Renaitre dans la nuit de Hakim Arezki - Par Dr Samir Belahsen

Renaitre dans la nuit de Hakim Arezki - Par Dr Samir Belahsen

Hakim, reçoit deux balles des gendarmes algériens. L’une atteindra la cheville, l’autre (explosive) lui explosera en plein visage et sectionnera neuf nerfs optiques, provoquant une cécité irréversible. Il entre dans « la nuit ».

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De sa lecture de Renaître dans la nuit, Samir Belahsen retient le parcours de Hakim Arezki, ancien manifestant kabyle devenu champion paralympique de cécifoot après avoir perdu la vue lors du Printemps noir de 2001. Entre témoignage, mémoire politique et reconstruction personnelle, l'ouvrage retrace un itinéraire de résilience où le dépassement de soi côtoie la quête d'identité et le devoir de mémoire envers les victimes d'une tragédie collective.

Samir Belahsen

« Que nous répondions présents à la renaissance du monde, tel le levain nécessaire à la farine blanche. »

Léopold Sédar Senghor Chants d'ombre (1945)

« Le chaos est rempli d’espoir parce qu’il annonce une renaissance. »

Coline Serreau

Renaître dans la nuit, coécrit par Hakim Arezki et Arthur Cerf, correspond à cette tradition des récits testimoniaux où l’expérience individuelle se noue étroitement à l’histoire collective, à l’Histoire. Hakim Arezki nous conte son parcours individuel, ancien manifestant devenu athlète paralympique, en articulant mémoire politique, reconstruction personnelle et réflexion sur l’identité et peut être aussi une reconstruction collective.

Une autobiographie qui propose un véritable récit de transformation, de la violence subie à la reconquête de soi.

Le contexte de départ : Le printemps noir

On est en 2001, le mouvement de contestation Kabyle dénonce les violences d’État et les marginalisations politiques et culturelles.

La mort du jeune Massinissa Guermah dans une brigade de gendarmerie donne lieu à des manifestations populaires massives. La répression du régime fait des centaines de morts et des milliers de blessés.

Hakim, reçoit deux balles des gendarmes algériens.

L’une atteindra la cheville, l’autre (explosive) lui explosera en plein visage et sectionnera neuf nerfs optiques, provoquant une cécité irréversible. Il entre dans « la nuit ».

C’est la métaphore essentielle du récit, c’est la perte de la vue et l’effondrement de tout horizon. La sobriété du récit que le roman en fait en accentue la brutalité.

A l’hôpital à Alger, l’absence de soins révèle la défaillance du système hospitalier et prolonge cette submersion dans l’obscurité…

Rentré de France, le père de Hakim débrouille son évacuation clandestine vers la France.

C’est le début d’un parcours médical : hospitalisations, interventions, espoirs et déceptions. Un parcours qui le mènera à Moscou où le diagnostic est définitif : la cécité est irréversible.

La reconstruction

Ce verdict fut la fin de l’attente d’un retour à la « normalité » et paradoxalement, la possibilité et la volonté d’une reconstruction.

Hakim apprend le braille et les techniques d’autonomie et découvre le cécifoot...

Ce sport aura, pour Hakim, un rôle structurant : il réinvestit son corps, se trouve un cadre au quotidien et retrouve enfin une estime de soi profondément atteinte.

Le récit nous explique que l’apprentissage du handicap ne se réduit pas à une simple adaptation technique, mais engage toute une redéfinition identitaire.

Le 7 septembre 2024, lors de la finale paralympique de cécifoot au stade Tour-Eiffel, Hakim Arezki participe à la victoire de l’équipe de France, qui remporte la médaille d’or.

Il précise que c’est avec le même pied qui avait failli être amputé vingt-trois ans plus tôt qu’il contribue à ce couronnement en tirant un penalty. C’est la trajectoire individuelle du dépassement.

Une histoire partagée

Au-delà de cet aspect, le récit est aussi un « cri » pour les disparus du « printemps noir ». Youness, est le personnage emblématique qui représente cette mémoire endeuillée. En témoigner devient quasiment un acte militant aux sens éthique et politique. Younes, comme toutes les victimes, s’inscrit dans une histoire partagée.

De l’exil à la double appartenance

Entre l’Algérie et la France, Hakim Arezki se trouve comme « entre deux mondes ». Cette position d’entre deux, intermédiaire, aussi féconde qu’inconfortable, traverse aussi bien l’homme que l’ensemble du récit.

L’exil n’est jamais seulement spatial ; il implique forcément une recomposition identitaire permanente. L’appartenance demeure plurielle et parfois conflictuelle.

La résilience

Le récit décrit un parcours poinçonné par la violence, le handicap et le déracinement.

La reconstruction y est décrite comme un chemin long et incertain, il annonce même que la blessure initiale ne disparaît jamais totalement. « L’or » de la médaille ne peut pas faire oublier le plomb dont il garde quelques fragments …

Les figures d’inspiration qui structurent l’imaginaire de Hakim, et peut être de sa génération en Kabylie comme en France, sont celle de Matoub Lounès et de Zineddine Zidane.

Le premier chanteur kabyle assassiné, incarne pour lui la résistance et la fidélité à une identité culturelle.

Zinedine Zidane représente l’accomplissement et la projection.

Deux références, l’une politique, l’autre sportive, dessinent le parcours de l’auteur.

L’écriture à quatre mains de Hakim Arezki et Arthur Cerf se caractérise par sa fluidité et sa sobriété.

Pas de grande théorie, pas de leçon, le texte évite le pathos excessif. Ils ont privilégié une narration simple mais maîtrisée. De l’émotion sans surcharge. Cette retenue certaine fait la force du témoignage et sa faiblesse.

Même le contexte du printemps noir demeure en retrait dans l’analyse. Le récit se veut juste un témoignage d’une expérience individuelle. Cette focalisation sur l’autobiographie limite la portée critique de l’œuvre.

« Renaître dans la nuit » est à la croisée du témoignage, de la mémoire et de la réflexion identitaire. Si l’auteur a pu conquérir la lumière et se reconstruire, des milliers de victimes de cette période noire en Kabylie, morts, blessés ou handicapés sont restés dans l’ombre, leur nuit dure encore…

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