Le Maroc au bout du suspense, au bout du souffle et au bout de notre nuit

Le Maroc au bout du suspense, au bout du souffle et au bout de notre nuit

Les joueurs marocains lors du couperet de la séance de tirs au but lors du match de football des 32es de finale de la Coupe du monde 2026 opposant les Pays-Bas au Maroc, au stade de Monterrey à Guadalupe, le 29 juin 2026. (Photo : Alfredo ESTRELLA / AFP)

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Quid avec MAP et AFP

Monterrey, Mexique – Entre chien au loup, alors que le soleil s’apprêtait à tomber du lit, les villes du Maroc furent prises d’un même cri de délivrance. Le jour pouvait se lever, il n’était pas encore l’heure d’aller rejoindre Morphée. Les Lions de l’Atlas venaient de décrocher lundi, mardi au Maroc, leur qualification pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde 2026 au terme d'un affrontement haletant face aux Pays-Bas. Dominateurs pendant une grande partie de la rencontre, les Lions de l'Atlas ont dû attendre les dernières secondes pour égaliser avant de s'imposer lors d'une séance de tirs au but irrespirable (1-1, 3-2 t.a.b.). Une victoire qui récompense leur maîtrise collective, leur résilience et le sang-froid de Yassine Bounou et d'Ismael Saibari dans le dénouement.

Le défenseur marocain n° 14, Issa Diop (à droite), célèbre le premier but de son équipe avec l'attaquant n° 09, Soufiane Rahimi, lors du match de football des 32es de finale de la Coupe du monde 2026 opposant les Pays-Bas au Maroc, au stade de Monterrey à Guadalupe, le 29 juin 2026. (Photo : Alfredo ESTRELLA / AFP)

Le Maroc récompensé après une domination de longue haleine

Le stade BBVA de Monterrey a offert l'un des scénarios les plus spectaculaires de ce Mondial. Pendant près de 90 minutes, le Maroc a imposé son rythme face à une équipe néerlandaise disciplinée mais longtemps dominée. Les hommes de Mohamed Ouahbi ont multiplié les offensives, se créant plusieurs occasions franches sans parvenir à faire céder Bart Verbruggen.

Le gardien néerlandais a signé une prestation exceptionnelle. Dès la première période, il détourne une tête de Neil El Aynaoui avant de repousser une frappe puissante d'Achraf Hakimi. Son festival se poursuit durant la prolongation lorsqu'il réalise un arrêt réflexe devant Soufiane Rahimi, empêchant les Lions de prendre l'avantage.

Malgré cette domination, le manque de réalisme marocain a entretenu le suspense. Ismael Saibari laisse notamment échapper une énorme occasion juste avant la pause, tandis que Hakimi trouve la transversale avant d'être repris in extremis par un retour décisif de Micky van de Ven.

Une rencontre d'une rare intensité

Le choc des seizièmes de finale s'est rapidement transformé en combat physique. L'arbitre brésilien Wilton Sampaio a laissé jouer de nombreux duels rugueux en début de rencontre, donnant le ton d'une confrontation engagée.

Les traces de cette bataille sont rapidement apparues sur les visages des joueurs. Le défenseur néerlandais Jan Paul Van Hecke a terminé avec le visage ensanglanté, tandis qu'Ismael Saibari a lui aussi été touché à l'arcade.

Dans ce contexte tendu, les deux équipes ont livré un affrontement d'une intensité rarement démentie, sans jamais renoncer à leurs ambitions offensives.

L'émotion autour de Cody Gakpo

Alors que le Maroc semblait le plus proche d'ouvrir le score, les Pays-Bas ont frappé contre le cours du jeu. À la 72e minute, une contre-attaque éclair menée par Crysencio Summerville permet à Cody Gakpo de tromper Yassine Bounou.

La célébration s'est aussitôt transformée en moment de profonde émotion. Quelques jours après l'annonce de la fausse couche de son épouse, l'attaquant de Liverpool s'est effondré à genoux avant d'être entouré par l'ensemble de ses coéquipiers. Les images d'un Gakpo en larmes, tentant ensuite de dissimuler son émotion sous son maillot, ont marqué cette soirée autant que le but lui-même.

Pour les Marocains, le scénario semblait cruel tant leur prestation était supérieure à celle de leurs adversaires.

Issa Diop relance les Lions

Loin de céder au découragement, les Lions de l'Atlas ont poursuivi leurs offensives jusqu'aux dernières secondes du temps réglementaire.

Leur persévérance et leur mental sont finalement récompensés dans le temps additionnel. Monté sur un dernier coup de pied arrêté, Issa Diop s'élève plus haut que Virgil Van Dijk pour placer une tête victorieuse et ramener le Maroc à hauteur des Pays-Bas.

Cette égalisation libère toute une équipe qui refuse de quitter la compétition malgré un scénario longtemps défavorable.

La prolongation ne permet finalement pas de départager les deux formations, laissant le sort du match se jouer lors d'une séance de tirs au but particulièrement tendue.

Bounou et Saibari, les héros du dénouement

Le milieu de terrain marocain n° 11, Ismael Saibari, exulte après avoir marqué son penalty lors de la séance de tirs au but du match des 32èmes de finale de la Coupe du monde 2026 opposant les Pays-Bas au Maroc, au stade de Monterrey à Guadalupe, le 29 juin 2026. (Photo : Alfredo ESTRELLA / AFP)

La séance de tirs au but a prolongé le suspense. Les deux équipes connaissent des échecs, y compris Achraf Hakimi côté marocain, tandis que deux tireurs néerlandais manquent également leur tentative.

Le tournant intervient lorsque Yassine Bounou repousse le tir de Crysencio Summerville, offrant une balle de qualification au Maroc.

Ismael Saibari, déjà très en vue depuis le début du tournoi, assume alors toute la pression. Son tir victorieux envoie les Lions de l'Atlas en huitièmes de finale et fait exploser de joie les milliers de supporters marocains présents dans les tribunes.

Hakimi salue la force mentale du groupe

Éprouvé physiquement après plus de deux heures d'efforts, Achraf Hakimi a insisté sur les ressources mentales de son équipe.

"On a réussi. Ça n'a pas été facile. Je suis très fatigué, mais je suis très fier de l'équipe", a déclaré le capitaine marocain à l'issue de la rencontre.

Le latéral du Paris Saint-Germain a rappelé que le groupe s'était préparé à un combat de longue durée.

"Nous savions quel genre de match nous attendait. Il fallait rester concentrés, être forts physiquement mais aussi mentalement. Nous avons fait preuve d'une grande force mentale pour revenir au score."

Le sélectionneur Mohamed Ouahbi a lui aussi estimé que cette qualification récompensait la prestation de son équipe.

"Nous avons dominé le match et leur gardien a réalisé des arrêts exceptionnels. Notre qualification est méritée. Dans les matches à élimination directe, il faut parfois accepter de gagner de cette manière", a-t-il souligné.

Une génération qui confirme ses ambitions

Cette qualification prend une dimension particulière au regard de l'histoire entre les deux sélections. Lors de leur unique précédent duel en Coupe du monde, en 1994 aux États-Unis, les Pays-Bas s'étaient imposés 2-1 en phase de groupes.

Trente-deux ans plus tard, les Lions de l'Atlas ont pris leur revanche en démontrant leur nouvelle dimension sur la scène internationale. Demi-finalistes historiques en 2022, ils poursuivent leur progression parmi les grandes nations du football mondial.

Le prochain obstacle paraît désormais plus abordable. Le Maroc affrontera le Canada samedi à Houston avec l'ambition assumée de poursuivre son parcours et de confirmer que cette génération possède les armes pour viser encore plus haut dans cette Coupe du monde.

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