Bourita plaide pour une Afrique atlantique au cœur de la gouvernance océanique mondiale

Bourita plaide pour une Afrique atlantique au cœur de la gouvernance océanique mondiale

90% du commerce mondial transite par voie maritime, représentant plus de 12 milliards de tonnes de marchandises et une valeur annuelle avoisinant 18.000 milliards de dollars. Près du tiers de ces flux emprunte des passages stratégiques situés en Afrique ou à proximité, notamment le détroit de Gibraltar, le golfe de Guinée, le cap de Bonne-Espérance, le canal de Suez, Bab el-Mandeb et le détroit d'Ormuz (Nasser Bourita)

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Réunis à Cotonou dans le cadre de la 7e réunion ministérielle du Processus des États Africains Atlantiques (PEAA), les ministres ont affiché leur volonté d'accélérer la mise en œuvre d'une coopération opérationnelle autour de la sécurité maritime, des corridors logistiques verts et de la transition énergétique. Dans une allocution prononcée en son nom, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a appelé à faire de l'espace afro-atlantique un acteur majeur de la gouvernance mondiale des océans, conformément à la vision portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

La coopération maritime comme levier d'intégration africaine

Pour Nasser Bourita, l'Afrique atlantique ne peut plus demeurer un espace sous-exploité malgré son poids géostratégique. Elle doit devenir un moteur de paix, de stabilité et de prospérité partagée, à travers une coopération concrète entre les États riverains. Cette ambition s'inscrit dans l'Initiative Royale en faveur de l'espace africain atlantique et trouve une nouvelle traduction dans la Déclaration de Cotonou, appelée à fixer les priorités communes du Processus des États Africains Atlantiques.

Le ministre a rappelé que près de 90% du commerce mondial transite par voie maritime, représentant plus de 12 milliards de tonnes de marchandises et une valeur annuelle avoisinant 18.000 milliards de dollars. Près du tiers de ces flux emprunte des passages stratégiques situés en Afrique ou à proximité, notamment le détroit de Gibraltar, le golfe de Guinée, le cap de Bonne-Espérance, le canal de Suez, Bab el-Mandeb et le détroit d'Ormuz.

Il a estimé que la crise ayant affecté le détroit d'Ormuz a illustré la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement mondiales et les limites des mécanismes internationaux de gestion des crises maritimes. La réduction d'environ 70% du trafic pétrolier, conjuguée à une hausse des prix de l'énergie comprise entre 15 et 25%, a eu des répercussions directes sur les économies africaines, notamment en matière de sécurité alimentaire.

Face à cette situation, M. Bourita a appelé les États africains atlantiques à jouer un rôle actif dans la gouvernance internationale des espaces maritimes, considérés comme des biens communs dont l'instrumentalisation à des fins de coercition menace directement la stabilité mondiale.

Le chef de la diplomatie marocaine a également insisté sur le renforcement des mécanismes de coopération régionale face aux défis sécuritaires, notamment la piraterie, la pêche illicite, les trafics transnationaux, les cyberattaques contre les infrastructures portuaires ainsi que le terrorisme. Il a annoncé l'organisation, en septembre prochain au Maroc, d'une session de renforcement des capacités destinée aux États membres du PEAA dans les domaines de la lutte contre le terrorisme, la criminalité transnationale organisée et la promotion des droits de l'Homme.

Ports, énergie et investissements au service de la souveraineté africaine

Au-delà des enjeux sécuritaires, Nasser Bourita a défendu une vision économique intégrée fondée sur l'économie bleue, les infrastructures portuaires et les énergies renouvelables.

Il a souligné le paradoxe d'un continent qui représente près de 17% de la population mondiale mais ne dispose que de 5% de la capacité portuaire internationale. Selon lui, une augmentation de seulement 5% de la part de l'Afrique dans le commerce maritime mondial pourrait générer près de 900 milliards de dollars supplémentaires pour les économies africaines.

Le ministre a ainsi plaidé pour le développement de ports modernes, résilients et respectueux de l'environnement, l'accélération de la digitalisation des procédures portuaires et douanières ainsi que le renforcement de la connectivité entre les pays enclavés et les façades atlantiques. Il a cité Tanger Med, qui traite plus de 150 millions de tonnes de marchandises par an et dessert plus de 180 ports à travers le monde, ainsi que le futur port de Dakhla Atlantique, appelé à renforcer l'ouverture maritime du continent.

Il a également rappelé la tenue, en avril dernier à El Jadida, de la première réunion des autorités portuaires des États membres du PEAA, destinée à jeter les bases d'un cadre permanent de coopération dans ce secteur.

Sur le volet énergétique, M. Bourita a réaffirmé l'engagement du Maroc en faveur d'une transition juste et adaptée aux réalités africaines. Alors que le continent n'est responsable que de moins de 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, il dispose d'un potentiel évalué à 11.000 gigawatts d'énergie solaire, 1.400 gigawatts d'énergie éolienne et 350 gigawatts d'énergie hydroélectrique, tout en n'attirant qu'environ 2% des investissements mondiaux dans les énergies renouvelables.

Face à ce décalage, il a appelé à une mobilisation accrue des financements internationaux afin de soutenir la transition énergétique, la résilience climatique et la préservation des écosystèmes marins et côtiers, alors que les besoins du continent sont estimés à plus de 100 milliards de dollars par an d'ici 2030.

Le ministre a rappelé que le Maroc a déjà investi plus de 8 milliards de dollars dans les énergies renouvelables et ambitionne de porter à 52% la part de ces énergies dans sa capacité électrique installée à l'horizon 2030. Il a également présenté le Gazoduc africain atlantique comme un projet structurant de près de 6.900 kilomètres desservant 13 pays africains, conçu comme un corridor d'intégration régionale, de souveraineté énergétique et de paix.

Nasser Bourita a en conclusion de son intervention proposé de confier au Secrétariat permanent du PEAA l'élaboration d'une feuille de route traduisant les orientations de la Déclaration de Cotonou en projets concrets, assortis d'échéances, de mécanismes de financement et d'indicateurs de suivi. Il a estimé que la crédibilité du Processus dépendra désormais de sa capacité à produire des résultats tangibles et a réaffirmé la volonté du Maroc, sous l'impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, de poursuivre son engagement en faveur d'un espace afro-atlantique fondé sur la paix, la liberté et une prospérité partagée.

Conduite par l'ambassadeur, directeur général de l'Agence marocaine de coopération internationale (AMCI), Mohamed Methqal, la délégation marocaine à cette réunion comprend notamment le secrétaire permanent du PEAA, Tarik Iziraren, l'ambassadeur du Maroc au Bénin, Rachid Rguibi, ainsi que des responsables du ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger.

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