakistan, acteur clé dans le rapprochement entre les deux parties.
Parmi les dossiers les plus sensibles figure celui du détroit d’Ormuz. L’accord prévoit sa réouverture après plusieurs mois de perturbations ayant fortement affecté les marchés énergétiques mondiaux.
Toutefois, l’Iran souhaite désormais instaurer des frais de service pour les navires empruntant cette voie maritime stratégique, par laquelle transitent habituellement près de 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial.
Cette perspective est catégoriquement rejetée par Washington. Donald Trump a affirmé qu’aucun péage, aucune prime d’assurance supplémentaire et aucun autre prélèvement ne seraient acceptés par les États-Unis.
Malgré ces divergences, les marchés semblent croire à une désescalade durable. Le prix du Brent a poursuivi sa baisse et est repassé sous le seuil des 75 dollars le baril, loin des sommets dépassant 126 dollars atteints au plus fort du conflit.
Le nucléaire reste au cœur des tensions
Le dossier nucléaire demeure l’autre point de friction majeur.
L’Agence internationale de l’énergie atomique a confirmé que des inspections devraient reprendre en Iran, sans toutefois préciser de calendrier. Cette évolution constitue un élément central des négociations en cours.
Téhéran continue d’affirmer que son programme nucléaire poursuit exclusivement des objectifs civils et rejette toute accusation visant une éventuelle militarisation.
Les États-Unis et plusieurs de leurs alliés souhaitent toutefois obtenir davantage de garanties concernant les activités nucléaires iraniennes, considérées comme essentielles pour la stabilité régionale.
Le Liban, autre enjeu majeur
Le front libanais occupe également une place importante dans les discussions.
L’Iran avait insisté pour que la situation au Liban figure explicitement dans le protocole d’accord. Pour Mohammad Bagher Ghalibaf, la fin des hostilités au pays du Cèdre revêt une importance comparable à celle de la cessation des combats en Iran.
De son côté, Washington entend aborder la question du soutien iranien au Hezbollah dans les négociations bilatérales.
Sur le terrain, la situation demeure fragile. Malgré le cessez-le-feu, l’armée israélienne poursuit certaines opérations ciblées contre des membres du mouvement chiite. Dans le sud du Liban, les habitants tentent de reconstruire après des mois de destructions. Selon les autorités locales, plusieurs milliers d’habitations ont été endommagées.
Des critiques internes en Iran
L’accord conclu avec Washington ne fait toutefois pas l’unanimité au sein de la République islamique.
Des groupes conservateurs et ultra-radicaux dénoncent les discussions engagées avec un pays considéré depuis plus de quatre décennies comme l’ennemi principal du régime.
Une manifestation organisée à Machhad a notamment visé le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, accusé par certains militants de faire preuve d’une trop grande souplesse à l’égard des États-Unis.
Le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei, qui a succédé à son père Ali Khamenei après sa mort au début de la guerre, a lui-même exprimé certaines réserves sur l’accord tout en laissant le processus diplomatique suivre son cours.
Malgré ces critiques, plusieurs observateurs estiment que les opposants aux négociations ne disposent pas aujourd’hui de suffisamment d’influence pour remettre en cause la stratégie adoptée par les autorités.
Un consensus pragmatique semble s’être dégagé au sein des principales institutions afin de tester les possibilités offertes par la voie diplomatique.
Vers une réconciliation régionale ?
Parallèlement aux discussions entre Téhéran et Washington, des initiatives régionales se multiplient.
Selon des sources diplomatiques, une rencontre consacrée à la réconciliation entre l’Iran et les monarchies arabes du Golfe est en préparation en Arabie saoudite.
Ce sommet, qui pourrait réunir plusieurs États de la région, viserait à normaliser les relations et à réduire les tensions héritées du conflit.
Cette démarche témoigne des profondes mutations en cours au Moyen-Orient. Après des années d’affrontements indirects et de rivalités stratégiques, plusieurs acteurs régionaux semblent désormais privilégier la coopération et le dialogue.
Reste à savoir si les négociations en cours permettront de transformer cette accalmie fragile en un nouvel équilibre durable. Entre méfiances persistantes, enjeux nucléaires, sécurité maritime et recomposition des alliances, le chemin vers une paix régionale stable apparaît encore long et semé d’incertitudes.