Stabilité financière : le Maroc consolide son système, les banques accélèrent

Stabilité financière : le Maroc consolide son système, les banques accélèrent

La valeur totale des actifs détenus par les banques, les assurances, la prévoyance sociale et le marché des capitaux s’est établie à 3.830 milliards de dirhams, en hausse de 11,2 % sur un an. Ce montant représente désormais 223 % du produit intérieur brut

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Présenté à Rabat par Bank Al-Maghrib, l’ACAPS et l’AMMC, le Rapport sur la stabilité financière au titre de 2025 décrit un système financier marocain en expansion, soutenu par la reprise économique, la solidité des établissements et plusieurs réformes réglementaires. Les actifs du secteur ont atteint 3.830 milliards de dirhams, tandis que les banques ont enregistré une nouvelle progression de leur rentabilité. Le résultat net bénéficiaire global des banques conventionnelles, calculé sur base sociale, a progressé de 22,2% à 19,2 milliards de dirhams (MMDH) en 2025.

Un secteur financier qui pèse 223 % du PIB

Le secteur financier marocain a poursuivi son expansion en 2025. La valeur totale des actifs détenus par les banques, les assurances, la prévoyance sociale et le marché des capitaux s’est établie à 3.830 milliards de dirhams, en hausse de 11,2 % sur un an. Ce montant représente désormais 223 % du produit intérieur brut, illustrant le poids croissant de la finance dans l’économie nationale.

Ces données figurent dans la treizième édition du Rapport annuel sur la stabilité financière, élaborée par Bank Al-Maghrib, l’ACAPS et l’AMMC. Approuvé par le Comité de coordination et de surveillance des risques systémiques, le document analyse l’environnement macroéconomique, la situation des ménages et des entreprises et la solidité des institutions financières.

Il constate une résilience maintenue, dans un contexte de raffermissement de la croissance et de conditions macrofinancières globalement favorables. Le secteur bancaire demeure la première composante du système, avec 61 % du total des actifs. Le marché des capitaux renforce toutefois sa présence, notamment grâce aux organismes de placement collectif en valeurs mobilières, portant sa part à 25 %, contre 23 % en 2024.

La part des institutions financières dans la capitalisation boursière a, en revanche, reculé de 39,06 % à 34,55 %. Cette évolution accompagne une diversification de la Bourse et un recours plus important des entreprises aux financements de marché.

Trois grandes banques au centre du dispositif

Le paysage bancaire reste fortement structuré autour de trois établissements d’importance systémique, à capital privé majoritairement marocain ( Attijariwafa bank,le Groupe Banque Centrale Populaire, BCP et Bank of Africa). À eux seuls, ils concentrent 59,9 % des actifs bancaires, 63,2 % des crédits nets accordés à la clientèle et 62,1 % des dépôts collectés.

Les trois groupes disposent de 2.955 agences au Maroc, ainsi que de 51 filiales et 22 succursales à l’étranger. Cette implantation leur confère un rôle central dans le financement de l’économie et justifie une surveillance étroite des risques systémiques.

Au total, les actifs du secteur bancaire ont atteint 2.323 milliards de dirhams en 2025, soit 136 % du PIB, contre 134 % un an auparavant. Leur progression annuelle s’est élevée à 8,2 %, portée principalement par la reprise de l’activité de crédit.

Les créances sur la clientèle ont augmenté de 6,9 %, à 1.153 milliards de dirhams, représentant 55,2 % des emplois bancaires. Les créances sur les établissements de crédit ont progressé de 10,8 %, à 283 milliards. Le portefeuille de titres détenu par les banques a, pour sa part, augmenté de 8,2 %, à 550 milliards de dirhams, après une hausse de 16 % en 2024.

La finance participative poursuit sa progression

Les banques participatives confirment leur montée en puissance. Leurs actifs ont progressé de 24,7 % en 2025, après une hausse de 19,2 % l’année précédente, pour atteindre 48,5 milliards de dirhams. Leurs créances sur la clientèle ont augmenté de 27,4 %, portant l’encours à 43 milliards.

Cette évolution témoigne d’un élargissement de l’offre financière et d’une demande soutenue pour les produits participatifs.

La structure sectorielle des crédits continue également d’évoluer. La part des ménages est revenue de 33,2 % en 2021 à 26,7 % en 2025, pour un encours de 331 milliards de dirhams. Les activités financières captent désormais 18,1 % des crédits, soit 224 milliards, devant les autres services, qui représentent 16,3 % du portefeuille avec 202 milliards.

Les industries manufacturières et le bâtiment et travaux publics concentrent chacun 8,4 % des financements, avec près de 104 milliards de dirhams par secteur. Le commerce représente 6,4 % des crédits, contre 5,9 % pour l’énergie et l’eau. La part des transports et communications a diminué de 4,2 % en 2021 à 2,4 % en 2025.

Une rentabilité bancaire en forte hausse

Les banques conventionnelles ont amélioré leur rentabilité pour la troisième année consécutive. Leur résultat net bénéficiaire global a progressé de 22,2 %, pour atteindre 19,2 milliards de dirhams en 2025, après des hausses de 24,1 % en 2024 et de 20,4 % en 2023.

Cette performance s’explique par la progression du produit net bancaire, en hausse de 8,7 % à 74 milliards de dirhams, mais aussi par le recul de 25,1 % du coût du risque, ramené à 9,8 milliards. La marge d’intérêt a augmenté de 8,9 %, à 44 milliards, tandis que la marge sur commissions a progressé de 10,5 %, à 10,7 milliards.

Le résultat brut d’exploitation a atteint 43 milliards de dirhams, en amélioration de 9,3 %. Le résultat courant a progressé de 26,8 %. Le rendement des actifs s’est maintenu autour de 1 %, tandis que celui des fonds propres s’est établi à près de 11,1 %.

Une nouvelle feuille de route jusqu’en 2030

L’année 2025 marque l’achèvement de la feuille de route de stabilité financière 2022-2025 et l’adoption d’un nouveau cadre couvrant la période 2026-2030. Celui-ci repose sur cinq priorités : renforcer le dispositif légal et institutionnel, approfondir l’analyse des risques, développer les instruments macroprudentiels, consolider les mécanismes de résolution des crises et améliorer la communication financière.

Bank Al-Maghrib a notamment renforcé ses outils d’identification des risques systémiques. Ses travaux ont porté sur les interactions entre politique budgétaire et politique macroprudentielle, ainsi que sur les vulnérabilités sectorielles susceptibles de se transmettre aux banques.

Plusieurs réformes ont avancé. La circulaire sur les conglomérats financiers a été publiée au Bulletin officiel, instaurant une supervision consolidée des groupes actifs dans la banque, l’assurance et les marchés. La réforme du régime de résolution bancaire a été adoptée par les deux Chambres du Parlement le 30 juin 2026.

Un avant-projet de loi sur les crypto-actifs, préparé par le ministère de l’Économie et des Finances, Bank Al-Maghrib et l’AMMC, a également été engagé dans le processus d’adoption. Les travaux relatifs au marché à terme et à la Chambre de compensation avec contrepartie centrale ont, eux aussi, progressé.

Assurances et marchés de capitaux en mutation

Dans les assurances, l’ACAPS prépare l’instauration d’un régime de solvabilité fondé sur les risques, destiné à mieux adapter les exigences prudentielles au profil réel des compagnies. Son entrée en vigueur doit concerner les comptes arrêtés à la fin de 2026.

Une étude consacrée au développement du secteur a identifié plusieurs leviers, dont l’innovation, la digitalisation, l’amélioration des services et l’élargissement de la couverture assurantielle. L’objectif est d’augmenter le taux de pénétration de l’assurance et de renforcer la résilience financière des ménages et des entreprises.

Sur le marché des capitaux, la loi n° 03-25 a modernisé le cadre des OPCVM afin d’améliorer la protection des investisseurs, d’élargir les possibilités de placement et de consolider la gestion des risques.

L’opérationnalisation du marché à terme a également franchi de nouvelles étapes. L’AMMC a visé le document d’information du premier contrat à terme ferme sur l’indice MASI 20, tandis que trois sociétés de Bourse ont été agréées comme membres négociateurs. Ces évolutions doivent favoriser le développement des instruments de couverture et renforcer la profondeur du marché financier marocain.

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