LE GOUVERNEMENT EL MANSOURI DOS AU MUR – Par Mustapha Sehimi

LE GOUVERNEMENT EL MANSOURI DOS AU MUR – Par Mustapha Sehimi

La Cheffe du gouvernement Fatima-Ezzahra El Mansouri à l’issue de la nomination du gouvernement par le roi Mohammed VI le 16 octobre 2026 au Palis royal à Rabat

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À peine constitué, le gouvernement de Fatima-Ezzohra El Mansouri doit déjà faire face à ses premiers couacs, sur fond d’attentes sociales et économiques pressantes. À l’heure de présenter son programme devant le Parlement, la nouvelle majorité est confrontée à un défi de taille : concilier les engagements électoraux, parfois divergents, de ses quatre composantes et les traduire en mesures concrètes. Mustapha Sehimi passe au crible les promesses des partis de la coalition et interroge leur capacité à construire une politique gouvernementale cohérente, dont le budget 2027 constituera le premier véritable test.

Par Mustapha SEHIMI

Professeur de droit ( UMV Rabat), Politologue

Force est de faire ce constat : le nouveau cabinet dirigé par Fatima- Ezzohra El Mansouri ne commence pas son mandat sous les meilleurs auspices: tant s'en faut. Après l'affaire du maire de Tanger, coordinateur du PAM dans la région, Mounir Limouri, poursuivi pour soupçons de fraude et de falsification de bulletins de vote, voilà que la ministre déléguée en charge de la formation professionnelle, Madiha Khayr (PI), a été démise deux jours après sa nomination et ce pour une ancienne affaire judiciaire. Un climat passablement délétère au moment où le nouveau gouvernement inaugure au Parlement son mandat

Ce lundi 19 octobre, il est prévu la présentation par la Cheffe du gouvernement, Fatima- Ezzohra El Mansouri, du programme de l'exécutif devant les deux Chambres du Parlement. Il fera l'objet d'un débat devant chacune des deux Chambres sanctionné d'un vote par la Chambre des Représentants à la majorité absolue (198 voix). C'est à partir de ce vote d'investiture que le Gouvernement, nommé le 16 octobre, exerce alors la plénitude de ses attributions constitutionnelles (art.88 de la Constitution). L'on sait que ce programme s'articule autour de cinq priorités pour "un Maroc plus juste, plus productif et plus souverain". Qu'en est-il par grands secteurs ? Les priorités retenues sont les suivantes: restaurer le pouvoir d'achat et consolider un État social durable; faire de l'insertion des jeunes une politique nationale intégrée; donner une nouvelle impulsion à la régionalisation et au développement territorial; renforcer les souverainetés hydrique, énergétique, alimentaire et numérique; enfin, bâtir une économie capable de financer les ambitions Sociales et souveraines. La Cheffe de ce nouveau cabinet a déclaré qu'il y avait des "convergences " entre son parti, le PAM, et ses trois alliés (PI, USFP, PPS) dans la nouvelle majorité. Lesquelles ?

Promesses et engagements

Il vaut à cet égard de rappeler les promesses et même les engagements pris par ces quatre partis durant la campagne électorale. Pour commencer le parti du tracteur a pris 20 engagements dans le cadre de cinq chartes: un million d'emplois nets sur cinq ans, le chômage réduit de 10,8% à 7%, 300.000 intégrations de jeunes de 15-29 ans par an via une plateforme unifiée (500.000 primo-emplois, 60.000 accompagnements entrepreneuriats), 4 hôpitaux universitaires régionaux, préscolaire généralisé dès 4 ans, 300.000 bénéficiaires du soutien direct au logement et 100.000 solutions pour les jeunes, 6 usines de dessalement, un fonds de 2 milliards de DH dédié à la promotion de la langue amazigh. Au total, un financement annoncé de 350 MMDH sur cinq ans prévu par l'effet additionnel de la croissance de 5% ( 300 MMDH). Pour ce qui du parti de l'Istiqlal, l'on a affaire à cinq engagements et à 99 mesures. Sur le pouvoir d'achat et la fiscalité des ménages, contrôle des marges et relèvement progressif du SMIG, un plan classe moyenne non défini, un programme "Afaq" garantissant aux jeunes une opportunité d'emploi sous six mois préscolaire gratuit de 4 à 6 ans, garantie des prêts pour le premier logement des jeunes et de la classe moyenne, des mesures relatives à  l'entreprise, la rente et la commande publique (40% pour les activités bénéficiant de situations de monopole ou d'une renté économique, 30% des marchés de grands chantiers réservés aux TPME, intégration locale de 80 % pour l'automobile et 60% pour l'aéronautique, loi sur les conflits d'intérêts et la déclaration de patrimoine, et souveraineté stratégique (indépendance énergétique), IA, flotte marchande nationale assurant au moins 30% du fret). Ce programme n'est pas chiffré pas plus d'ailleurs que celui de l'USFP. Ce parti a pris 119 engagements couvrant 94 programmes. Ils regardent pouvoir d'achat et fiscalité des ménages, exonération d'impôt sur le revenu portée à 50.000 DH par an, déduction des frais d'éducation, de santé et de logement de l'assiette imposable, impôt progressif sur les grandes fortunes nettes, relèvement progressif des salaires public et privé ainsi que du SMIG, création de 250.000 nouveaux emplois industriels, chômage réduit à 15% d'ici 2031, chômage global sous  et activité des femmes à hauteur de 30 % contre 19% aujourd'hui, doublement des diplômés des professions de santé, relèvement à 2% du budget de recherche et d'innovation, valorisation des produits agricoles nationaux portée à 70 %, fabrication de médicaments à plus de 80 %, énergies renouvelables à plus de 60% de la production d'électricité d'ici 2030, réservation de 20% au moins des marchés publics aux PME, digitalisation à hauteur de 80% des procédures administratives, recettes touristique à plus de 200 MMDH à l'horizon 2035. Quant au cadrage macroéconomique et financier, il intéresse les points suivants : croissance de 6% par an en 2031, déficit budgétaire de 3% du PIB, une dette publique réduite à 60 % du PIB, un déficit commercial de moins de 15%, un investissement privé de 25% du PIB, industrie et exportations à forte valeur ajoutée à 30% du PIB.

Reste le PPS qui propose 220 engagements et un chiffrage pluriannuel de 575 MMDH. Il priorise également le pouvoir d'achat et la fiscalité des ménages: revenu minimum de dignité de 1.000 DH par mois, revalorisation de 7,5% par an du SMIG et du SMAG, seuil d'exonération de l'IR relevé à 60.000 DH par an avec un taux marginal de 40% au-delà de 500.000 DH, déduction des frais de santé et de scolarité, suppression des niches IR sans justification sociale, impôt de solidarité sur la fortune ( taux de 0,3 % à 0,5%), intéressement des salariés aux bénéfices des entreprises, amélioration de 15% du pouvoir d'achat de la classe moyenne durant la mandature, pension minimale de 3.000 DH. Ce parti propose aussi la création d'un million d'emplois sur cinq ans avec un taux de chômage sous 10 % en 2031, réduction de NEET de moitié, taux d'activité des femmes porté de 19% à 25%, généralisation de l'AMO dès la fin 2028 et intégration de quelque 8,5 millions de Marocains encore exclus dont 3,5 millions de travailleurs non salariés, création de 15.000 postes de médecins et de 33.000 postes d'infirmiers, reprise de la raffinerie SAMIR et régulation de prix et des marges sur les carburants, réforme fiscale ( IS réduit à 10% pour les bénéfices n'excédant pas 500.000 DH et un taux maximal de 40% applicable aux opérateurs téléphoniques et aux entreprises bénéficiant de rentes de situation.

Cela dit, il sera intéressant de voir comment des rapprochements vont se faire tant dans le programme d'investiture du gouvernement que dans la loi de finances pour 2027. Un test majeur de la capacité et de la volonté réformatrice de ce cabinet. Bien entendu, la trajectoire est quinquennale. Mais il importe que dès le départ, des signes forts soient donnés pour retenir l'intérêts des citoyens, en particulier dans le budget 2027. Dos au mur…

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