économie
Gazoduc Nigeria-Maroc : la CEDEAO adhère au corridor énergétique stratégique
Cérémonie de signature, devant le roi Mohammed VI et l'ancien président nigérian Muhammadu Buhari, de la déclaration conjointe entre le Maroc et le Nigéria sur le Gazoduc Africain Atlantique, le 10 mai 2018 à Rabat.
Réunis dimanche à Freetown, en Sierra Leone, les chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ont approuvé l’accord intergouvernemental encadrant le développement du Gazoduc africain atlantique Nigeria-Maroc. Ce projet de près de 6 800 kilomètres doit relier les ressources gazières nigérianes aux marchés ouest-africains, au Maroc et à l’Europe.
Une adhésion politique décisive
La signature de l’accord intergouvernemental constitue une étape majeure dans la concrétisation du projet. Elle consacre l’adhésion collective des États membres de la CEDEAO à cette infrastructure énergétique portée conjointement par le Maroc et le Nigeria.
Le président en exercice de l’organisation régionale, le chef de l’État sierra-léonais Julius Maada Bio, a confirmé l’engagement des pays concernés en annonçant la signature de l’accord relatif au gazoduc Afrique de l’Ouest-Maroc.
Le projet avait été lancé en 2016 à l’initiative du roi Mohammed VI et de l’ancien président nigérian Muhammadu Buhari. Il bénéficie également du soutien de l’actuel chef de l’État nigérian, Bola Ahmed Tinubu. Son développement est assuré par l’Office national des hydrocarbures et des mines du Maroc et la Nigerian National Petroleum Company Limited.
Treize pays reliés par le gazoduc
Une fois achevé, le Gazoduc africain atlantique devrait traverser treize pays de la façade atlantique africaine. Il transportera le gaz naturel du Nigeria vers plusieurs marchés régionaux avant d’atteindre le Maroc, où il doit être raccordé au Gazoduc Maghreb-Europe.
Cette liaison permettrait d’ouvrir un accès au marché européen tout en répondant aux besoins énergétiques croissants des pays traversés. Selon les données communiquées, l’infrastructure disposerait d’une capacité de transport de 30 milliards de mètres cubes de gaz par an.
Jusqu’à 15 milliards de mètres cubes pourraient être destinés au Maroc et à l’Europe. Le reste servirait à approvisionner les marchés régionaux, notamment pour la production d’électricité et le développement de nouvelles activités industrielles.
Au-delà de sa fonction de transport, le gazoduc est présenté comme un outil d’intégration économique. Il doit relier les ressources gazières de l’Afrique de l’Ouest aux principaux centres de consommation et favoriser l’émergence d’un marché régional intégré du gaz naturel.
Casablanca et Abuja au cœur de la gouvernance
Après l’accord obtenu à Freetown, plusieurs étapes institutionnelles doivent encore être franchies. Une société chargée de porter le projet sera créée et installée à Casablanca.
Une autorité supérieure de gouvernance du gazoduc, baptisée Pipeline Higher Authority, devrait parallèlement voir le jour à Abuja. Elle sera chargée de coordonner les différents acteurs et d’assurer la supervision institutionnelle du projet.
La prochaine phase comprendra également la mobilisation des investisseurs et la préparation de la décision finale d’investissement. Le Maroc et la Mauritanie, qui ne sont pas membres de la CEDEAO, doivent signer conjointement l’accord lors d’une cérémonie distincte organisée ultérieurement en présence du président nigérian.
Les principales études techniques, environnementales et d’ingénierie sont désormais achevées, selon l’ONHYM et la compagnie nationale nigériane. Le projet peut ainsi entrer progressivement dans sa phase de développement opérationnel.
Un investissement de près de 25 milliards de dollars
Le coût global du Gazoduc africain atlantique est estimé à environ 25 milliards de dollars. Les travaux pourraient débuter en 2028, tandis que les premières livraisons de gaz sont envisagées à partir de 2031.
Compte tenu de sa longueur et du nombre de pays concernés, sa construction devrait être réalisée par étapes. Les premiers tronçons pourraient ainsi entrer en service au début de la prochaine décennie, avant l’achèvement de l’ensemble du corridor.
Le financement représente l’un des principaux défis. Le projet doit attirer des investisseurs privés, des institutions financières internationales et des partenaires de développement. Son soutien politique régional constitue, à cet égard, un signal important pour les futurs bailleurs de fonds.
L’adhésion des pays de la CEDEAO renforce son assise institutionnelle et réduit les incertitudes liées à la coordination entre les États traversés.
Un moteur d’industrialisation régionale
Le gazoduc ne se limite pas à l’exportation de gaz nigérian vers le Maroc et l’Europe. Il vise d’abord à améliorer l’accès à l’énergie dans les pays d’Afrique de l’Ouest.
Une offre gazière plus abondante pourrait soutenir la production d’électricité, réduire les déficits énergétiques et favoriser l’installation d’industries locales. Plusieurs pays de la région disposent encore de systèmes électriques fragiles, marqués par des coûts élevés et des coupures fréquentes.
La directrice générale de l’ONHYM, Amina Benkhadra, estime que l’infrastructure contribuera durablement à renforcer la sécurité énergétique, accélérer l’industrialisation et soutenir la valorisation des ressources naturelles africaines.
Le projet pourrait également alimenter les États du Sahel, en reliant leurs économies aux pays de la façade atlantique. Il ambitionne ainsi de devenir un corridor de développement dépassant largement sa seule dimension énergétique.
Une réponse aux tensions géopolitiques
Le lancement du projet intervient dans un contexte international marqué par une forte volatilité des marchés énergétiques. Les tensions géopolitiques et les conséquences de la guerre en Ukraine ont poussé de nombreux pays à diversifier leurs sources d’approvisionnement.
Pour l’Europe, le gazoduc pourrait constituer, à long terme, une voie supplémentaire d’accès au gaz africain. Pour les pays ouest-africains, il offrirait surtout la possibilité de mieux exploiter leurs ressources et de réduire leur dépendance aux importations de produits énergétiques.
La CEDEAO voit dans cette infrastructure un instrument de souveraineté économique et de coopération régionale. En approuvant l’accord intergouvernemental, ses membres transforment une initiative maroco-nigériane en un projet porté par l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.
Le sommet de Freetown marque donc un tournant politique. Il confirme l’ambition de faire du Gazoduc africain atlantique un axe structurant reliant le Nigeria, les économies ouest-africaines, le Maroc et l’Europe autour d’une vision commune de sécurité énergétique et de prospérité partagée. (Quid avec MAP et AFP)