Et si le parti d’Aziz Akhannouch passait l’opposition ? - Par Hatim Betioui

Et si le parti d’Aziz Akhannouch passait l’opposition ?  - Par Hatim Betioui

La Cheffe du gouvernement nommée en charge de former le gouvernement recevant au siège du PAM la délégation du RNI conduite par son récent président Mohamed Chouki

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Arrivé deuxième aux législatives du 23 septembre avec 66 sièges, derrière le Parti authenticité et modernité, le Rassemblement national des indépendants pourrait-il choisir l’opposition plutôt que de reconduire l’alliance gouvernementale sortante ? Alors que Fatima-Ezzahra El Mansouri a été chargée de former le nouvel exécutif, l’histoire du RNI rappelle que le parti a déjà connu plusieurs périodes de retrait du gouvernement, parfois sous des formes singulières.

Hatim Betioui

Le scrutin du 23 septembre dernier au Maroc a fait du Parti authenticité et modernité (PAM) la formation disposant du plus grand nombre de sièges à la Chambre des représentants, première chambre du Parlement, avec 97 élus. Il a, en revanche, relégué à la deuxième place le Rassemblement national des indépendants (RNI), qui dirigeait la majorité sortante, avec 66 sièges.

À première vue, il pourrait ne s’agir que d’un passage de témoin entre deux partis, d’autant que ceux-ci avaient formé, avec le Parti de l’Istiqlal, une coalition tripartite en 2021. Le centre de l’initiative politique dans les consultations pour la formation du gouvernement passe ainsi au parti arrivé en tête.

Si certains estiment que l’ancienne alliance majoritaire se maintiendra, mais cette fois sous la direction de Fatima-Ezahra El Mansouri, coordinatrice de la direction collégiale du PAM, nommée mardi dernier cheffe du gouvernement par le roi Mohammed VI et chargée de former le nouveau gouvernement, devenant ainsi la première femme à occuper cette fonction depuis l’indépendance du Maroc en 1956, d’autres s’interrogent : et si le RNI rejoignait les rangs de l’opposition ? D’autant que nombre de ses dirigeants n’ont pas caché leur souhait de prendre le large, histoire de se refaire une santé.

Une longue histoire de participation gouvernementale

Le RNI, fondé en 1978 par Ahmed Osman, ancien Premier ministre et beau-frère du défunt roi Hassan II, a participé à plusieurs gouvernements successifs. À l’époque de sa création, les observateurs avaient relevé sa singularité : les responsables politiques fondent généralement des partis pour accéder à la tête du gouvernement, alors qu’Ahmed Osman se trouvait déjà au sommet de l’exécutif lorsqu’il créa le sien.

En 1981, le défunt roi Hassan II chargea Maâti Bouabid de former un nouveau gouvernement. Celui-ci entama ses consultations avec les partis et proposa au RNI plusieurs portefeuilles ministériels : la Justice à Ahmed Osman, un ministère d’État à Moulay Ahmed Alaoui, les Finances à Tayeb Bencheikh, les Affaires culturelles à Mohamed Benaïssa et la Fonction publique à Hassan Moutahir.

L’offre présentée par Bouabid ne plut pas à son prédécesseur Ahmed Osman, qui lui adressa une lettre de refus dont le contenu parvint au roi Hassan II. Celui-ci convoqua alors la direction du RNI à Fès et fit part à Osman de son mécontentement à propos de la lettre adressée au Premier ministre désigné, Maâti Bouabid.

Le roi Hassan II dit à Osman : « Vous avez écrit une lettre à Maâti Bouabid, vous l’avez commencée par la basmala et la hamdala, et vous l’avez terminée par votre signature : le président Ahmed Osman. »

Puis il ajouta, en darija marocaine, selon le témoignage d’un haut responsable du parti présent à cette rencontre : « Ya Osman, Maâti ma ândou ma yaâti », autrement dit : Maâti Bouabid n’a rien à donner.

Le roi Hassan II ajouta, en s’adressant aux dirigeants du parti pressentis pour entrer au gouvernement, qu’Osman « ne voulait pas que vous deveniez ministres », et leur demanda de constituer « l’opposition de Sa Majesté ».

Malgré cela, un ministre considéré comme proche du RNI resta au sein du gouvernement Bouabid : Moulay Ahmed Alaoui, promu ministre d’État, mais sans portefeuille.

Plusieurs considérations avaient alors conduit à écarter Ahmed Osman de la primature. L’une d’elles tenait à une discussion qu’il avait eue avec le roi Hassan II. Osman lui aurait déclaré que le Maroc était « mal géré ». Le souverain lui aurait répondu sans détour : « Le problème n’est pas qu’il soit mal géré, mais qu’il soit mal gouverné », indiquant clairement que le gouvernement dirigé par Osman gouvernait mal le pays.

Un autre élément entra également en ligne de compte : le retrait protestataire de l’USFP du Parlement suivi tout de même d’un retour plus ou moins rapide. Le rôle d’« opposition parlementaire constructive » fut alors confié au RNI, qui l’assuma de 1981 à 1984.

De l’opposition à la « participation critique »

Suite aux élections de 1984, le RNI redevint une composante de l’équation gouvernementale, tandis que son président, Ahmed Osman, fut élu à la tête de la Chambre des représentants.

Lors des élections de 1993, en revanche, le parti n’obtint qu’un nombre relativement limité de sièges et choisit de ne pas participer au gouvernement, se contentant de ce qu’il qualifia de « soutien critique » au Parlement. Cette période, qui se prolongea jusqu’en 1998, ne peut donc être considérée comme une phase d’opposition franche.

Après les élections de 1997, le RNI participa au gouvernement d’alternance formé par l’opposant historique Abderrahmane Youssoufi. À partir de cette date, le parti entra dans une longue période de participation gouvernementale.

Avec la victoire du Parti de la justice et du développement, de référentiel islamiste, conduit par Abdalilah Benkirane, aux élections de 2011 et la formation de son gouvernement, le RNI, alors dirigé par Salaheddine Mezouar, choisit de ne pas y participer. Le parti entra ainsi dans une deuxième phase d’opposition clairement assumée, qui se prolongea jusqu’en octobre 2013.

Le retour au gouvernement et l’ère Akhannouch

Après le retrait du Parti de l’Istiqlal, dirigé par Hamid Chabat, le RNI rejoignit le gouvernement Benkirane en 2013.

Le parti connut ensuite une étape importante en 2016, avec l’élection d’Aziz Akhannouch à sa présidence en remplacement de Mezouar. Il poursuivit sa participation au gouvernement du Dr Saad Dine El Otmani jusqu’au grand tournant des élections du 8 septembre 2021, lorsque le RNI arriva en tête du scrutin et qu’Aziz Akhannouch devint chef du gouvernement.

Les consultations pour la formation du nouveau gouvernement ont commencé mercredi et se poursuivent avec leur lot de spéculations et de rumeurs. Le successeur de Aziz Akhannouch à la tête du RNI a rencontré la Cheffe de gouvernement nommée et le sort du RNI et la nature du gouvernement que formera Fatima-Ezzahra El Mansouri sont pour l’instant l’objet de larges consultations avec l’ensemble des formations politiques. Du moins celles qui jugeraient nécessaire et utile de répondre à l’invitation de Mme El Mansouri, le PJD de Benkirane ayant posé des objections d’ordre protocolaire.