À Fès, les voix soufies font résonner un héritage vivant

À Fès, les voix soufies font résonner un héritage vivant

Avec la Tariqa Charqawiya, le public a découvert un répertoire dans lequel la poésie devient un langage de l’amour divin. Les artistes ont interprété des compositions emblématiques de Bejaad et de sa région, transmises de génération en génération.

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Les confréries Charqawiya, Ouazzania et Raïssounia ont animé, mardi et mercredi soir à Bab Makina, des rencontres consacrées au samaâ et au madih nabawi. Organisées dans le cadre du Festival de Fès de la culture soufie et des sagesses du monde, ces soirées ont mis en lumière la diversité des traditions spirituelles marocaines et leur transmission aux nouvelles générations. La manifestation se poursuit jusqu’au 24 octobre.

Bab Makina, écrin des traditions spirituelles

Sur la place historique Bab Makina, les chants de louange, les poèmes mystiques et les invocations ont donné à entendre plusieurs expressions du patrimoine soufi marocain. Deux soirées successives ont réuni des ensembles dont les répertoires associent ferveur religieuse, mémoire poétique et identité régionale.

Mardi, la troupe officielle de la Zaouïa Charqawiya, venue de Bejaad, a proposé une immersion dans les traditions de cette ville et du Tadla. Mercredi, les confréries Ouazzania et Raïssounia ont prolongé cette exploration à travers un florilège de prières, de litanies et de récitations.

Ces prestations ont éclairé les liens entre le dhikr, fondé sur l’invocation de Dieu, le samaâ et le madih nabawi, consacré aux louanges du Prophète. Elles ont aussi révélé la richesse de traditions vocales nourries par des siècles de création et de pratique spirituelle.

La mémoire de Bejaad portée par le chant

Avec la Tariqa Charqawiya, le public a découvert un répertoire dans lequel la poésie devient un langage de l’amour divin. Les artistes ont interprété des compositions emblématiques de Bejaad et de sa région, transmises de génération en génération.

« Ce Festival nous offre une belle occasion de faire connaître le patrimoine authentique de Bejaad et de la région de Charqawa », a déclaré à la MAP Ayoub Niygui, chanteur de la troupe.

Les œuvres présentées associent prières empreintes d’amour pour le Prophète et poèmes issus de la tradition locale. Leur interprétation permet de faire découvrir un héritage dont le rayonnement dépasse les frontières marocaines.

Fondée dans la seconde moitié du XVIe siècle par Cheikh Sidi Bouabid Charqi, parallèlement à l’émergence de Bejaad, la zaouïa s’est affirmée comme un foyer de spiritualité et de savoir. Parmi ses figures marquantes figurent Cheikh Salah et son fils Cheikh El Maati, auteur de la Dakhira, une œuvre en 66 volumes consacrée aux louanges du Prophète.

Ouazzania et Raïssounia, des répertoires enracinés

Mercredi, l’ensemble Raïssouni a puisé dans les œuvres de grands poètes, saints et érudits spirituels. Jamaleddine Raïssouni, fils du cheikh de la confrérie, a notamment cité Cheikh Moulay Abdessalam Ben Mchich, à travers la prière Mchichiya, Sidi Mohammed Ben Ali Ben Raïssoun, Cheikh Sidi Mohammed Al Harrak et Moulay Abdellah Cherif Ouazzani.

Invocations, supplications, poèmes et récitations ont composé une prestation inscrite dans une culture soufie séculaire.

Pour la confrérie Ouazzania, cette participation prolonge les assemblées de dhikr, de samaâ spirituel et de madih nabawi. Son représentant, Taïeb Ouazzani, a rappelé l’attachement de la zaouïa à ce festival, auquel elle participe régulièrement.

Fondée au XIe siècle de l’Hégire par Moulay Abdellah Cherif, descendant de Moulay Idriss, la confrérie repose sur l’invocation de Dieu, la prière sur le Prophète, l’amour et la bienfaisance spirituelle. Elle s’est diffusée dans différentes régions du Maroc, en Afrique du Nord et au-delà.

Transmettre et ouvrir le dialogue

La continuité de ces traditions passe aussi par l’engagement des jeunes. Membre de la Zaouïa Charqawiya, Mustafa Dniguir El Bejaddi a relevé l’intérêt croissant des nouvelles générations d’Oued Zem pour le madih et le samaâ. Cette relève contribue à préserver les particularités musicales et poétiques de Bejaad tout en renouvelant leurs expressions artistiques.

Ouverte samedi sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, cette dix-huitième édition a pour thème « La poésie mystique, élixir de guérison ». Elle explore la poésie, la musique et la beauté comme voies d’apaisement intérieur et de rapprochement culturel.

La programmation réserve une place aux traditions marocaines, notamment Qadiriyya Boutchichiya, Ouazzania, Raïssounia et Sqalliya, tout en accueillant des expressions spirituelles internationales. À travers ces rencontres, Fès fait dialoguer les héritages mystiques du Royaume avec les sagesses du monde.

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